Moto GP
Publié le 8 octobre 2026 • 12:45 par André Lecondé

MotoGP 2027, les constructeurs décident, les pilotes prennent les risques : « Ce sont les équipes qui sont venues nous voir » rappelle Ezpeleta

Ezpeleta confirme que les équipes ont demandé le nouveau format MotoGP 2027 pour réduire le roulage. Mais qui défend les pilotes ?

MotoGP

Le nouveau format MotoGP 2027 promet davantage de spectacle avec deux qualifications distinctes et la disparition du Warm Up. Mais derrière cette réforme se dessine une question autrement plus sensible : qui décide réellement de l’évolution du championnat ? Carlos Ezpeleta reconnaît que les changements répondent d’abord aux demandes des équipes et des constructeurs, notamment pour économiser les composants des futures 850 cc. Pendant ce temps, des pilotes comme Pedro Acosta et Jack Miller s’inquiètent des risques supplémentaires. Une opposition qui pose une question ancienne dans les sports mécaniques : qui représente ceux qui montent sur les motos ?

« Ce sont les équipes qui sont venues nous voir »

Carlos Ezpeleta ne cherche pas à dissimuler l’origine de la réforme. « Ce changement est une initiative des équipes. Ce sont elles qui sont venues nous voir et nous ont dit que, selon elles, le format pouvait être amélioré. »

Le directeur général adjoint du MotoGP défend une organisation plus lisible, avec une qualification Sprint le vendredi et une qualification Grand Prix le samedi. Mais il révèle également une motivation moins spectaculaire.

« Au total, le temps de piste sera réduit de 35 minutes, notamment grâce à la suppression du Warm Up, une mesure souhaitée par les constructeurs pour limiter l’usure de certains composants. »

Autrement dit, le nouveau format répond aussi à des impératifs industriels. Avec les 850 cc de 2027, les constructeurs souhaitent maîtriser les kilomètres parcourus et les contraintes imposées aux machines.

Une logique compréhensible. Mais qui ne répond pas nécessairement à toutes les préoccupations des pilotes.

Moins de kilomètres, mais davantage de pression pour les pilotes ?

Car la réduction du temps de roulage ne signifie pas automatiquement une réduction des risques.

En 2027, les 22 pilotes participeront simultanément à la qualification Sprint du vendredi, puis à la Q1 du Grand Prix le samedi. Deux séances où chacun cherchera à obtenir le meilleur chrono possible. Mat Oxley a déjà rappelé que le fractionnement des qualifications en 2013 répondait notamment aux dangers du trafic en piste. Pedro Acosta et Jack Miller ont également exprimé leurs réserves sur l’évolution du programme.

Le débat mérite donc d’être posé : on réduit le kilométrage pour ménager les motos, mais on concentre davantage d’enjeux sportifs dans des séances particulièrement courtes. Cela ne prouve pas que le format sera plus dangereux. En revanche, la promesse d’une meilleure sécurité reste à démontrer.

Et les pilotes, qui les représente ?

C’est probablement la question clé. Les constructeurs disposent de structures organisées pour défendre leurs intérêts techniques et économiques. Les équipes participent aux négociations. Le promoteur possède ses objectifs commerciaux. Mais les pilotes ne disposent pas d’une représentation collective indépendante comparable, dans son fonctionnement, à une véritable organisation syndicale.

Or l’histoire des sports mécaniques rappelle que leur parole a parfois été décisive. En 1974, plusieurs grands noms, dont Giacomo Agostini, Phil Read et Barry Sheene, avaient refusé de courir au Nürburgring pour des raisons de sécurité.

À Spa-Francorchamps en 1979, puis à Nogaro en 1982, d’autres mouvements avaient montré que les pilotes pouvaient collectivement contester les conditions dans lesquelles on leur demandait de courir.

Il ne s’agit évidemment pas de comparer les circuits actuels à ceux de cette époque. Mais le principe demeure : ceux qui acceptent physiquement le risque doivent pouvoir peser sur les décisions qui le modifient.

Le MotoGP change aussi de dirigeants

Ezpeleta souligne par ailleurs l’arrivée d’une nouvelle génération de responsables dans le paddock. « Un nouveau type de dirigeant arrive. Ils ont une vision très claire de la direction à prendre et ils n’ont aucun doute là-dessus. »

Guenther Steiner, ancien patron de Haas en Formule 1 et désormais impliqué dans Tech3, illustre cette évolution. Le MotoGP attire de nouveaux profils de gestionnaires, habitués à raisonner en termes de développement commercial, d’exposition médiatique et de spectacle.

Ce n’est pas en soi une mauvaise nouvelle. Mais une compétition motocycliste ne peut pas être envisagée uniquement comme un produit audiovisuel.

Le spectacle ne devrait pas décider de tout

Les pilotes modernes disposent de protections incomparablement supérieures à celles de leurs prédécesseurs. Cela ne rend pas leur métier moins dangereux. Leurs blessures, leurs opérations et leurs longues rééducations rappellent régulièrement ce que signifie réellement une chute à plus de 200 km/h.

Le MotoGP a parfaitement le droit de chercher un nouveau public et d’améliorer son spectacle. Les constructeurs ont également des raisons légitimes de vouloir réduire leurs coûts.

Mais entre les intérêts du promoteur, ceux des équipes et ceux des fabricants, la voix des pilotes ne devrait jamais devenir secondaire.

La réforme 2027 a été demandée par les équipes, nous dit Ezpeleta. Très bien. Reste une question que le nouveau règlement ne résout pas : si les pilotes estiment un jour que le spectacle exige trop d’eux, disposeront-ils réellement du pouvoir de dire non ?

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