Depuis plusieurs années, le monde de la moto de collection a emboîté le pas à celui de l’automobile, ce que l’on peut traduire concrètement par « les prix montent » !

En cette période où les taux d’intérêt sont au ras des pâquerettes, nombreux sont en effet ceux qui préfèrent placer leur épargne ailleurs que dans les solutions traditionnelles, donc, entre autre, dans des véhicules de collection.

Au sein de ces derniers, autos ou motos, les machines de compétition tiennent le haut du pavé, aussi avons-nous profité du très récent déconfinement pour nous rendre à la vente de motos de course organisée par l’Étude Osenat jeudi dernier à Fontainebleau.

Évidemment, 34 motos de compétition dispersée suite au décès de leur propriétaire en octobre dernier, un célèbre collectionneur de Troyes, ça anime le monde de la collection, et les experts de certains modèles n’étant pas forcément pléthore en ce domaine, les téléphones ont sonné à travers toute l’Europe les jours précédant la vente.

On savait donc, avant même le début de celle-ci, qu’une des motos les plus convoitées allait être le lot #36, une Honda 350 de 1970 présentée comme rarissime et « HRC », mais nous nous sommes également intéressés pour les besoins de cet article à deux autres machines, une jolie et intéressante Derbi 50cc Compétition Client et une Yamaha 125 TA qui, annoncée entre 2000 et 3000 €, pourrait constituer le premier achat d’un débutant dans ce monde non dénué de pièges…

En effet, par définition les machines de compétitions ont souvent connu un parcours très mouvementé, et il existe quasiment toujours une différence entre les descriptions forcément alléchantes des professionnels qui tentent de vous les vendre et la réalité !

Le premier conseil que l’on pourrait donc donner, même si vous êtes un spécialiste du modèle convoité, est de vous rendre sur place et de ne surtout pas enchérir en ligne sans vous être déplacé.
Le deuxième est d’être accompagné si possible d’un expert de la moto désirée.

Dans le cas de la Yamaha 125 TA, celui-ci vous aurait alors indiqué que si la moto était globalement extérieurement conforme à son type, les silencieux n’étaient pas d’origine, le tambour avant a été percé, mais surtout que les carters moteur n’étaient non seulement pas « matching numbers » mais également plus ceux du modèle compétition-client TA (#99XXXX), remplacés par ceux du modèle AS3 de série dont elle est dérivée, ce qui n’était pas clairement explicité. Les carters des deux modèle sont les mêmes mais avoir ceux d’origine aurait constitué un plus, surtout s’ils avaient été en bon état ! Quant à savoir si ces derniers contenaient bien la boîte de vitesses spécifique, aucun moyen ne permettait malheureusement de le déterminer, tout comme bien sûr la composition exacte et l’état de l’ensemble vilebrequin–bielles–pistons-cylindres.

Adjugée à 5 760 € avec les frais (de 20%), avec un carénage non conforme alors qu’un beau modèle se négocie généralement autour de 12 000 €, cela ne constitue pas forcément une mauvaise affaire, mais une sorte de pari.
Si tant est que les pièces conformes figurent bien à l’intérieur du moteur et que vous ayez les compétences pour remettre ce dernier à niveau, vous vous y retrouverez. Par contre, pour faire un simple placement financier, cela semble plus risqué et il sera toujours préférable de privilégier une machine 100 % authentique qui, elle, aura le maximum de chances de prendre de la valeur.

À Fontainebleau, c’était le cas de la rare Derbi 50cc compétition-client qui nous est apparue complètement d’origine, amortisseurs et peinture compris ! Il est vraiment très rare de trouver une machine de compétition des années 70 dans cet état, et les 19 800 € dépensés, alors que la moto était évaluée entre 8 et 12 000 €, ne sont probablement pas un mauvais investissement : s’il est toujours possible de restaurer un véhicule, revenir à l’état d’origine si prisé des collectionneurs, avec sa patine et son authenticité, est tout simplement impossible !

Enfin, comme prévu, la Honda 1970 « 250/350 » présentée comme « moto d’usine HRC » (alors que la HRC est née en 1982) a bien flambé, même si elle était très loin d’être d’origine. Estimée de façon très honnête entre 10 000 et 15 000 €, elle a atteint 43 200€ avec les frais. Construite à 18 exemplaires par la RSC fin 1968 (dont 4 ont été importées en France pour le Bol d’Or), sa rareté explique cela en partie, mais laissons à ceux qui en ont les moyens le fait de parier à ce niveau que nous jugeons excessif sur une moto dont la vie a visiblement été plus que mouvementée et qui demandera beaucoup de recherches de pièces et de travail pour remettre en configuration d’origine !

Faut-il pour autant se désintéresser des ventes aux enchères ?

Pas forcément, ne serait-ce que parce que, déjà, cela vous donnera l’occasion d’admirer gratuitement et à souhait des motos très intéressantes, en attendant d’acquérir l’expertise suffisante pour investir de façon pertinente (c’est à dire en vous étant fixé une limite au préalable) sur un modèle précis… Prudence, prudence avant d’enchérir sur quoi que ce soit, et si possible faites-le sur une moto qui vous plaît vraiment et dont vous êtes prêt à profiter de longues années !

Pour l’anecdote, mais révélateur de la « passion » de certains, l’Aermacchi 125 payée 4 560 euros avec les frais jeudi dernier est déjà proposée à la vente à 8 000 euros ce week-end…

Quelques images…