Les joutes en Grand Prix ont évolué ces dernières années en allant vers un peu plus de contacts entre des pilotes qui n’hésitent plus à prendre le pied de biche pour ouvrir la porte qu’on leur a fermée dans un virage. Une évolution que l’on attribue souvent à Marc Márquez au style débridé assumé dès son plus jeune âge, tandis que les progrès faits sur l’électronique des motos comme sur les équipements ont levé beaucoup d’appréhension. Mais le vétéran Sete Gibernau n’est pas de cet avis sur l’attribution de cette paternité. Pour lui, tout a commencé à Jerez en 2005 avec Valentino Rossi. Il en sait quelque chose puisqu’il en a été la victime !

Cette période de confinement pousse décidément à des confidences que le tourbillon de la compétition empêchait jusque-là de partager. Justement, le vent a tourné et c’est aujourd’hui le calme plat, imposé par la crise planétaire du coronavirus. Alors on se lâche. Récemment, Livio Suppo a raconté les coulisses de la bisbille entre Rossi et Márquez en 2015, dont l’écho s’entend encore aujourd’hui. Mais Vale a aussi été d’une autre polémique, dix ans plus tôt. Avec un Gibernau qui rafraîchit la mémoire avec des conclusions qui lui sont propres…

Ainsi, si, aujourd’hui, on pousse allègrement son adversaire hors de la trajectoire, c’est parce qu’il y a eu un cas de jurisprudence : Jerez 2005, avec, comme coupable, Valentino Rossi qui a fait du narrateur de l’événement, une victime. Il explique ainsi, s’adressant à BT Sport après une rediffusion de la course de Jerez en 2005 dans le cadre de sa série “Greatest Races”, que la façon dont l’épreuve a été “comprise” depuis ce jour l’a changée négativement et a créé un précédent pour que la course soit plus agressive en MotoGP.

« Je ne sais pas combien de fois nous avons parlé de ce virage, mais plus le temps passe, plus je comprends que les choses changent », a déclaré Gibernau, qui est retourné à la compétition l’an dernier lors de la première Coupe du monde MotoE après s’être retiré du MotoGP en 2009. « Beaucoup de gens ont vu ce changement, et à partir de ce moment, cela a ouvert la porte à de nombreuses autres occasions. À la fin de la course, nous avons tous les deux fait ce que nous pensions être le mieux pour le championnat. Mais depuis, les choses ont changé en MotoGP, ce avec quoi je ne suis pas d’accord. »

 

 

 

On se souviendra qu’en 2013, Marc Márquez est resté impuni après une manœuvre similaire sur Jorge Lorenzo dans le même virage pour s’emparer de la deuxième place dans le dernier tour, alors qu’il y a eu de nombreux cas depuis de ce qui était considéré comme un contact acceptable.

« J’ai mes opinions, et comme je l’ai dit, je n’ai pas besoin d’avoir raison ou tort. Chacun a ses propres idées. Si je me mettais maintenant dans une situation de regarder une course en voyant ce qui s’est passé à Jerez, où deux gars risquant leur propre vie se sont touchés dans un dernier virage difficile, avec mon fils qui voudrait devenir pilote, et que tout le monde donnerait la victoire à un gars qui en a touché un autre, je ne voudrais pas que cela arrive. »

« Je ne veux pas que quelqu’un soit blessé. C’est une de mes priorités et c’est comme ça que je comprends le sport et la course ». Pour aller plus loin, Gibernau pense qu’il faut en faire plus pour éradiquer ce type de course, même s’il admet que cela serait difficile. « Le MotoGP est déjà tellement dangereux qu’à mon avis, nous devrions tous mettre en commun notre savoir-faire pour éviter ce genre de situations », a-t-il ajouté. « Est-ce difficile à faire ? Oui, c’est difficile. Est-ce que c’est impossible à faire ? Je ne pense pas. »

« Il est de la responsabilité de celui qui a la charge du championnat et de mettre en place les règles permettant de rester à l’écart de ce type de situation car, comme je l’ai dit, nous risquons plus qu’un simple accident. » Alors, Rossi responsable mais pas coupable ? Tout se discute…



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