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Nous avons profité de cette longue pause forcée dans la calendrier MotoGP pour faire le point avec Piero Taramasso, manager de la compétition deux-roues chez Michelin Motorsport, dans une interview évoquant le passé, le présent et le futur de firme de Clermont-Ferrand au plus haut niveau des compétitions motos de vitesse…


🎤 2026, dernière année Michelin en MotoGP, vous avez abordé la saison avec une allocation diminuée au niveau des types de pneus avant… *

Piero Taramasso : “Oui, on aborde la dernière saison MotoGP pour Michelin, donc pour nous l’objectif c’est de terminer sur la continuité des dix années qu’on a faites, et d’essayer de fournir toujours un service de première qualité, des pneus performants et sûrs.
Au niveau technique, il n’y a pas de gros changements et on n’a pas fait évoluer les modèles de pneus avant et arrière. Par contre, on a essayé de travailler et d’améliorer l’allocation des pneus. Pour l’avant, on propose deux spécifications au lieu de trois. Pourquoi ça ? Parce qu’on s’est rendu compte que dans les deux dernières années, il y avait des trois pneus qu’on proposait pour l’avant, mais il y en avait toujours un qui ne servait pas, ou très peu. Donc en accord avec les team, on a décidé de ne fournir que deux spécifications, mais avec une quantité plus importante. Avant, on avait trois spécifications de 5 pièces par spécification, et là on propose 7 pneus et 7 pneus.
C’est quoi l’avantage ? L’avantage c’est que les pilotes ont plus de quantité dans la spécification qui leur convient. Et donc ils peuvent faire tout un weekend avec les 7 pneus avant. E ça fonctionne, parce que les pilotes nous ont déjà dit, suite aux premières courses, que ça leur convient mieux. Comme ça, une fois qu’ils ont choisi le pneu avant, ils utilisent le même tout le weekend.
Et à nous, au final, ça fait économiser un pneu par pilote. Par course, ça fait 22 pneus pour chaque Grand Prix, et sur 22 courses, ça fait quasiment 500 pneus : ça fait 484 pneus de moins à fabriquer et à transporter, et c’est toujours ça pour l’environnement. Chez Michelin, le sujet du durable, de l’environnement, c’est très important, donc cette réduction de spec et de quantité de pneus, ça va dans cette démarche.”

🎤 Cependant, en début d’année, il y avait une inconnue, le Brésil, où vous n’aviez jamais roulé. Comment on aborde ça ? En choisissant la sécurité et en choisssant les pneus plus durs, les plus résistants ?
« En début de saison, on a eu effectivement eu le Brésil, qui était un circuit où on n’avait jamais roulé. Un nouveau tracé, un nouvel asphalte, donc c’est une inconnue, comme t’as dit, et on aborde ça grâce à la simulation. Aujourd’hui, on a des outils de simulation où on peut simuler les efforts sur les pneus avec le tracé du circuit. On fait tourner ces simulations et on peut estimer le temps au tour, les charges sur les pneus avant et arrière. Donc suite à cette simulation qui au final s’est révélée très pertinente et juste, on a choisi des pneus pour l’arrière. C’était des pneus avec la carcasse renforcée, les mêmes qu’on avait proposé déjà en Thaïlande. C’était ça parce qu’on savait que la température des pneus arrière allait être très élevée. Et sur l’avant, on a choisi d’amener des pneus asymétriques, avec un côté droit beaucoup plus rigide par rapport au côté gauche, parce qu’il y avait beaucoup de sollicitations à droite et très peu à gauche. Donc on a tout fait avec la simulation, et après, pour sécurité, on amène une spec avant et une spec arrière un peu plus résistante, un peu plus rigide, au cas où dans la réalité il se relève que c’est plus sollicitant que ce qu’on avait prévu. Mais en fait, comme je te disais, la simulation ça a bien marché parce qu’on n’a pas utilisé les spécifications les plus dures : on a utilisé les autres, et ça a bien fonctionné.
Disons que pour moi, personnellement, c’était un peu le point d’interrogation de la saison, et maintenant qu’on a passé ça, je suis plus tranquille.”

🎤 Alors on arrive maintenant sur des circuits archi connus, Jerez, Le Mans, Barcelone…
“Oui. Déjà à Austin, ça s’est bien passé parce qu’on connaissait bien, et on a vu que les chronos étaient super rapides. Ca s’est bien passé et on arrive maintenant sur les circuits en Europe, qu’on connaît encore mieux, parce qu’on y fait les courses toute la saison, mais aussi des essais, privés ou officiels. Donc on est sur des terrains plus connus.”

🎤 Les chronos à Austin qui descendent de façon impressionnante, tu expliques ça comment ? Les motos avant tout ?
“C’était impressionnant oui. Un peu les motos, et il y avait une petite partie qui a été resurfacée. Il y avait un nouvel asphalte aux virages 11-12, donc ça aussi ça donnait un peu plus de grip. Puis les conditions étaient bonnes, mais les motos oui, et puis les pilotes qui sont de plus en plus agressifs : tout le monde voit qu’il peut avoir sa place devant, que ce soit les Aprilia, les KTM, les Ducati. Donc quand tu mets tout ensemble, oui, on a vu des chronos impressionnants.
C’était une seconde au tour plus rapide, soit en sprint et soit en course.”

🎤 Et ça, forcément, les pneus, ils encaissent plus. Vous, le voyez dans vos datas, et c’est pour ça qu’il y a une petite tendance à à mettre des carcasses plus dures ou des gommes plus dures ?
“Oui, on voit que les motos sont de plus en plus performantes, donc on essaie quand même d’ajuster un petit peu. Parfois, on reconduit les mêmes allocations que l’année avant, parfois on fait des choix un peu plus rigides, plus renforcés, parce qu’on sait que ça va aller plus vite.
Aussi, tu vois, c’est la dernière année avec cette réglementation, disons full aérodynamique et électronique. Donc il y a toutes les écuries qui ont mis toutes les dernières innovations, tous les trucs qu’ils avaient dans les tiroirs. Là, ils les ont mises parce qu’après, à partir de l’année prochaine, ça va être un nouveau règlement. Donc les motos, oui, elles sont plus performantes, et on le voit sur les pneus : on voit quand même qu’ils prennent plus de température, qu’ils s’usent plus vite. Comme les motos vont plus vite, elles mettent plus de charges, plus d’efforts dans les pneus.”

🎤 Est-ce que tu peux rappeler le rôle de la carcasse, et le rôle de la gomme ?
“Oui. C’est vrai que quand on parle des pneumatiques, nous automatiquement on parle de la construction de la carcasse. Donc ça c’est la structure qui supporte le poids de la moto, les efforts, les freinages, les charges. Et c’est très important cette carcasse pour la géométrie de la moto, aussi pour la géométrie, pour le setting. Et après on parle de la gomme, donc le mélange : ça c’est la bande de roulement, c’est le mélange qui est sur la bande de roulement, la partie de gomme qui touche au sol, et ça, nous on les classifie en soft, donc tendre, médium ou dure.
En fonction de la rigidité de cette gomme, disons que normalement un mélange soft, tendre, ça donne un grip instantané, donc tu as un bon grip. Par contre, ça bouge un peu plus, ça génère un peu plus de mouvement, un peu plus de température. Ça fonctionne bien sur les circuits pas très rapides, où l’asphalte est assez lisse et où les températures ne sont pas très élevées, autour de 35 degrés maxi. Après, quand on passe à des températures un peu plus élevées, supérieures à 35 degrés, avec des asphaltes plus rugueux, plus agressifs, des vitesses plus élevées, là on préfère les mélanges durs, qui sont un peu plus résistants et qui fonctionnent mieux. Par contre, le grip n’est pas instantané : ce n’est pas au premier tour que tu as le meilleur grip, et il faut attendre le deuxième, le troisième ou quatrième tour pour avoir le maximum de grip, pour avoir une bonne mise à régime en température. Donc ça, ce sont les deux grosses parties du pneumatique.”

🎤 Certaines polémiques imputent aux carcasses dures du début d’année la relative contre-performance des Ducati face aux Aprilia. Tu réfutes ?
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A suivre…