En début de saison, le GMT94 avait clairement affiché ses ambitions de titre en World Supersport avec un duo de pilotes pour le moins séduisant fait de Jules Cluzel et de Federico Caricasulo. Deux compétiteurs aguerris à la catégorie et à la Yamaha R6. Seulement voilà, en compétition moto, on peut toujours tout prévoir, sauf ce qui va se passer… Après trois rendez-vous sur les douze programmés, les hommes de Christophe Guyot restent certes toujours dans la course à la récompense suprême, mais en bagarre dans une mêlée dont on ne saurait encore dire qui en sortira vainqueur. Le patron Christophe Guyot fait le point pour Paddock-GP non seulement sur sa compétition, mais aussi sur d’autres sujets qui méritent attention…

Christophe Guyot aurait sans doute espéré un scénario plus confortable au terme des trois premiers rendez-vous de l’année en WSS. Mais la compétition a été rude avec, notamment, un accident pour son pilote de pointe Jules Cluzel qui s’en est heureusement sorti indemne. De son côté, son coéquipier Federico Caricasulo ne connait pas encore la réussite que son passé dans la discipline lui permet d’envisager. De quoi donner des cheveux blancs au patron tricolore qui nous livre son expertise sur la situation. Entre autres sujets !

  • Christophe, comment analyserais-tu ce début de saison ?

Nous espérions un autre début de saison. Mais nous n’allons pas bouder deux pole positions et trois podiums. Nous avons manqué de réussite en course, nous pouvons également améliorer quelques points, mais nos motos et nos pilotes sont compétitifs.

  • Il y a eu une grosse frayeur concernant Jules Cluzel dès la première course. Comment analyses-tu après coup cet accrochage et comment se porte Jules ?

Jules a débuté la saison par une pole position. Dans le parc fermé, il s’est rendu auprès de Niki Tuuli, placé en première ligne. Il l’a imploré de faire attention. Niki n’a pourtant pas la réputation d’être un pilote dangereux. Mais il pilote une MV Agusta équipée de freins Brembo, quand nous sommes tenus de conserver les Nissin d’origine. Cela ne posait pas de soucis avant l’introduction des slicks, survenue en 2020. Avec un pneu avant plus performant, les top pilotes peuvent repousser les freinages, ce qui est possible avec des Brembo mais pas avec les freins d’origine. Nous avions présenté le danger de cette situation bien avant que Jules n’ait été percuté par Andrea de Rosa l’an passé sur la même MV Agusta. Le scénario attendu s’est déroulé une nouvelle fois. Heureusement les conséquences n’ont pas été les mêmes que l’an passé. Jules se porte bien.

Christophe Guyot

  • Le WSSP est à l’aube d’un changement majeur avec l’arrivée d’une nouvelle réglementation ouvrant la porte à des motos différentes en cylindrées. Comment appréhendes-tu ce qui sera une nouvelle ère ?

Le promoteur Dorna a raison de vouloir ouvrir la catégorie à toutes les marques de moto. C’est ainsi que les importateurs de chaque pays pourront soutenir des teams et des pilotes. En revanche, je ne crois pas aux équivalences de performances avec des cylindrées différentes. Cela faussera toute analyse et ne permettra plus d’évaluer le niveau des pilotes.

  • Seras-tu toujours impliqué avec le GMT94 ?

Oui, même si je ne sais pas encore dans quel cadre. La catégorie Supersport est importante pour la jeunesse. Il y des points à améliorer pour rendre la catégorie plus accessible, ne pas la dénaturer, et qu’elle soit en harmonie avec les règlements des championnats nationaux qui sont très populaires en France, en Italie, en Espagne ou aux USA.

Christophe Guyot : “il est incompréhensible qu’on l’ait laissé rouler combinaison ouverte jusqu’à la fin de la course”

  • En Grand Prix, nous vivons une situation historique avec nos deux compatriotes Quartararo et Zarco. Quel est ton sentiment à ce sujet ?

Fabio Quartararo est un cas particulier. Il doit sa réussite à son père qui l’a accompagné vers le sommet du championnat d’Espagne, à Emilio Alzamora, puis à Eric Mahé qui l’a emmené en MotoGP. Johann Zarco a d’abord été double champion du monde grâce à Laurent Fellon, la FFM et des partenaires fidèles, puis Hervé Poncharal l’a ensuite engagé en MotoGP. Il y a immédiatement brillé et s’est offert 5 poles. La suite avec KTM fut plus compliquée, mais il a su rebondir grâce au soutien indéfectible de Claude Michy qui a su convaincre les patrons de Dorna et de Ducati. Enfin, les deux pilotes ont pu compter sur Eric de Seynes qui les a soutenus à un moment important de leur carrière. En conclusion, mon sentiment est que pour nos deux champions français, ce sont les valeurs qu’on attend du sport qui sont mises en avant. Rien d’autre que leur talent pur, promu par les acteurs incontournables du haut niveau, n’a été à l’origine de leurs succès.

  • On a vu aussi une situation inédite au Grand Prix de Catalogne avec la combinaison ouverte de Fabio. Quel a été ton ressenti ? Que peut décider une Direction de Course ou une équipe dans ce cas ?

Je n’ai pas compris la sanction qui fut infligée à Fabio après l’arrivée. Il n’a commis aucune faute. En revanche, il est incompréhensible qu’on l’ait laissé rouler combinaison ouverte jusqu’à la fin de la course.

Le championnat WSS reprendra ses droits le 6 août en République Tchèque, non pas à Brno mais à Most…

Christophe Guyot



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