Marc Marquez a refusé de participer à la course de karting organisée en marge du Grand Prix du Japon, préférant se concentrer sur un week-end où il jouait gros face à Jorge Martin. Son absence lui vaut désormais une accusation plus générale : la plus grande vedette actuelle du MotoGP n’en ferait pas assez pour promouvoir son championnat. Le procès mérite d’être entendu. Mais il oublie une partie assez considérable du dossier : Marquez organise parallèlement autour de « WE ARE 93 » des déplacements de supporters, des tribunes dédiées et des rencontres avec ses fans sur plusieurs Grands Prix.
Marc Marquez n’était pas au karting de Motegi. Jorge Martin et Marco Bezzecchi, pourtant eux aussi engagés dans la lutte pour le championnat, avaient accepté de participer à cette opération promotionnelle. Marquez a assumé un autre choix : il se battait pour le titre et n’était pas au Japon « pour plaisanter ».
Le bilan du Motegi lui a offert un argument commode : victoire dans le Sprint, victoire dans le Grand Prix et retour à seulement deux points de Martin. Mais la question dépasse le résultat.
Le MotoGP cherche à élargir son audience et Liberty Media entend précisément multiplier les événements capables de transformer un Grand Prix en spectacle dépassant les seules motos en piste. Dans cette logique, l’absence du pilote le plus populaire du plateau compte.
D’autant que ce n’était pas la première : Marquez avait également renoncé quelques mois plus tôt à une opération médiatique organisée à Londres autour du Grand Prix de Grande-Bretagne.
Mais Marquez se désintéresse-t-il vraiment du public ? C’est ici que l’accusation devient beaucoup moins simple. Car parallèlement à ces absences existe « WE ARE 93 », la communauté officielle construite autour de Marquez.
Elle ne se limite pas à vendre quelques produits dérivés. Son organisation propose des tribunes dédiées sur plusieurs Grands Prix, rassemble les supporters et associe certaines offres à des expériences autour de Marquez. En 2026, son site proposait notamment des rendez-vous au Japon, en Malaisie, au Portugal et à Valence.
Et détail particulièrement intéressant compte tenu de la polémique : une tribune WE ARE 93 était justement organisée à Motegi. Marquez pouvait donc manquer le karting promotionnel tout en ayant contribué à faire venir au circuit des spectateurs regroupés sous ses couleurs.

À Aragon, il est même allé rejoindre ses supporters
On pourrait encore objecter que tout cela relève davantage du merchandising et de son entourage que d’une implication personnelle. Mais l’argument possède lui aussi ses limites. Début septembre, le MotoGP a lui-même montré Marquez rejoignant la fête organisée autour de la tribune WE ARE 93 à MotorLand Aragon.
Le dispositif existe également ailleurs. Le Grand Prix de France propose ainsi une tribune officielle Marc Marquez 93 permettant aux supporters de vivre le week-end regroupés autour de leur pilote. Difficile, dans ces conditions, de parler d’un pilote totalement désintéressé de la mobilisation du public. Mais cela ne signifie pas pour autant que ses détracteurs ont entièrement tort.
Promouvoir Marquez ou promouvoir le MotoGP ?
Voilà probablement le véritable débat. WE ARE 93 développe d’abord l’écosystème Marc Marquez. Une course de karting organisée par le championnat, une conférence promotionnelle à Londres ou un lancement de saison appartiennent à un autre registre : ils utilisent la popularité individuelle des pilotes pour vendre le MotoGP dans son ensemble.
Et sur ce terrain, l’argument de Motegi est pertinent. Si Martin et Bezzecchi peuvent consacrer du temps à une opération alors qu’ils jouent eux aussi le championnat, pourquoi Marquez devrait-il bénéficier d’une exception ?
Son statut de superstar pourrait même conduire au raisonnement inverse : plus son pouvoir d’attraction est important, plus sa présence est précieuse.
Liberty et Marc Marquez n’ont peut-être simplement pas la même conception du spectacle
C’est là que le parallèle avec Max Verstappen trouve ses limites. La Formule 1 possède déjà une puissance commerciale mondiale considérable. Le MotoGP cherche encore à agrandir son audience au-delà de son public traditionnel.
Liberty a donc tout intérêt à exploiter Marquez comme l’une de ses principales portes d’entrée vers de nouveaux spectateurs. Mais Marquez peut considérer que sa première responsabilité reste de courir, gagner et rencontrer ses supporters dans un cadre qu’il maîtrise.
Les deux logiques ne sont pas incompatibles. Elles ne placent simplement pas la frontière au même endroit. Et réduire le débat à un Marquez qui « n’en fait pas assez » masque finalement le phénomène le plus intéressant : le pilote possède déjà sa propre machine à fabriquer de l’engagement autour du MotoGP. Des supporters se déplacent, achètent des billets, remplissent des tribunes dédiées et participent à des événements parce que le numéro 93 est là.
Liberty peut légitimement lui demander davantage pour promouvoir la marque MotoGP.
Mais elle devra peut-être aussi accepter que sa plus grande vedette ne souhaite pas participer à toutes les animations qu’on lui propose.
Le véritable débat n’est donc peut-être pas de savoir si Marc Marquez fait suffisamment pour attirer du public. Il est de savoir si la plus grande star du MotoGP peut encore choisir elle-même la manière dont elle le fait.









