Le Grand Prix de Catalogne a été tellement mouvementé qu’on en oublierait presque ce qu’il s’est passé sur la piste. Qui va retenir, par exemple, que Pecco Bagnaia a pris les points de la troisième place suite au déclassement de Joan Mir ? Certes, cette épreuve était circonstancielle, mais un pilote qui revient de loin a tout de même fait une performance marquante : Fermin Aldeguer.
Au pire moment
À l’arrivée du Grand Prix, Fermin Aldeguer était troisième, à un peu plus d’une seconde et quatre dixièmes du vainqueur Fabio Di Giannantonio. Oui, effectivement, il a « profité » de tous les incidents, mais pas plus que Marco Bezzecchi, par exemple, qui, grâce à l’action, sauve un week-end très décevant pour un clair candidat au titre.

J’aime bien ce mec, j’admire son parcours. À 20 ans, il n’a pas hésité à relever un défi extrêmement difficile. Photo : Michelin Motorsport
Avant d’évoquer la performance du jeune espagnol, revenons sur le contexte dans lequel il baigne. Cet hiver, en essais sur le circuit de Jorge Martinez « Aspar », Fermin Aldeguer s’est lourdement blessé : fracture du fémur gauche, ce qui est très, très embêtant au plus haut niveau. Les jambes, avec les mains, sont les parties du corps les plus difficiles à soigner pour un pilote moto : on en voit se remettre d’une clavicule cassée, mais d’autres, touchés aux membres inférieurs, boitent plusieurs années après. Ça peut changer une carrière.
Aldeguer n’a pas eu de chance, car il n’y avait pas de pire moment pour se blesser. Dans l’année, d’abord, car cela signifiait qu’il allait manquer l’intégralité des tests de présaison alors qu’il devait découvrir une nouvelle moto, la Ducati Desmosedici GP25. On se rappelle, par exemple, combien il avait coûté à Fabio Di Giannantonio de rater une partie des essais hivernaux début 2025 – notamment sur les deux premières manches, et à Franco Morbidelli les tests début 2024. Mais ce n’est pas tout : c’était aussi le pire moment dans sa carrière : Aldeguer devait retrouver un guidon pour l’année prochaine, et ce passage prolongé à l’infirmerie coupait net sa belle dynamique, lui qui était l’un des hommes les plus en vue du plateau. Ces chutes sont toujours plus dommageables en début de carrière, quand un élément de la grille n’est pas encore pleinement installé dans le paysage, qu’il doit encore prouver rapidement.
Du lit d’hôpital au podium, un pilote qui revient de loin
Et, forcément, ces premières courses furent très difficiles physiquement. D’abord, il manqua la manche d’ouverture en Thaïlande, remplacé par Michele Pirro. Il fit donc ses débuts au Brésil, sur un nouveau circuit, donc pas dans des conditions idéales. Pourtant, il a quand même pris la huitième place en GP, ce qui représente un petit exploit. Une semaine plus tard, il devait déjà courir de nouveau aux USA, sur le tracé qui l’avait révélé début 2025. Là encore, il réalisa un score très correct avec la 11e position.
Et, comme ça, il enchaîna les Grands Prix, en restant assez régulier, et en se remettant progressivement de sa blessure. Mais que l’on n’imagine pas qu’il est parfaitement rétabli ! Au Mans, une semaine seulement avant son podium dominical en Catalogne, on l’a aperçu boiteux dans les paddocks, presque incapable de monter les marches de son motorhome. Pourtant, le dimanche, il se classait neuvième.
Puis vint Barcelone, avec le scénario que l’on connaît. Aldeguer eut le mérite de rester sur ses roues sur une piste très piégeuse, et remonta, depuis la 15e place sur la grille initialement, jusqu’à la deuxième position, au bout de cette troisième course. De son propre aveu, sa santé s’est subitement améliorée avant Le Mans, et ça n’a fait qu’aller de mieux en mieux depuis. Espérons le revoir à son plein potentiel sous peu, car il a tout l’air d’être un pilote à part. Attention, cependant, à de nouvelles chutes qui pourraient rallonger sa période de convalescence.

Rappelons que Dall’Igna voit en lui le « futur de Ducati en MotoGP ». Quelle pression. Photo : Michelin Motorsport
Des points à améliorer
Aldeguer est toujours ce pilote assez propre, rapide, doté d’un bon rythme et d’une très grande régularité sur une course. En revanche, il y a deux phases qui lui font défaut sur ce début de saison, même s’il n’est pas représentatif au vu de son état physique. Premièrement, les qualifications. De nos jours, partir devant est un impératif pour viser les meilleures places régulièrement, et il a du mal à se hisser en Q2. Sa dernière bonne qualification remonte aux États-Unis, où il s’élançait 10e après une séance assez réussie. Depuis le retour en Europe, c’est plus compliqué. Il compense en Grands Prix, certes, mais c’est beaucoup plus difficile pour les Sprints, mon deuxième point.
En effet, Aldeguer n’est pas rentré dans les points le samedi après-midi. Il mise davantage sur son rythme de course et la conservation de ses gommes pour faire la différence le dimanche, mais peut-être lui manque-t-il cette explosivité nécessaire à cause de la douleur pour performer sur le format court.
Si, avec une meilleure condition physique, il parvient à faire de bonnes Q2, je pense qu’il peut rapidement devenir un candidat régulier au top 5, et pourquoi pas jouer des podiums, voire des victoires avant la fin de l’année. J’ai toujours cru en ce pilote qui a tout du « crack » ; ce qu’il montre discrètement depuis le début d’année 2026 est très positif et n’annule aucunement les enseignements de 2025 le concernant.
Pensez-vous que Fermin Aldeguer puisse faire partie de l’élite, et rentrer durablement dans le top 5 ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Je le voyais terminer entre la 5e et la 7e place du général, je maintiens. Photo : Michelin Motorsport
Photo de couverture : Michelin Motorsport




























