Une année s’est écoulée depuis la fin de saison 2015 qui restera sans nul doute dans les annales de l’Histoire des Grands Prix. Pour preuve, l’affluence sur les Grands Prix y a atteint des sommets et marque un nouveau record de 2.717.314 spectateurs sur les 18 épreuves que compte le calendrier.


Rappel des faits

Durant la conférence de presse qui précède le Grand Prix de Malaisie à Sepang, Valentino Rossi accuse ouvertement Marc Marquez d’avoir ralenti délibérément le rythme de la course du Grand Prix précédent en Australie. Tout cela, toujours selon Rossi, dans le simple et unique but d’aider son compatriote JorgeLorenzo à réduire l’écart avec l’Italien au Championnat. Si beaucoup pensent à ce moment-là que Rossi plaisante, force est de constater que ce n’est pas le cas, preuves et feuilles de temps à l’appui des propos du nonuple Champion. La lutte qui l’oppose à Rossi durant la course à Sepang donne alors lieu à des images inhabituelles avec l’issue et les conséquences déplorables que nous connaissons tous.

Après la course finale à Valencia, beaucoup, Rossi en tête,  reprochent à Marquez d’avoir aidé Lorenzo. Face à quoi Marquez se justifie, « Dès les premiers tours, Jorge était très fort et très rapide. J’ai préféré assurer en le suivant et en maintenant mon écart, » confie-t-il. « J’ai tenté de le doubler, mais il y avait un drapeau jaune. Je me suis dit que je retenterai le tour d’après. À ce moment, Dani m’a dépassé. Il a élargi et j’ai pu repasser. Nous avons perdu du temps. J’ai vraiment voulu passer Jorge, mais encore une fois, je n’ai pas pu. » Concernant les accusations portées par Rossi, l’Espagnol ne comprend pas et se défend encore et toujours, « Je ne comprends pas, » déclare-t-il, agacé. « J’ai pris le maximum de risques pour rester dans le rythme de Jorge. Si j’avais voulu jouer le rôle de celui qui aide Lorenzo, je serais resté cinq secondes derrière lui et j’aurais attendu. Je ne comprends pas. À Phillip Island, j’ai pris 5 points à Lorenzo alors qu’Andrea Iannone a pris 3 points à Valentino. »

Aujourd’hui, savoir qui de Marquez ou de Rossi a raison importe peu et ne changera pas le passé. Mais ce phénomène n’est pas nouveau. Dans l’Histoire des Grands Prix, il n’est pas rare qu’un, voire plusieurs pilotes, ait aidé un autre pour décrocher une couronne mondiale.

1Jean-Louis Tournadre, le tout premier Champion du Monde tricolore. (Photo : Christian Bourget / Sports-Images)

Capirossi et la coalition italienne

Grand Prix d’Australie 125cc 1990, le tout jeune Loris Capirossi, âgé de 17 ans et 165 jours, réalise sa première saison en mondial et joue déjà son premier titre face à Hans Spaan, seul pilote néerlandais, et Stefan Prein, manager/coach de Scott Redding et Jules Danilo aujourd’hui. Avant la course, Prein (169 points) mène le Championnat devant Capirossi (162) et  Spaan (160).

Bien que favori, Prein ne terminera pas la course et laissera le titre se jouer entre ses deux rivaux. Seul contre tous, Spaan doit faire face à la coalition italienne. Alliés à la cause de Capirossi, trois Italiens : le regretté Doriano Romboni, Fausto Gresini et Bruno Casanova. S’en suit alors une course tonitruante, bien plus incisive que la lutte qui a opposé Rossi et Marquez à Sepang. Capirossi est protégé par ses compatriotes alors que Spaan doit jouer des coudes au sens propre comme au figuré face aux trois Italiens qui lui mènent la vie dure. Malgré ses efforts désespérés et un agacement palpable, Spaan doit s’incliner et manque le titre pour 9 points, « Ce n’était pas une course d’homme à homme. C’était moi face à une équipe de football, » déclarait le néerlandais récemment.

Regardez le geste d’énervement de Spaan sur Gresini

Capirossi est encore aujourd’hui le plus jeune Champion du Monde de l’histoire des Grands Prix. Il conservera son titre la saison suivante face à Gresini. Son troisième et dernier titre, 8 ans plus tard face à Tetsuya Harada en 250cc, est un autre cas d’école qui a fait couler beaucoup d’encre lui aussi.

France – Allemagne, avantage Tournadre

Plus proche de nos contrées, il faut revenir au Grand Prix d’Allemagne 1982 et retrouver Jean-Louis Tournadre, pilote privé au guidon d’une Yamaha TZ250. Tournadre est âgé de 24 ans et joue le titre (le premier tricolore) face à Anton Mang sur ses terres allemandes d’Hockenheim. Cette saison-là, le Français a remporté une seule victoire lors du Grand Prix de France sur le circuit Nogaro. Beaucoup ont d’ailleurs critiqué cette victoire : le Grand Prix ayant été touché de plein fouet par un mouvement de grève des pilotes qui protestaient contre les conditions de sécurité insuffisantes.

Pour décrocher le titre, Tournadre doit terminer 4e au minimum si Mang remporte la course. L’Allemand dispose d’une Kawasaki officielle. Armé de sa caravane et de sa camionnette, Tournadre ne joue pas dans la même cour et dispose simplement de deux Yamaha TZ250 privées fournies par un certain ClaudeMichy et Pierre Froment d’Auvergne moto, « C’est vrai, nous n’avons pas d’énormes moyens matériels,» déclare-t-il dans les colonnes du Moto Revue n°2574, « Mais l’important, c’est que tout marche bien. » Avec Carlos Lavado, il est néanmoins pilote officiel Michelin et obtient le droit de tester de nouveaux pneus durant l’hiver.

Tournadre n’est pas le seul Français du plateau. Entre autres, il y a aussi Christian Estrosi (actuel maire de Nice), Thierry Espié tous les deux au guidon de la Pernod, Patrick Fernandez, Roland Fremont, Jean-François Baldé ou encore le jeune Christian Sarron.

Mang réalise la course parfaite et remporte ce Grand Prix d’Allemagne devant près de 50.000 spectateurs. C’est plus compliqué pour Tournadre. 12e sur la grille, le Français pointe 8e à la mi-course derrière Mang, Espié, Paolo Ferretti, Estrosi, Freymond, Fernandez et un jeune pilote invité, Manfred Herweh, qui mène la vie dure à Tournadre et tend à protéger les intérêts de son compatriote allemand.

Estrosi, dont la Pernod souffre (étrangement ?) à ce moment de la course, est distancé et rattrapé par Tournadre qui profite de son aspiration pour revenir sur le groupe. Herweh joue les trouble-fêtes et tente, à son niveau, d’aider son compatriote qui ne peut rien faire d’autre que d’attendre l’issue de la course de Tournadre. Fernandez et Estrosi viennent alors lui porter main forte en bouchonnant l’Allemand jusqu’au passage sous le drapeau à damier. Les clameurs des spectateurs oscillent alors entre les applaudissements saluant la victoire de Mang et les huées dénonçant cette coalition que personne n’avait envisagée.

24e à l’arrivée, Tournadre viendra saluer son rival Anton Mang au pied du podium. (Photo : Christian Bourget, Sports-Images)

Malgré l’euphorie de ce titre, Tournadre regrettera une chose, « Je pense quand même que tout cela manque un peu de panache. Je me demande si les gens n’ont pas tendance à se rappeler les exploits d’un jour, même s’ils ne sont pas récompensés par un titre quelconque. Je crois d’ailleurs que c’est là mon défaut : je manque de hargne. » Des propos qui trouvent un sens encore aujourd’hui.

Fort de ce titre, Tournadre disposera d’une Yamaha TZ250 officielle la saison suivante. Ses résultats ne sont pas à la hauteur de ses espérances, en particulier face à un certain Christian Sarron qui décrochera le titre en 1984.

Bien évidemment, ces deux épisodes n’ont probablement pas la même portée médiatique que de nos jours, où l’intérêt des usines est bien plus important qu’à l’époque. Néanmoins, il est parfois intéressant de se rappeler de faits historiques pour modérer certains propos ou commentaires. Une course reste une course dont le dénouement plaira à certains et pas à d’autres.

Dorénavant, place à la saison 2017 et une nouvelle opportunité pour Valentino Rossi, Marc Marquez, Maverick VinalesJorge Lorenzo, Dani Pedrosa et bien d’autres de se battre pour décrocher cette couronne mondiale tant convoitée.

Notre galerie présente une partie des pilotes français présents ce jour là…

Thomas Morsellino



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