Lors des interviews exclusives que Hervé Poncharal nous accorde à chaque Grand Prix, le factuel se teinte souvent d’émotion, au gré des résultats. 

La septième place de Johann Zarco au Grand Prix d’Italie a peut-être pu décevoir quelques-uns des passionnés que vous êtes qui se sont déjà habitués à voir le pilote français réaliser d’extraordinaires performances.

Ce n’est pas le cas du patron de l’équipe Tech3, bien au contraire, et il nous explique pourquoi.


Hervé Poncharal : « On sort d’un week-end long et compliqué. Autant au Mans, ça c’est passé un petit peu comme dans un rêve, autant ici…pffffff. Je ne parle pas que des performances mais ça a été un long long long week-end. Long, mais au final, on est très satisfaits de Johann parce que je pense qu’il est à sa place ici. On a vu que les Ducati étaient excessivement rapides ici, ça c’est clair, et il y en a quand même trois devant nous ! Dovi, Petrucci et Bautista qui a fait une course superbe aussi. Sur la fin, comme il avait un peu d’avance, Johann a un petit peu lâché mais sinon il était quasiment dans le cul de Márquez. C’était donc pas mal et, franchement, on ne pouvait pas faire mieux. Les six gars devant nous étaient plus rapides, il n’y a rien à dire. Nous sommes donc contents.
Il y a encore eu de la décision de partir avec un soft à l’avant. Pfffff….. Il faut qu’ils arrêtent de faire des trucs comme ça parce que… »

Ce n’est pas bon pour votre cœur ?

« Je peux vous dire que pendant la course, vous êtes pendu à chaque partiel de chaque tour pour regarder si ça va tenir, si ça va tenir, si ça va tenir. Ça a tenu. J’ai entendu que Johann disait que comme il savait qu’il avait ce pneu, à un moment donné, il était un peu plus prudent, mais il n’a pas eu d’alerte particulière. C’est plutôt lui qui a ménagé son pneu, et en tout cas, sur les cinq derniers tours, quand Lorenzo a passé Iannone et s’est retrouvé à 0,9 seconde, Johann a remis un coup de collier et le pneu a bien tenu. Donc c’était bien et nous sommes contents.

Alors évidemment, il y a plein d’Italiens qui sont venus nous dire « ah, pas terrible ce week-end ». Je leur dis « attendez les gars ! On a fait deuxième au Mans et c’était un week-end fabuleux. Les trois Yamaha étaient aux trois premières places aux essais. Ici, c’est un autre scénario ». Il ne faut pas oublier que comme le dit Johann « je suis Rookie et il y a des choses que je dois encore apprendre ». Donc sincèrement, je suis super content du résultat, il faut que l’on continue comme ça et, vous avez vu, au championnat ça paye. »

Justement, nous venons de publier notre graphique (voir ici) où on voit clairement que Johann est en lutte pour la seconde place…

« (Rires) oui, on ne va peut-être pas se lancer là-dedans ! Pedrosa était deuxième après Le Mans, maintenant c’est Dovi, et c’est vrai que l’on est à quatre points de Márquez et Pedrosa. Mais au-delà de ça, cela montre la force du championnat cette année. On a encore eu trois courses sublimes aujourd’hui, que ce soit en Moto3, Moto2 ou MotoGP, car tout est extrêmement serré. On est tous tellement proches que tout peut arriver ! En MotoGP comme en Moto3, tu peux finir 12e après avoir fait une course superbe. C’est fabuleux pour le spectacle, et c’est génial pour les équipes indépendantes aussi, parce que l’équipe satellite française fait podium au Mans avec Johann et l’équipe satellite italienne fait podium en Italie avec Petrucci. Je trouve ça fabuleux car, pareil, Petrucci fait trois à la régulière, sans chute devant. Comme Johann au Mans s’il n’y avait pas eu de chute devant. Cela met en valeur le bien-fondé de tout ce que l’on a fait avec la Dorna, l’IRTA, les constructeurs, tous ensembles, et qui a amené le championnat à avoir les règlements techniques que l’on a aujourd’hui. C’est clair qu’il y a trois ou quatre ans, c’était impossible de voir ça. Et même les usines parce que, Iannone a peut-être relâché en fin de course parce qu’il était malade, mais la Suzuki était là ! Et l’Aprilia commence à être là ! Aujourd’hui, à part KTM qui est vraiment tout nouveau, que ce soient les pilotes, les équipes indépendantes, où les usines, c’est un super championnat. Méga domination Honda à Jerez, méga domination Yamaha au Mans et méga domination Ducati au Mugello.

Mais côté Johann Zarco, mission superbement accomplie sur un Grand Prix difficile où on a vu que les Yamaha, même si elles ont brillé aux essais, n’était pas particulièrement à l’aise. Le roi a quand même été, à la régulière, poussé hors du podium, et ça veut bien dire quelque chose car il est très vite ici. On n’avait pas fait d’essais ici, donc ce n’a pas été un week-end hyper facile. Je pense qu’on peut peut-être encore un peu, entre guillemets, souffrir, à Barcelone parce qu’il y a eu pas mal d’essais des concurrents là-bas. Enfin, si on souffre comme ici, ça va aller ! Par contre, à partir de la Hollande, l’Autriche, l’Allemagne, non seulement on aura plus de bouteille avec nos deux pilotes, mais en plus on sera davantage, techniquement parlant, proche des leaders. »

A propos de courses très ouvertes, un mot sur la fabuleuse course de Pasini en Moto2 ?

« Haaa, j’étais heureux pour lui ! Je l’ai même salué dans mon communiqué de presse. Franchement, il a enflammé la foule mais aussi le paddock ! Parce que c’est un mec, il est génial. C’est un vrai artiste. C’est la passion italienne à l’état pur et il n’y a rien d’autre qui compte. C’était génial. »



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