Avec 31 victoires à son palmarès, Dani est le huitième meilleur pilote de tous les temps en 500 cm3 / MotoGP, mais le seul parmi les dix-huit premiers à ne jamais avoir obtenu un titre mondial dans cette catégorie. Il est plusieurs fois passé très près, terminant notamment deuxième en 2007, 2010 et 2012, ainsi que troisième en 2008, 2009 et 2013.

Champion du Monde en 2003 en 125 cm3, il réalisait le doublé les deux années suivantes en 250 cm3. Pedrosa a effectué toute sa carrière en Grand Prix, des 125 en 2001 à la MotoGP en 2018, sur Honda. Cela fait un total de 295 courses, avec 54 victoires et 153 podiums. Puis Dani est devenu en 2019 pilote d’essai chez KTM, à la suggestion de son fidèle chef mécano Mike Leitner, désormais responsable technique de la MotoGP pour le constructeur autrichien.

Avec le recul, Pedrosa est désormais à même d’avoir une vue d’ensemble sur les Grands Prix, et c’est ce très intéressant point de vue qu’il a expliqué à Vanessa Guerra dans un podcast Red Bull.

L’étape définitive pour devenir pilote professionnel.

« Il y a eu un moment où j’étais saturé, parce qu’au lycée je m’en sortais très mal, parce que je voyageais beaucoup dans le monde entier, et là avec mes parents nous avons décidé : “soit j’étudie, soit je fais de la moto”. Nous avons passé une année à débattre jour après jour, et j’ai fini par choisir les motos. À la fin, j’ai dit : « Si j’ai décidé cela, je dois foncer. » Puis j’ai dû me battre.

Sacrifices et avantages d’être un pilote d’élite dès le plus jeune âge.

« On perd un peu de sa jeunesse entre 15 et 25 ans, quand les autres s’amusent. Dans ce sens, vous ne vivez pas la même vie que vos amis. Bien sûr, j’ai voyagé et fait d’autres choses, mais je n’ai pas eu cette partie où les gens sortent, s’amusent, passent les week-ends à faire la fête et ainsi de suite, parce que vous êtes concentré et que vous préparez votre plan d’entraînement pour arriver à votre prochaine course. Je ne le regrette pas du tout. J’ai choisi cela et je ne regrette rien. On grandit beaucoup plus tôt, on arrête de faire “le mauvais garçon” ou “l’imbécile” et on devient un peu plus adulte avant l’heure. »

Les sensations après une victoire.

« Lorsque je gagnais des courses en 125 et 250 cm3, pendant le voyage de retour, je me disais : « C’est bon. Le travail a été bien fait. » C’était comme un sentiment de paix. Et puis en MotoGP, il m’est arrivé de fêter davantage sur le moment. Je ne sais pas si cela a un rapport avec la présence de la presse. La différence de niveau médiatique est énorme entre les courses de 125 ou 250 cm3 – Moto3 ou Moto2 maintenant – et celles de MotoGP. La présence des médias est comme le jour et la nuit. Tout se passe plus intensément au niveau de la presse. Cependant, dans les petites catégories, il y a un peu de presse, ça reste plus dans l’équipe et l’environnement, et on n’est pas aussi exposé au monde extérieur. »

Les remerciements et les émotions après avoir gagné une course.

« Je ressens une sorte de soulagement, dans le sens de la gratitude aussi. Vous passez tant de jours à vous préparer pour y arriver et gagner. Souvent, vous arrivez deuxième ou troisième et vous ne gagnez pas. Il faut donc beaucoup de temps avant de remporter une course contre les meilleurs. »

« Pendant tout ce temps, vous avez été en contact étroit avec les gens de l’équipe, les mécaniciens, la famille, les amis, les médecins, les entraîneurs… Toutes ces personnes qui sont là pour vous apporter l’aide dont vous avez besoin. À ce moment-là, quand vous êtes là-haut, vous remerciez tout le monde parce que cela vaut la peine d’avoir travaillé tous ces mois pour obtenir ce résultat. C’était ma façon de remercier ces gens. »

L’évolution des engagements et des responsabilités à mesure que l’on monte de catégorie.

« Ça change un peu. Le fond reste le même, mais cela change, car il y a tant de facteurs… Par exemple, la presse; au début, vous n’avez guère à vous préoccuper de la presse, pour vous il s’agit de donner du gaz et c’est tout. Mais ensuite il faut donner du gaz, mais aussi savoir gérer la presse, avoir l’air bien avec le sponsor… Si vous le faites bien, la gamme des choses que vous devez maîtriser s’ouvre un peu. »

« Non seulement vous devez aller vite à moto, mais vous devez aussi maîtriser d’autres choses qui ne vous viennent peut-être pas naturellement. Il était plus difficile pour moi de faire quoi que ce soit en dehors du pilotage. »

« La perspective change, parce que lorsque vous êtes petit, votre attention peut se porter à 100 % sur la course et ensuite, lorsque vous êtes plus grand, le pourcentage varie un peu. Vous devez consacrer un peu plus de temps et de jours aux sponsors, et un peu moins à votre carrière. Cela dépend aussi du championnat. »

Regrettez-vous des décisions ou des situations que vous avez vécues dans votre carrière sportive ?

« Oui, j’en regrette. J’ai toujours eu un très bon guide, mais dans la vie, il faut apprendre un peu et faire des erreurs. Parfois, on n’est pas à 100 %; pas seulement dans le sport, mais dans n’importe quel domaine. Je me suis parfois demandé si j’avais fait quelque chose de bien ou de mal, mais cela en fait partie. Plus vous avez confiance en quelque chose, mieux c’est. »

Dans le documentaire “Le silence des samouraïs“, vous expliquez « J’ai eu du mal à me faire comprendre des gens ». Pourquoi ?

« C’est normal, ce n’est pas leur faute. J’ai eu des problèmes parce que, comme je ne m’exprime pas beaucoup, je ne me faisais pas assez comprendre. Comme ma façon de m’exprimer n’est pas très ouverte… »

« Si vous n’êtes pas une personne introvertie, c’est difficile à comprendre. C’est pourquoi, dans un monde où tout était très extraverti, il leur était difficile d’apprécier ma façon de faire. Je ne me suis pas beaucoup exprimé lors des conférences de presse avec les journalistes, ou peut-être avec les fans. »

« Ma façon de dire merci ou de saluer n’est pas aussi expressive que celle des autres et cela peut être interprété comme de la colère ou du sérieux. Beaucoup de gens me disaient : « Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ? Pourquoi es-tu si sérieux ? » Et je répondais : « Il n’y a rien qui ne va pas chez moi ! Je suis détendu et super normal. »

« La façon dont je comprenais les gens était différente de ce que je ressentais. Souvent, j’ai eu l’impression qu’ils ne me comprenaient pas. Je n’essayais pas de m’expliquer d’une manière ou d’une autre, j’essayais juste d’être moi-même. Il y a une tendance liée au Championnat du Monde aussi. Par exemple, vous avez des références comme Valentino, qui touche tant de gens. Il fait en sorte que beaucoup de gens s’amusent. Si vous n’avez pas cette personnalité… Et si vous n’êtes pas comme ça, vous n’êtes plus aussi cool. J’ai toujours été comme je suis et j’ai accepté que je sois comme ça. »

Dani Pedrosa et Mike Leitner

Hubert Trunkenpolz, Stefan Pierer et Dani Pedrosa

Dani Pedrosa et Pit Beirer

Photos © Sebas Romero, Future7Media, Polarity Photo et Lukas Leitner pour KTM



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