Ce week-end à Buriram, les projecteurs ne seront pas seulement braqués sur un rookie très attendu. Ils éclaireront aussi une dimension plus intime, plus spirituelle. Pour ses débuts en MotoGP avec Prima Pramac Yamaha MotoGP, Toprak Razgatlioglu entre en scène en plein mois de Ramadan. Un défi sportif. Mais aussi un défi personnel.
Triple champion du monde Superbike, Razgatlioglu arrive en MotoGP comme l’une des recrues les plus attendues de ces dernières années. En signant un contrat longue durée avec Yamaha, il s’inscrit dans un projet ambitieux : adaptation immédiate aux prototypes MotoGP et contribution stratégique au développement futur, notamment grâce à sa maîtrise des pneus Pirelli. Qui sera le manufacturier unique en 2027.
Mais en ce début de saison, un autre paramètre s’invite dans l’équation : le Ramadan. Seul pilote musulman de la grille, le Turc observe traditionnellement le jeûne diurne, l’un des cinq piliers de l’islam. Or, un week-end MotoGP impose des contraintes physiques extrêmes : chaleur, perte hydrique, concentration maximale, efforts répétés.
Toprak Razgatlioglu n’a pas esquivé la question sur crash.net. Il a expliqué son organisation avec transparence : « le premier jour, j’ai fait le Ramadan, mais après avoir roulé à moto, j’ai besoin d’énergie. »
Après les essais, il a repris le jeûne pendant deux jours. « Après le test, j’ai de nouveau observé le Ramadan pendant deux jours. »
Mais à l’approche du Grand Prix, il a adapté son rythme : « maintenant, je commence à manger et à boire parce que demain nous recommençons. »

Entre foi et performance, un sport qui évolue vers plus d’inclusion avec Toprak Razgatlioglu
Et une fois la course terminée : « à mon retour en Turquie après la course, je reprendrai le Ramadan. »
Un équilibre personnel assumé. Car si le jeûne reste central, l’islam prévoit des aménagements pour les voyageurs ou les personnes soumises à des contraintes physiques particulières.
Ces dernières années, le sport mondial a progressivement intégré ces réalités culturelles. En Premier League, des pauses spécifiques permettent aux joueurs musulmans de rompre leur jeûne en match.
En sport automobile, la Formule 1 et le Championnat du monde d’endurance ont adapté leurs calendriers au Moyen-Orient lorsque le Ramadan coïncidait avec certaines épreuves. Le MotoGP, lui, ne modifie pas ses horaires. Le défi repose donc sur l’athlète.
Au-delà du chrono, son entrée en MotoGP porte aussi une dimension symbolique : celle d’un pilote qui conjugue engagement religieux et sport de très haut niveau, sans les opposer.
À Buriram, pendant que le soleil se couche sur la Thaïlande, un rookie turc s’apprête à écrire le premier chapitre de son aventure MotoGP. Entre foi et vitesse. Entre discipline intérieure et recherche des limites.

























