On ne présente plus Gilles Bigot, qui officie actuellement aux côtés d’un Sam Lowes en tête du championnat du monde Moto2.

En trois réponses, le technicien français nous révèle la recette du succès et sa vision de la situation actuelle.


Sam Lowes a visiblement changé cette année en gagnant en maturité. Pouvez-vous confirmer ce changement et nous l’expliquer ?

Gilles Bigot : « Quand on a décidé de travailler ensemble, avant même le Qatar, lors des essais à Jerez, on en a parlé et on a décidé de faire une sorte de remise à zéro de manière à trouver une sorte de sérénité pour essayer d’éviter de commettre les mêmes erreurs qu’il avait commises par le passé. Il nous a exposé comment cela fonctionnait dans les teams avec lesquels il avait travaillé avant, ce qui allait et ce qui n’allait pas, et ce qu’il espérait au niveau de notre team que l’on puisse faire pour lui. On a fait cette sorte d’analyse et on s’est dit que dans tous les cas il fallait une remise à zéro générale : Le team allait l’aider mais lui aussi devait travailler un petit peu sur lui ! »

« Malheureusement, lors des essais à Jerez, il a chuté et s’est fait mal, ce qui a un petit peu compromis le début de saison. Au Qatar, il a donc essayé de rouler et a réussi à faire un bon chrono en peu de tours, mais on savait que la course allait être compliquée, d’autant que s’il chutait de nouveau, cela pouvait compromettre sa saison et même son avenir. Après, le coronavirus est venu perturber la vie de tout le monde, mais on pense que ce repos forcé lui a permis à la fois de pouvoir récupérer de son épaule mais aussi de vraiment faire tout le travail nécessaire sur le mental. Il continue et il a un coach avec lui en Angleterre qui lui fait faire pas mal de méditation. L’idée que l’on avait définie ensemble, c’était de vraiment prendre le temps, à tous les niveaux. Par exemple, quand on arrive sur le circuit, on n’essaie pas de faire un chrono trop vite : On reste calme et on analyse bien. Et comme je suis quelqu’un d’un petit peu plus vieux et de globalement assez calme, je pense qu’il s’est vite senti à l’aise avec nous dans l’équipe. Il faut dire que c’est un garçon vraiment facile à vivre ! Par contre, c’est un hyperactif, donc on essaie vraiment de faire qu’il ne s’enflamme pas trop vite. Même quand ils roulent bien, on fait en sorte qu’il garde les pieds sur terre et reste concentré sur ce qu’il fait ! »

« Donc après cette période, quand il est revenu pour le premier Grand Prix à Jerez, on l’a senti beaucoup plus calme et plus serein, et on a pu commencer à travailler ensemble avec une base de réglages déjà définie. À cet égard, je suis plutôt pragmatique et on n’a pas fait de gros changements afin qu’il reconnaisse sa moto à chaque fois qu’il monte dessus et qu’il puisse vraiment sentir la piste. Je ne suis pas du genre à changer les réglages à chaque commentaire du pilote. Ça c’est plutôt pas mal passé et on a donc continué à travailler de la même manière. Depuis le début de l’année jusqu’à maintenant, on utilise en fin de compte la même façon de travailler : On met nos réglages de base, on part à la première séance pour faire des tours, comprendre le niveau d’adhérence de la piste, avoir des sensations et commencer à accélérer progressivement. On ne cherche pas le chrono tout de suite, et cela lui a apporté une certaine sérénité. »

« On a aussi essayé de travailler sur le problème des départs, car ce n’était pas son point fort depuis le début de l’année. C’est comme ça qu’il s’est fait enfermer en Autriche et, avec l’excitation, s’est loupé lors du deuxième freinage. Tout le monde a dit que c’était du Sam Lowes d’avant, et c’était effectivement une bêtise qu’il n’a bien sûr pas très bien vécue. Il a été puni en partant de la pit lane à Misano, mais on a appliqué la même méthode et ça ne s’est pas trop mal passé puisqu’il est remonté à la huitième place en course. À ce moment-là, le championnat n’était pas encore l’idée principale, mais les bons résultats aidant, la confiance s’est installée tout en gardant la même approche : Garder son calme, éviter de se mettre la pression et aller au bout des courses ! »

Aujourd’hui, vous êtes en tête du championnat. Comment les célèbres félins vont-ils gérer les trois dernières courses ? Allez-vous faire preuve d’une prudence particulière ?

«  Pas plus de prudence que d’habitude dans la mesure où il y a trois Grands Prix. Ces 75 points, donc si tu commences à penser un petit peu trop en championnat avant que l’on soit trop près de son échéance, ça peut jouer de mauvais tours. Mais attaquer à la folie peut aussi jouer de mauvais tours car tu risques la chute, donc je pense que l’on va continuer à travailler de la même manière, et si en course il peut finir sur le podium, c’est très bien. Et s’il peut faire encore mieux, c’est encore mieux, mais dans un premier temps il faudra surtout terminer les courses, car on voit ce qui est arrivé à nos adversaires. Il y a encore trois courses, Marini et Bezzecchi était devant nous. Aujourd’hui c’est le contraire, mais tout est encore possible, d’autant que Bastianini roule très fort. Il ne faut donc pas trop s’endormir sur ses lauriers mais il faut quand même continuer à performer de la même manière. Pour cela, il ne faut surtout pas changer la manière d’approcher les choses et garder son calme. »

A-t-on déjà quelques nouvelles pour l’année prochaine ?

« Je pense que le team n’a pas encore annoncé quoi que ce soit, mais je pense que ça va continuer. Personnellement, j’ai déjà signé mon contrat et je ne vois pas trop de raison pour que ce ne soit pas la même chose pour les autres. Quels soient les résultats sur les trois prochaines courses, Sam a déjà rempli une bonne partie des objectifs qui étaient fixés. Maintenant, il faut évidemment attendre une officialisation de la part de Marc VDS. »



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