Stefan Pierer Pit Beirer KTM

Chez KTM, dans cette saison MotoGP, on ne revoit pas exactement ses plans mais on les adapte à la situation livrée après sept courses. Il y a un an, la marque autrichienne semblait prête à aligner une troisième équipe en constatant que Ducati portait son effectif à huit machines tandis que sa filière pilotes était en pleine révélation, avec notamment Raul Fernandez et Pedro Acosta. Depuis, on semble être redescendu sur terre à Mattighoffen, montrant ainsi que l’on ne manquait pas de pragmatisme dans la gestion des dossiers…

Dans un entretien à Speedweek, le directeur sportif de KTM s’est penché sur les cas de ses champions en herbe incubant dans sa filière et la possibilité d’une troisième force sur la grille de départ, aux côtés de la structure usine et du partenaire Tech3. Dans les deux cas, il semble que l’on est compris chez les Autrichiens que le mieux pouvait être l’ennemi du bien…

Commençons par la possibilité d’une troisième écurie, que le retrait annoncé de Suzuki semble promettre comme une opportunité. Peut-être, mais Pit Beirer n’est plus aussi ouvert sur le sujet qu’il y a un an. Il faut dire que, dans ce cas particulier, Dorna se penchera avant tout sur l’intégration d’un constructeur. Il devra alors s’agir d’un vrai projet, et non d’un prête nom faisant évoluer une moto déjà connue. Entendez par là qu’une GASGAS déguisée en KTM RC16 n’aura pas droit de cité. Pit Beirer l’explique ainsi : « Dorna a communiqué que les deux places vacantes ne seront occupées par aucune équipe satellite à partir de 2023. Seule une équipe d’usine est possible. En MotoGP, cela signifie que vous devrez faire votre propre développement complet ».

Il ajoute : « nous n’avons pas encore traité de ces détails, à quel point de la réglementation nous serions considérés comme un nouveau fabricant avec GAGAS. Mais pour le moment, nous n’avons pas l’intention de mettre en place les capacités pour un développement supplémentaire de nouvelles MotoGP. Je ne mettrais donc pas notre entreprise au premier rang maintenant lorsqu’il s’agit de reprendre les deux places à Suzuki. Dorna recherche et négocie avec d’autres fabricants ». Une approche qui aura cette conséquence : « il ne sera pas facile de combler ces deux places. Parce qu’en tant que nouveau constructeur MotoGP, vous avez besoin de deux à trois ans de préparation avant qu’une telle étape ne soit même possible ».

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« Une équipe KTM MotoGP avec deux débutants ne sera plus la vraie solution à l’avenir« 

Le MotoGP aura donc un effectif à 22 machines au lieu de 24 pendant encore un moment. Et c’est aussi un débouché de moins pour les jeunes pilotes. Sur l’éclosion des talents, sur laquelle KTM travaille dans toutes les catégories, la marque a aussi réaligné la mire avec notamment cette expérience 2022 vécue chez Tech3 qui fera jurisprudence… « En Sergio Garcia et Pedro Acosta, nous avons deux talents espagnols qui finiront par accéder au Championnat du Monde MotoGP. Nous constatons actuellement que, malgré toute la motivation de notre MotoGP Academy avec les équipes juniors d’Aki Ajo, Tech3, etc., la promotion de jeunes talents est un projet très coûteux. Et quand vous êtes aligné chez Tech3 avec deux rookies comme Remy Gardner et Raul Fernandez et que les choses ne vont pas très bien, vous avez du mal à définir la direction ».

De ce constat tombe cette décision : « avoir deux rookies MotoGP dans une équipe est une tâche gigantesque que nous avons sous-estimée pour être honnête. Cela est démontré cette saison. Par conséquent, une équipe KTM MotoGP avec deux débutants ne sera plus la vraie solution à l’avenir ». Pour comprendre ce qu’une promotion rapide et simultanée au même endroit peut faire comme dégâts, il faut se reporter aux propos du patron Tech3 Hervé Poncharal qui souffre avec et pour ses pilotes actuels…

Sur super7moto on y lit ainsi : « quand vous êtes comme Remy et Raul en Moto2 l’année dernière, terminant premier et deuxième, vous avez l’habitude de gagner des courses, d’être sur le podium, d’être au premier rang. Donc c’est un peu choquant. Ils savaient que ça allait être difficile, mais ils se sont aussi dit ‘je vais bien faire et je vais être avec les meilleurs ». Oui mais… « Ce n’est pas le cas, ce qui est assez difficile pour eux et aussi pour nous. Je dis toujours qu’un pilote rapide est un pilote heureux et un pilote positif. Mon travail, tout comme le travail de mon équipe, est de les garder positifs, de les garder avoir un moral solide, croire encore en soi et comprendre qu’être 15e ou 14e est parfois un excellent résultat. Ce n’est pas facile à digérer quand on est champion ».

Le Français termine : « la seule pression qu’ils ont est d’apprendre, de faire autant de tours que possible, d’essayer de ne pas tomber parce qu’il faut finir la course et voir le drapeau à damier pour avoir l’expérience d’une course, dans la catégorie MotoGP qui est assez différente des autres catégories, essayez d’apprendre avec deux motos, essayez d’apprendre avec beaucoup plus de monde autour de vous. C’est ce que vous devez faire dans votre première saison. Parfois, ils sont trop impatients, mais je comprends. Ils sont jeunes et ils sont rapides. Ils poursuivent la gloire et être 17e, il n’y a pas beaucoup de gloire. C’est difficile pour eux de comprendre cela. Il y a un processus d’apprentissage. Peu importe à quel point vous êtes bon et talentueux, vous devez passer par ce processus d’apprentissage. Si tu ne le fais pas, tu vas perdre ta saison rookie ».

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