Depuis le début de Paddock-GP, nous avons toujours ouvert nos colonnes à l’aventure que Valentin Debise “VD53” vit aux USA (voir ici), non seulement car certains de nos collaborateurs ont travaillé avec lui par le passé, mais surtout parce que cela nous fait découvrir un autre monde que celui que nous connaissons bien.

Ce fut une nouvelle fois le cas avec les 200 Miles de Daytona même si, cette fois, cela a failli vraiment mal se terminer, d’où notre souhait de ne pas rebondir sur le sujet à chaud.

Valentin, blessé mais toujours vivace, a pris la plume pour nous expliquer sa chute.


Daytona 200 2018

Je ne déroge pas à la règle, et écris mon compte rendu du week-end malgré les circonstances exceptionnelles.

Je me suis bien préparé cet hiver en accumulant plus de tours de moto, et moins de vélo comme l’an passé, pour améliorer mon aptitude sur la moto, car quelques détails qui ne m’avaient pas plu l’année dernière.

Le mardi avant la course de Daytona, on est allé à Jenning dans le Nord de la Californie. Le circuit avait un grip ridicule, mais c’était l’occasion de faire un check-up de la nouvelle moto, et d’y réaliser le record de la piste (sens inverse).

Daytona, j’adore ce lieu ! La main street avec les bikers venus de tout le pays, le circuit gigantesque avec ses tribunes colorées, et une météo digne de ce nom !  Tout y est présent pour passer un bon week-end. Enfin, à priori…

Le week-end de course se passe cette fois sur deux jours. L’unique séance d’essai libre se passe plutôt bien. Le but est de faire des tours pour s’habituer à ce circuit assez spécial au niveau des sensations. Le grip y est très bas pendant les premières séances (les virages sont utilisés deux fois dans l’année), et il faut retrouver ses marques dans les Bankings. Je me sert toujours des drapeaux pour me situer, je me rapproche de plus en plus du haut pour pouvoir descendre au bon moment et prendre de la vitesse.

La suite est composée de trois séances de qualifications. Je m’en sers comme séances d’essais, en préférant préparer ma course. Je passe les nouveaux pneus que Dunlop nous ont amenés. Je mets la distance de la course sur chacun pour avoir une meilleure visibilité.  Lors de la dernière séance, je suis tenté de passer plusieurs gommes neuves dont des pneus “1 tour”, mais j’ai une dernière simulation de course à faire avec le plein d’essence. Je pars pour 30 minutes non-stop, et enchaine pas mal de bons chronos mais sans jamais parvenir à accrocher une bonne aspiration. Je continue à pousser fort en me disant que je vais bien tomber sur quelqu’un à un moment donné. Dans le dernier tour, j’arrive enfin à attraper une aspiration et je bats de 3 dixièmes le record de piste que j’avais établi l’an passé !

C’était une journée très chargée. En plus de mes quatre séances pour les 200 miles, je suis rentré dans plusieurs courses pour pouvoir m’entrainer aux arrêts au stand. Les ravitaillements sont assez spéciaux par rapport à la règle européenne que l’on connaît tous. Par exemple, il n’y a pas de limitation de vitesse dans les stands. J’arrive donc lancé à 250km/h dans les stands, les lignes blanches sont ultra glissantes (mon coéquipier est tombé en mettant un coup de gaz après son arrêt). Les mécaniciens doivent rester de l’autre côté du mur tant que la moto n’est pas arrêtée. Je dois donc avoir de bons repères pour savoir où je dois m’arrêter et surtout freiner pour ne pas passer devant mon stand à fond.  La journée a été bien longue, mais c’est ce qu’il fallait pour arriver prêt à la course.

Première course de l’année, vous imaginez mon excitation…. C’est le moment que j’attends depuis septembre l’année passée.
Premier départ, je suis dans le groupe de tête, je navigue entre la première et la troisième position. Avec le jeu des aspirations, c’est très difficile de s’échapper avant le premier ravitaillement. Drapeau rouge. Deuxième départ, je me place n’importe où sur la grille parce qu’un mec s’est mis à ma position, mais le Marshal me dit que c’est ok.
Premier tour, on me met un drapeau noir à rond rouge qui signale un arrêt immédiat où on se trouve. Je regarde de tous les côté voir si quelque chose cloche sur ma moto, mais rien. Je décide de continuer. Au bout de 2 tours, ils enlèvent le signal avec mon numéro. Mon panneauteur ne me fait aucun signe. Ça me prend que quelques tours pour remonter sur le groupe de tête. Je passe mes adversaires, me retourne pour voir où ils sont pour voir s’il est possible de creuser un écart. Je me remets dans la bulle et je vois que je me décale un peu sur la droite, je rectifie ma trajectoire et déclenche le virage à fond de 4 comme je le fais à tous les tours. Sauf que cette fois, la moto m’échappe sans prévenir et m’envoie en l’air pendant de longue seconde. Je tape le sol et me réveille quelques minutes après, autour de médecins, la bouche en sang et l’incapacité de bouger quoi que ce soit.

Je ne vais pas faire un récit sur cet épisode, seulement un rappel sur notre sport. Tout le monde à vu la chute et sa violence. Je m’en sors très bien avec quelques contusions, et une petite fracture à la troisième vertèbre. Vous pouvez dire “la chance”, mais la chance on la met de son côté ou pas. Je suis plus que bien entretenu physiquement, je m’étire quasiment tous les jours de la semaine, j’ai une alimentation saine, je m’échauffe avant de monter sur la moto, etc. Mais surtout je n’ai jamais négligé mes équipements. Je m’en contrefiche d’avoir un chèque pour porter une marque sortie de nulle part, car l’essentiel pour moi est que je sois bien protégé. Quel est la valeur d’un casque, ou d’une bonne combinaison à côté de la valeur d’une vie ?

Pensez  à moi lors de vos prochains achats.

Pour ceux que ça intéresse, j’ai mis la combinaison de la chute aux enchères. L’argent récolté ira à l’association Road Racing World ACTION FUND qui à pour but de sécuriser les circuits en achetant des Air Fences et de la peinture FIM (non glissante). Merci d’avance, ça évitera de prendre un autre vol 😉

Voir ici la vente aux enchères

 

Je tenais à faire une petite parenthèse en remerciant les gars de la FFM au service assurance. Ils ont été d’une grande aide, et d’une efficacité remarquable. Je suis très fier d’avoir une Fédération Française de Motocyclisme aussi active et efficace !

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