10 novembre 2013. Valence. Le destin de trois pilotes va changer. Si le monde a les yeux rivés sur la bataille à suivre en MotoGP opposant Jorge Lorenzo et Marc Márquez pour le titre, la catégorie Moto3 rend son verdict. Luis Salom, Maverick Viñales et Álex Rins vont s’affronter pour la course de leur vie.

Les règles du jeu sont claires. Qui gagne la course, gagne le championnat. Une année de travail, de mise au point, de dévouement réduits à 45 minutes de course. Trois jeunes loups, de respectivement 22, 19 et 18 ans partent en guerre.

Niveau matériel, pas de jaloux : les trois bénéficient des KTM RC250GP. Luis Salom évolue dans le team Officiel (Red Bull KTM Ajo), tandis que Rins roule pour le compte d’Estrella Galicia 0.0, autre équipe de pointe. Maverick Viñales complète le trio avec le Team Calvo. À matériel égal, qui sera le plus fort ?

Si les trois protagonistes se sont retrouvés sur le podium ensemble à huit reprises sur la saison, Luis Salom apparaît comme le plus dangereux. Vainqueur sept fois déjà, son abandon à Motegi (l’avant dernière course) lui cause beaucoup de tort à l’heure de faire les comptes. Álex Rins, le plus rapide en qualifications (sept pôles) doit faire attention à ses vieux démons, lui qui a manqué les points par deux fois cette saison. Ce n’est pas énorme, mais ces points coûtent cher lors d’une course au titre aussi serrée. Maverick Viñales est le plus régulier, avec seulement deux courses hors du podium sur l’année, mais aussi le moins rapide et efficace, ne comptant « que » deux pole et deux victoires.

Au championnat, les trois dominent les débats. La marque autrichienne à remporté toutes les courses de l’année jusqu’à maintenant, confirmant sa domination extrême sur la plus petite des catégories.

Dès le samedi, Álex Rins montre les dents : c’est lui qui s’élancera de la pole position. Il confirme une saison de vitesse imparable dans l’exercice. Huitième pôle pour le catalan.

Mais c’est Luis qui entame le plus fort la course. Il enregistre le tour le plus rapide et se montre agressif, à la limite : il semble moins à l’aise que ses compatriotes. La bataille fait rage, et l’Allemand Jonas Folger joue les trouble-fêtes arrivant à suivre le rythme imprimé par les trois prétendants à la couronne mondiale.

Mais sous la pression, le plus expérimenté, Salom, chute laissant place à un duel mémorable entre les jeunes Rins et Viñales. Il parvient à repartir, loin, trop loin derrière. Les chances du n°39 dans la conquête du titre sont définitivement perdues. La course est indécise.

Dans un élan de désespoir Rins tente un dépassement dans le dernier virage à gauche, en descente, réputé technique. Les motos se touchent, il passe, mais n’arrive pas à tourner suffisamment  ! Viñales recoupe à l’intérieur, et réussit à passer dans l’ultime bout droit. Pour 187 millièmes de seconde, il grimpe sur le toit du monde. Rins, troisième sur la ligne (battu d’un millième par Folger, l’ayant dépassé aussi dans le dernier virage) applaudit son compatriote instantanément. Classe.

Par la suite, les routes de ces trois espagnols se sépareront. Álex Rins ira faire les beaux jours du Moto2, comptant des batailles mémorables avec Johann Zarco, avant de faire le grand saut vers la catégorie reine. Promis au plus bel avenir en MotoGP, il se montre très dangereux avec Suzuki, faisant parler sa jeunesse et sa fougue impressionnante.

Maverick connaît un succès moindre ces derniers temps, mais reste un pilote officiel Yamaha, détenteur de six victoires en carrière. Luis Salom aura un peu moins de chance. D’où il est, il regarde ses anciens adversaires de 2013 évoluer sans lui, mais personne n’oublie le « Mexicano » après le tragique week-end du Grand Prix de Barcelone 2016.

Ces jeunes loups dévoués à leurs passion depuis leur plus jeune âge, ont, en ce jour de grande finale à Valence, donné du plaisir à des milliers de personne. Les félicitations qu’ils se donnent à la fin de la course traduisent une fois de plus la magie des petites catégories. Trois jeunes venaient de s’affronter, de donner de leurs âmes pour aller le plus vite possible en vue de rêves immenses, pensant que seul le ciel est la limite. Parfois, que notre sport est poétique…

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