Ce jeudi 21 octobre 2021, Valentino Rossi a répondu aux questions des journalistes depuis le Misano World Circuit Marco Simoncelli, en prélude au Gran Premio Nolan del Made in Italy e dell’Emilia-Romagna.

Nous sommes allés écouter (via un logiciel de téléconférence) les propos du pilote italien qui court ici pour la dernière fois à domicile, du moins en tant que pilote MotoGP titulaire…

Comme à notre habitude, nous reportons ici les paroles de Valentino Rossi sans la moindre mise en forme.


Valentino, vous participez ce weekend à votre 430e Grand Prix, qui sera le dernier en Italie. Que ressentez-vous ?

Valentino Rossi : « C’est une situation un peu étrange car c’est la deuxième fois ici à Misano. La deuxième course est toujours particulière car normalement on ne vient qu’une fois, mais lors des deux dernières, à cause de la situation sanitaire, nous avons appris à rester sur les circuits pour plus d’une course. Je pense que c’est une très belle opportunité pour dire au revoir aux fans italiens, donc c’est très bien de courir ici à Misano, sur mon circuit à domicile. J’espère que nous pourrons avoir un bon week-end au niveau de la météo car cette période est un peu plus difficile en Italie, donc j’espère que l’on pourra avoir un weekend sec, en particulier dimanche. Durant le weekend, j’essaierai au maximum d’être compétitif en course. »

Vous mentionnez vos fans. Vous en avez partout autour du monde et les tribunes sont remplies de jaune. Quel sera votre message pour eux ?
« Comme vous l’avez dit, c’est une longue histoire : Plus de 400 courses, c’est une longue carrière. Je dois simplement remercier tout le monde car j’ai eu, et j’ai, un soutien incroyable dans le monde entier. Plus spécialement en Italie, mais plus ou moins partout. Je donne donc toujours le maximum et nous prenons tous ensemble du plaisir, car c’est une longue carrière avec beaucoup de très belles courses. Donc nous verrons dimanche mais quoi qu’il en soit nous aurons encore deux courses après Misano. C’est toujours un moment triste quand vous arrivez à la fin, mais c’était bien : nous avons pris du plaisir ! »

En Autriche, quand vous avez annoncé que vous arrêtiez, vous avez dit que vous étiez en paix avec votre décision. Lors d’une interview avec média espagnol il y a quelques jours, vous avez dit que vous étiez un peu en proie à de la paranoïa en pensant à la dernière course à Valencia. Pourquoi ce changement ?
« Non, je ne sais pas si vous avez lu cette interview mais selon moi ils ont pris une partie de l’interview pour pouvoir écrire d’autres pages. Mais ce n’est pas comme ça : Ce que j’ai dit dans l’interview, c’est qu’en Autriche tout le monde m’a demandé comment je me sentais, alors qu’au final j’ai simplement rendu officielle la décision en Autriche. Mais je devais rester concentré car il me restait une demi-saison. Et j’ai dit que bien sûr ce serait différent à Valence car ce sera la dernière fois sur ma moto et la dernière fois sur la grille. Donc je pense que ce sera plus émouvant. En Italie, on utilise beaucoup le mot paranoïa, mais c’est une façon de parler en italien : Il n’y a rien de si grand ! Non, non, quoi qu’il en soit je me sens bien. Et je n’ai pas changé d’avis (rires). »

Quels seraient vos conseils Fabio et à Pecco pour la bagarre qui les oppose au championnat ?
« La différence est de 52 points donc je pense que Fabio veut terminer le plus vite possible. Il essaiera donc déjà dimanche, car quand ça devient plus long, c’est toujours plus difficile. Donc à coup sûr, il essaiera au maximum dimanche. Pour Pecco, j’ai déjà dit que mon conseil était de faire comme à Misano-1 : Pole position, meilleur tour en course et remporter la victoire (rires) ! C’est la chose la plus intelligente que je puisse dire à Pecco (rires). Mais je pense que c’est vraiment un excellent challenge entre Pecco et Fabio. Je pense qu’ils méritent de se battre pour le championnat et c’est dommage que Pecco ait perdu quelques points durant la saison. Pas pour Fabio, mais pour les gens autour cela aurait pu être plus amusant si cela avait été plus serré au niveau des points. Mais quoi qu’il en soit, c’est bien comme ça. »

Est-ce important pour vous de terminer cette course à Misano avec un bon résultat ? Et qu’est-ce qui serait un bon résultat ?
« C’est un peu difficile car il y a beaucoup de choses en marge de chaque course, puisque je vais terminer à Valence et que tout le monde veut donc faire quelque chose de spécial. Nous avons besoin de beaucoup de temps pour essayer de tout bien gérer mais, au final, le problème est que je suis toujours sur la moto en piste. La difficulté est d’essayer de séparer les choses et de rester concentré au maximum, car déjà quand vous montez sur une MotoGP, c’est difficile et dangereux. Il faut essayer de rester concentré et ne pas penser que c’est la dernière course à Misano, car c’est une vraie course ! Je pense la meilleure façon est d’essayer d’être compétitif et d’essayer de donner le maximum. Un bon résultat pourrait être de rester dans le top10, même si ce n’est pas facile. »

Comment faites-vous pour vous concentrer avec toutes ces sollicitations autour de vous ?
« C’est déjà difficile pour n’importe quel pilote MotoGP de garder la concentration durant le weekend, car vous avez beaucoup de choses à faire, comme des activités avec des personnes très importantes, alors que, pour le pilote, la seule chose importante est le résultat du samedi (dimanche ?) après-midi. Je suis donc déjà dans cette situation mais de façon plus extrême, donc vous devez vous concentrer et penser que l’important est le résultat du dimanche. Puis tout le reste vient après. Vous devez gérer cette situation, mais c’est plus ou moins la même chose pour tout le monde. »

Durant la présentation du weekend, nous avons pu parler avec Casey Stoner. Il a dit qu’il avait beaucoup appris de vous, sur la piste et sur la façon dont vous vous comportez avec les fans. Il a aussi dit qu’une des raisons pour lesquelles il avait arrêté était qu’il adorait les 2-temps et n’aimait pas les 4-temps. Les motos devaient être dangereuses quand elles étaient à la limite. Que pensez-vous de cela ?
« J’ai couru avec Casey durant toute sa carrière en MotoGP car ce n’a pas été très long. Je pense qu’il est arrivé en 2006 et qu’il a arrêté en 2012, donc nous avons toujours couru ensemble. Cela n’a pas été une longue période mais il a démontré un incroyable talent naturel. Dès la première année, avec le cinq cylindres Honda, il était toujours très très rapide, donc je suis très heureux d’avoir pu me battre avec lui, car je pense que c’est l’un des pilotes MotoGP les plus rapides et les plus sauvages de l’histoire. Concernant les deux-temps, on peut parler des deux-temps et des quatre-temps pendant longtemps ! j’ai beaucoup couru avec les deux-temps et c’est clair qu’ils ont un super charisme, vu de l’extérieur et aussi quand vous les pilotez. Rien qu’avec le bruit, la moto est davantage une moto de course : c’est plus un bruit de compétition que les quatre-temps. Mais c’est comme ça ! A un certain moment, le monde a changé et le MotoGP a changé pour les quatre-temps, et je me souviens que cela a été un choc pour moi et pour tous les pilotes, parce qu’on adorait nos machines500cc deux-temps. C’est vrai que quand vous pilotez ces motos à la limite, vous ne vous sentez pas à l’aise (rires) car c’est très dangereux, en particulier à l’accélération. Mais c’est comme ça, ce n’est pas notre choix et j’aime bien aussi les quatre-temps car les motos actuelles sont peut-être plus contrôlables, en particulier à l’accélération avec toute l’électronique, mais elles sont incroyablement rapides. Je pense que c’est une évolution normale, mais les deux-temps restent dans mon cœur et dans le cœur de tous les fans de courses de motos. »

Que pensez-vous de la pénalité de deux courses infligée à Deniz Öncü ?
« Je pense que c’est la bonne décision. Je pense que Dorna et les personnes en charge ont compris que quelque chose devait changer car la situation est un peu hors de contrôle : Les courses, en particulier dans la petite catégorie, sont trop dangereuses ! Malheureusement, ces choses surviennent de nombreuses fois et Öncü est simplement le premier car il a causé un gros accident. Mais beaucoup, beaucoup d’autres pilotes se déportent toujours de façon agressive dans les lignes droites et c’est très dangereux. Chaque pilote devrait être suivi, également lors des essais, et on devrait dire très clairement que si quelqu’un se déporte pour prendre l’aspiration du gars de devant en coupant la trajectoire d’un autre, il devra rester chez lui. Car actuellement, c’est trop dangereux ! On doit donc être plus précis et plus strict. On doit aussi parler aux gars qui arrivent derrière et qui doivent couper les gaz quand il y a des drapeaux jaunes ou quand ils voient une chute, car si vous regardez les images certains pilotes de dernière ne coupent pas les gaz et se servent des chutes pour prendre un avantage. Cela est également de la folie car il peut y avoir un pilote au sol sur la trajectoire ! Ils doivent donc parler et suivre pilote par pilote durant toute la saison, car selon moi il y a sept ou huit pilotes qui sont plus dangereux que les autres et qui sont trop agressifs. Je pense que cela (la pénalité) est un bon signe et j’espère qu’ils vont continuer comme ça car les courses doivent être plus propres et moins dangereuses. »

Il y a dans la presse italienne destinée des spéculations autour d’un éventuel retour de Davide Brivio en MotoGP, que ce soit chez Suzuki ou chez vous à la VR46. Que pouvez-vous dire ?
« J’ai de très bonnes relations avec Davide Brivio car c’est l’homme qui m’a convaincu de signer et de venir chez Yamaha en 2004. Nous avons partagé ensemble les meilleurs moments de ma carrière et je l’aime beaucoup, en particulier sa façon de travailler : Je pense que c’est clairement le meilleur team manager en MotoGP et il peut vraiment faire la différence, comme il l’a faite chez Suzuki ces dernières années. Je parle toujours avec lui mais sincèrement je ne connais pas son avenir, s’il continuera en Formule 1 ou s’il reviendra en MotoGP. Mais pas avec nous, pas avec notre équipe : Nous avons des programmes différents et nous ne parlons pas de ça avec Davide. »

Que ressentez-vous pour cette dernière course en Italie ?
« Rien de spécial, je me sens normal. Je veux juste essayer de faire un bon weekend et une bonne course. Ce serait amusant, ce serait émouvant à la fin de la course de dimanche, mais cela ne fait pas grande différence pour moi. »

Comment aimeriez-vous que les gens se rappellent de l’icône que vous êtes ?
« Sincèrement, je ne sais pas. Quand vous êtes un sportif, votre vie est divisée en deux parties. L’une est le pilote que beaucoup de gens connaissent et qu’ils peuvent suivre durant sa carrière, qu’ils peuvent aimer ou ne pas aimer. L’autre est la personne, mais c’est plus pour les amis proches. Mais sincèrement, je ne sais pas comment répondre à ça. Qu’on se rappelle un bon pilote avec une longue carrière et des bons résultats, et sincèrement je pense que les gens ont pris du plaisir avec moi en suivant les courses durant toutes ces années. Je pense que c’est la meilleure façon de se souvenir. »

26 saisons, 9 titres, y a-t-il une chose que vous aimeriez ramener chez vous de cette carrière en MotoGP ?
« Selon moi, quand vous faites du sport depuis que vous êtes très jeune, vous apprenez aussi beaucoup du sport pour votre vie personnelle et normale. J’ai toujours pris du plaisir, j’ai eu d’excellentes expériences, et je pense qu’avec notre sport, vous êtes seul quand vous êtes sur la moto mais c’est également un sport d’équipe. Vous apprenez donc à travailler avec une équipe de personnes qui ont généralement un haut niveau, des ingénieurs, des mécaniciens ou d’autres, et c’est une excellente expérience qui vous fait grandir et vous rend plus fort et plus intelligent car vous apprenez des bonnes choses et des autres. Je pense que c’est la meilleure des choses que j’ai apprises durant toutes ces années. »

Crédit photos : MotoGP.com



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