C’est un moment douloureux que traverse le monde des Grands Prix. D’autant plus qu’il est en deuil. Mais à l’image des familles nombreuses, ce moment qui devrait être de recueillement tourne aux querelles et à la résurgence des vielles suspicions. Une ambiance lourde qui s’est faite jour lors de la conférence de presse avec quelques éclats qui ont mis mal à l’aise.

Le sujet ?
La dignité demandée, après la mort de Luis Salom la veille, s’est effritée.

En cause, ces modifications faites sur le tracé de Montmélo pour des raisons de sécurité. Logique, dans le doute – car on ne sait encore rien officiellement des causes du drame – il fallait éviter le lieu où s‘est produit l’accident. Va pour un virage 12 à oublier ce week-end. Mais pourquoi avoir modifié d’autres parties du tracé pas le moins du monde concerné ? On ne sait vraiment, mais le résultat est un secteur 4 qui rend les Yamaha atones alors que les Honda ont repris du poil de la bête.

Un verdict du chronomètre qui agace. Les officiels Yamaha se sentent pris dans un piège. Valentino Rossi, dans sa conférence de presse, s’interroge clairement sur ce qui a amené à ces changements si nombreux. Et pour le coup, il reçoit tout le soutien de son équipier Jorge Lorenzo : « je suis d’accord pour le changement concernant l’avant-dernier virage parce que je crois qu’il devrait y avoir plus de gravier pour arrêter la moto en cas d’accident mais je ne suis pas d’accord avec la modification du virage n°10, je crois que ce n’était pas nécessaire. Nous avons plus de mal avec ces deux changements, notre moto est plus stable dans les courbes rapides mais nous souffrons un peu dans les virages en première. Vendredi nous avions un avantage mais maintenant nous l’avons perdu et nous sommes derrière ». Dixit le Majorquin sur MotoGP.com.

Comment a-t-on pu en arriver là ? Cette décision n’est d’abord pas tombée du ciel. Elle résulte d’une décision prise à l’unanimité par la commission de sécurité qui s’est réunie la veille, après le drame. Unanimité ? Oui, mais des présents. Ceux-là étaient Marc Marquez (Honda), Andrea Iannone (Ducati), Pol Espargaro (Yamaha), Jack Miller (Honda), Bradley Smith (Yamaha), Alvaro Bautista (Aprilia), Aleix Espargaro (Suzuki), Andrea Dovizioso (Ducati), Tito Rabat (Honda) et Cal Crutchlow (Honda). Soit 10 pilotes sur les 21 du plateau.

Point de Pedrosa, de Rossi ou encore de Lorenzo. Qui a fait un commentaire : « je regrette de ne pas y avoir été convié en tant que Champion du Monde en titre et leader actuel du championnat. Je n’ai été informé de rien. Je ne comprends pas plus pourquoi on n’a pas sollicité tous les 21 pilotes pour prendre une décision aussi importante que la modification du tracé. C’est dommage, mais c’est ainsi ».

Valentino Rossi, dans sa propre conférence, a déclaré qu’il avait eu d’autres engagements. A ceci, Marc Márquez a répondu de manière froide et cinglante : « il y a une chose qui est claire : chaque vendredi, une commission de sécurité a lieu à partir de 17h30. Normalement 9 ou 10 pilotes y assistent, toujours les mêmes. Nous avons l’opportunité d’améliorer la sécurité sur les circuits et chaque pilote doit y aller. Hier, on s’est réunis jusqu’à 18h15 au bureau de la Dorna, comme d’habitude. On est allés décider en allant sur le circuit car regarder un croquis est une chose et être sur place en est une autre ».

En somme, les pilotes officiels Yamaha ne s’impliquent pas vraiment au quotidien. Au contraire de Marc Márquez. Un point pour lui. Mais au vu de l’importance de la décision prise, n’aurait-on pas dû convoquer directement toutes les parties ? Ceci dit, il y avait un drame. Ce qui aurait pu mieux sensibiliser les absents. Qui, dit l’adage, ont toujours tort.

Maintenant que dire ? Le mal est fait. Tant sur la piste que sur l’image et l’agacement avoué de Johann Zarco lors de la conférence de presse est tout un symbole. Le mot de la fin pourrait revenir à Dani Pedrosa qui joue encore les sages : « c’est juste un secteur qui a été modifié. Le reste du tracé est le même. Si le dernier secteur est bien pour Honda, tout le reste du circuit ne l’est pas. Il est clair que Honda n’a pas la meilleure moto. Il appartient à chacun de pleurer sur son sort ou pas. Je pense à l’essentiel. Hier on  a perdu un pilote. Et c’est tout ce qui doit primer sur le reste ».