Champion du Monde Moto3 en 2017 et natif de Palma de Majorque, Joan Mir vient de vivre à 21 ans l’un des moments les plus importants dans la carrière d’un pilote : son premier Grand Prix en catégorie MotoGP. Après une unique saison sur Kalex en Moto2, Joan s’est vu ouvrir les portes du paradis sous la forme d’une resplendissante Suzuki GSX-RR officielle. Jacques Roca, un de ses mécaniciens, nous explique comment s’est passée l’adaptation de Joan Mir à la MotoGP lors du récent GP du Qatar.

« L’adaptation de Joan Mir à la MotoGP s’est plutôt bien passée. Pour un rookie, il nous a favorablement surpris d’entrée de jeu. Il s’est adapté assez vite et est parvenu à réaliser de bons chronos rapidement.

« Sur l’ensemble du week-end, le bilan est très bien, très positif. Il progresse bien et écoute tout ce que tu lui dis avec attention. Il écoute et il l’applique par la suite. Il progresse vraiment bien et très vite. On l’a tout de suite vu avec les top pilotes ».

Comment t’entends-tu avec lui ?

« Très bien ! C’est un gars sympa. Il est très gentil, très bien élevé. Il est un peu timide, mais il commence à se lâcher un peu. C’est tout à fait normal car la MotoGP est nouvelle pour lui.

« Un team officiel MotoGP, au début ça impressionne car il y a beaucoup de gens qui travaillent… Et qui travaillent pour lui ! »

Suzuki a placé ses deux motos en Q2, avec Álex Rins dixième et Joan Mir onzième. En course, Rins finissait quatrième et Mir huitième. Cette année, Suzuki quittait Losail troisième au classement des constructeurs avec 13 points (à 12 de Ducati), contre quatrième en 2018 avec 7 points (à 18 de Ducati). C’était mieux, mais était-ce ce que vous espériez ?

« Après la course, comme ça a bien bagarré, on était contents. Mais après la fin de la saison dernière (Ndlr : 4 podiums lors des 4 derniers GP), on espérait un podium, voire une victoire. Mais bon, c’est la première course de l’année, ce n’est pas grave, il y en aura encore beaucoup d’autres.

« En revoyant ensuite la course, on s’apercevait clairement que Rins avait du potentiel et essayait à tout moment de passer devant pour s’échapper, mais avec la longue ligne droite, Dovizioso ne le laissait pas faire et ce n’était pas facile ».

Le circuit de Losail a une longue ligne droite (1 068 m). La GSX-RR sera-t-elle moins défavorisée en vitesse de pointe* à Jerez (607 m) ou à Assen (487 m), voire au Mans (674 m) par exemple ?

« Au niveau vitesse de pointe, on a pas mal amélioré et la moto est mieux que l’année dernière. Le problème, c’est que Ducati et Honda sont vraiment vite ! Mais après Ducati et Honda, on est bien. Yamaha n’est pas mieux que nous ».

*Vitesse de pointe par marque à Losail en 2019, puis 2018 (source : chronos Dorna)

Honda 352.0 km/h, 349.1

Ducati 351.6 – 351.9

Suzuki 349.2 – 345.3

Yamaha 347.0 – 345.3

Aprilia 346.9 – 345.0

KTM 345.1 – 347.4

Lequel des trois autres rookies (Francesco Bagnaia, Fabio Quartararo et Miguel Oliveira) est le plus redoutable pour le titre de rookie de l’année ?

« Pour le titre de rookie de l’année, d’entrée de jeu j’aurais dit Bagnaia. Parce que c’est quand même le Champion du Monde Moto2 en titre. Il a beaucoup d’expérience.

« Après, le problème c’est qu’on a vu Fabio Quartararo s’adapter rapidement, rouler vite et avoir un bon rythme. Pour la course il n’a pas eu de chance. Sa moto a calé et il a dû partir de la voie des stands. Mais à mon avis c’est quelqu’un qui aurait été dans la bagarre, au moins lors des premiers tours.

« Mir et Bagnaia ont plus d’expérience. Mir a un titre de Champion du Monde en Moto3, donc il a la tête assez froide, il sait bien réfléchir et commet peu d’erreurs ».

Dans quel domaine Mir peut-il le plus progresser ?

« En MotoGP, il faut comprendre la moto, l’électronique, de quoi tu as besoin dans chaque virage. Pour sa première année de rookie, nous on essaie de lui apprendre les effets du frein moteur, l’anti-wheelie, le traction control, afin qu’ensuite il puisse s’arrêter au stand pour nous dire « j’ai besoin de plus de frein moteur dans ce virage-là ». Et nous on lui suggère diverses possibilités en lui expliquant le fonctionnement de la MotoGP. Après la Moto2, ils ont un peu moins de vitesse de passage en virage, un peu moins de rapidité au centre de la courbe. On leur apprend à relever la moto en sortie de courbe, à ne pas ouvrir sur l’angle. Mais l’apprentissage de base, c’est tout ce qu’on peut arriver à faire sur la moto avec l’électronique, avec des pneus neufs ou des pneus usés ».

Juste après les tests de Sepang, Suzuki a publié un communiqué dans lequel tu es abondamment cité : « Le paddock, c’est une sorte de famille, quand on se revoit, c’est comme le premier jour de rentrée scolaire après les vacances ! », se réjouit Jacques Roca, mécanicien de Joan Mir. Pour Roca, une des choses les plus difficiles dans une équipe de MotoGP au niveau mécanique est la compréhension et la mise en œuvre complète de toutes les nouvelles pièces. « C’est quelque chose que nous pratiquons pendant les tests », dit-il. Mais aussi lors de la visite obligatoire de l’usine dans la première semaine de janvier. « Nous nous mettons au niveau, assemblons les pièces de la nouvelle moto et commençons à tout organiser pour la nouvelle saison », ajoute-t-il. Cette formation sert également à mieux définir les différents rôles au sein de l’équipe de mécaniciens. « Tout le monde a un domaine ou une fonction spécifique, même si nous savons tous comment tout faire ».

Photo de titre : Joan Mir et Jacques Roca (copyright Suzuki Racing)

Vidéo : Les flammes du Qatar

« Alex & Joan flowing around Losail circuit

Rins au Qatar :

Vidéo : Alex Rins and Joan Mir test the new 2019 GSX-RR machine in Suzuki Motor Corporation’s high-tech Wind Tunnel

Photos © Suzuki Racing et Michelin

Photo ci-dessous : En hommage et en souvenir à Jacques Roca Senior (merci à François Beau pour la photo)


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