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Aprilia

Pendant des années, Aprilia a cherché sa place dans la hiérarchie du MotoGP. Aujourd’hui, la marque de Noale ne cherche plus simplement à battre Ducati. Elle veut devenir Ducati. L’arrivée officielle de Francesco Bagnaia aux côtés de Marco Bezzecchi à partir de 2027 dépasse largement le cadre d’un simple transfert. Elle révèle une philosophie, une ambition et une confiance nouvelles. Plus encore, elle met en lumière la vision de Massimo Rivola, qui n’a jamais eu peur des fortes personnalités. Bien au contraire.

Sa formule est appelée à marquer les esprits. « Je préfère travailler avec des pur-sang plutôt qu’avec des ânes. » Une phrase provocatrice, mais qui résume parfaitement la stratégie d’Aprilia.

Pendant longtemps, les constructeurs cherchaient un numéro un et un équipier capable de maintenir une certaine stabilité. Rivola raisonne exactement à l’inverse. Pour lui, une équipe championne doit réunir deux pilotes capables de vouloir battre l’autre. Quitte à devoir gérer des tensions.

Avec Jorge Martin puis Marco Bezzecchi, Aprilia avait déjà envoyé un premier signal. Avec Bagnaia et Bezzecchi, le message devient définitif. Il n’y aura aucun pilote protégé. Bagnaia n’est pas seulement un champion. L’Italien n’arrive pas seulement avec deux titres mondiaux. Il apporte une crédibilité supplémentaire à un projet qui n’en manque déjà plus.

Rivola ne cache d’ailleurs pas sa satisfaction. « Avoir un multiple champion du monde est une opportunité ; le fait qu’il nous ait choisis est un énorme encouragement. » Le choix du verbe est important. Ce n’est pas Aprilia qui a convaincu Bagnaia. C’est Bagnaia qui a choisi Aprilia.

Dans un paddock où Honda et Yamaha continuaient de disposer d’une force financière considérable, cette précision vaut presque autant qu’une victoire.

Rivola : « Si Bagnaia a choisi Aprilia c’est parce qu’il croit qu’il peut battre ceux qui l’ont rejeté »

Une autre phrase mérite d’être relevée. « S’entraîner quotidiennement avec Marco est un signe de sa confiance dans ce que nous construisons ici. » Bagnaia connaît parfaitement Bezzecchi. Les deux hommes travaillent ensemble depuis des années au sein de la VR46 Riders Académie. Il sait exactement le niveau atteint par son futur coéquipier. S’il accepte de partager le garage avec lui, ce n’est donc pas par naïveté. C’est qu’il estime que la RS-GP peut lui permettre de redevenir champion.

Le patron d’Aprilia Racing profite également de cette annonce pour rappeler une idée souvent sous-estimée. Selon lui, Aprilia ne fait pas seulement progresser ses motos. Elle fait aussi progresser ses pilotes.

Il cite plusieurs exemples. « Prenez Maverick Viñales : il était perdu chez Yamaha, mais avec nous, il a gagné de manière spectaculaire à Austin. La progression de Bezzecchi a également été remarquable. Même Martin, après une année difficile, a retrouvé sa confiance ici. »

Le message est clair. La force d’Aprilia ne réside plus uniquement dans son département technique. Elle repose également sur sa capacité à reconstruire des carrières. Une réputation qui pourrait devenir un formidable argument de recrutement dans les années à venir.

La question revient naturellement. Comment gérer deux pilotes capables de devenir champions du monde ? Rivola ne fuit pas le débat. « Nous verrons comment deux coqs s’entendent dans le même poulailler. Mais je préfère avoir deux champions que deux pilotes qui s’entendent mais ne sont pas rapides. »

C’est probablement la différence entre Aprilia version 2027 et l’Aprilia d’il y a seulement quelques saisons. Le constructeur italien ne craint plus la concurrence interne. Il la recherche. Parce qu’il considère qu’elle fait progresser une équipe davantage que le confort d’une hiérarchie figée.

Il existe enfin un point commun entre Bagnaia et Aprilia. Tous deux ont quelque chose à prouver. Bagnaia quitte Ducati après avoir offert deux titres mondiaux à Borgo Panigale avant de voir Marc Marquez puis Pedro Acosta lui être préférés. Aprilia, de son côté, reste convaincue qu’elle possède désormais une moto capable de battre la Desmosedici sur tous les terrains.

Rivola le résume parfaitement. « S’il nous a choisis, c’est parce qu’il croit qu’il peut battre ceux qui l’ont rejeté. » Cette phrase dépasse largement le simple transfert. Elle raconte un état d’esprit. Pendant longtemps, Ducati possédait le meilleur duo de la grille. À partir de 2027, il disposera sans doute du tandem Marquez-Acosta. En réponse, Aprilia aligne Bagnaia et Bezzecchi.

Le championnat ne se résumera plus seulement à une bataille de motos. Il deviendra aussi un affrontement entre deux visions du management. D’un côté, Ducati mise sur le présent et sur deux phénomènes générationnels. De l’autre, Aprilia rassemble deux Italiens, deux amis, deux champions convaincus d’avoir encore quelque chose à prouver.

Une chose est désormais certaine : Aprilia ne veut plus seulement participer à la lutte pour le titre. La marque de Noale se considère enfin comme un prétendant légitime à la couronne MotoGP.

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