Et si la meilleure MotoGP n’était désormais plus la Ducati ? Marco Melandri le pense. En observant les performances collectives d’Aprilia face aux écarts beaucoup plus importants entre les pilotes Ducati, l’ancien champion du monde place aujourd’hui la RS-GP au sommet de la hiérarchie technique. Mais un homme brouillerait complètement cette photographie : Marc Marquez. Pour Melandri, le numéro 93 ne possède même pas nécessairement le meilleur rythme à chaque course. Il aurait surtout compris comment empêcher ses adversaires de l’exploiter.
Depuis plusieurs saisons, une question semblait presque inutile en MotoGP : quelle est la meilleure moto ? La réponse s’écrivait généralement en rouge. Marco Melandri estime que ce n’est plus aussi évident. « Si l’on regarde les chiffres et le classement, je dirais Aprilia », explique-t-il dans Chiacchiere da box.
Son raisonnement repose moins sur la victoire d’une moto que sur la performance de l’ensemble de ses pilotes. À Motegi, Jorge Martin termine deuxième et Marco Bezzecchi troisième. Les Aprilia évoluent ensemble aux avant-postes tandis que, chez Ducati, Marc Marquez gagne mais les autres Desmosedici ne reproduisent pas sa performance.
D’où le verdict de Melandri : « Aujourd’hui, je dirais que l’Aprilia est la meilleure moto, mais Marquez est d’un autre niveau. »
Ducati gagne, mais est-ce encore Ducati qui domine ?
La distinction est fondamentale. Une victoire Ducati ne démontre pas automatiquement que Ducati possède encore la meilleure moto si cette victoire repose essentiellement sur un pilote tandis que les machines concurrentes occupent collectivement les premières places.
Massimo Rivola avait déjà proposé une lecture assez proche après Motegi. Le patron d’Aprilia estimait que le combat ressemblait désormais davantage à Aprilia contre Marc Marquez qu’à Aprilia contre Ducati, soulignant l’écart entre le numéro 93 et les autres pilotes de Borgo Panigale. Melandri va un cran plus loin. Il ne se contente pas d’identifier Marquez comme l’exception. Il place désormais Aprilia devant Ducati sur le plan de la moto.
Ce n’est évidemment pas une mesure scientifique de la performance intrinsèque des deux machines. Les résultats dépendent aussi des pilotes, des réglages et des caractéristiques des circuits. Mais la convergence entre les performances de Martin et Bezzecchi nourrit désormais sérieusement le débat.
Marquez aurait trouvé comment fausser la hiérarchie
Selon Melandri, Marc ne gagne pas systématiquement parce qu’il dispose du meilleur rythme absolu. Il gagnerait aussi parce qu’il sait empêcher les autres de dérouler le leur. « Marquez sait que dans presque toutes les courses, il n’a pas le rythme le plus rapide », estime Melandri.
La formulation est forte et reste son appréciation. Mais ce qui suit décrit une stratégie beaucoup plus précise. « Il sait donc qu’il doit se porter immédiatement en tête, déstabiliser ses rivaux, perturber leur rythme, les empêcher de trouver leurs trajectoires. »
Autrement dit : si votre adversaire possède théoriquement trois dixièmes de mieux sur cinq tours parfaitement propres, ne lui donnez jamais ces cinq tours.

Prendre la piste avant de prendre l’écart
Cela explique aussi l’agressivité de Marquez en début de course. Pour Melandri, ses attaques ne répondraient pas seulement à son tempérament. Elles constitueraient une nécessité tactique. Passer rapidement. S’installer devant. Imposer ses trajectoires. Obliger les autres à modifier leurs points de freinage. Puis construire suffisamment d’avance pour commencer à gérer.
Carlo Pernat venait justement d’observer l’autre moitié du phénomène à Motegi : une fois devant, Marquez semblait maintenir volontairement son avantage autour de la seconde, sans chercher nécessairement à écraser ses poursuivants. Les deux analyses se complètent. Melandri décrit comment Marc prend le contrôle. Pernat décrit comment il le conserve.
Mandalika va mettre cette théorie Marquez à l’épreuve
Et le calendrier nous offre immédiatement un laboratoire presque idéal. Aprilia arrive à Mandalika avec de sérieux arguments techniques. Massimo Rivola estime que le circuit devrait convenir à la RS-GP, tandis que Dani Pedrosa voit notamment les deux premiers secteurs comme favorables à la machine de Noale.
Jorge Martin possède encore deux points d’avance sur Marquez. Marco Bezzecchi doit impérativement reprendre du terrain. Et Marc n’a encore jamais terminé un Grand Prix MotoGP en Indonésie.
Si Melandri a raison, nous pourrions donc nous retrouver devant une situation intéressante : Marquez affrontant sur un circuit favorable à ses adversaires une moto que l’Italien considère désormais meilleure que la sienne.
La meilleure moto contre le pilote qui dérègle l’équation
Pendant des années, Ducati a construit une supériorité telle que la question consistait souvent à déterminer lequel de ses pilotes finirait devant. La saison 2026 semble progressivement produire une équation différente.
Aprilia possède désormais deux pilotes capables de placer régulièrement la RS-GP devant. Martin mène encore le championnat. Bezzecchi reste troisième. Et la moto fonctionne sur une variété de circuits beaucoup plus importante qu’autrefois. Mais Ducati possède Marc Marquez.
C’est précisément ce qui empêche Melandri de transformer son classement technique en classement sportif. La meilleure moto peut donner à ses pilotes les meilleures armes. Elle ne peut pas leur garantir que Marquez les laissera s’en servir comme prévu.
Et à Mandalika, nous allons peut-être découvrir si Aprilia possède réellement la meilleure moto du MotoGP 2026… ou si Marc Marquez est devenu suffisamment fort pour rendre la question presque secondaire.









