Bon. Avant même de congratuler le vainqueur du week-end, Marco Bezzecchi, il fallait revenir sur ce sujet qui m’a laissé sans voix samedi matin. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, Marc Marquez a reçu une pénalité pour avoir écarté Pedro Acosta dans l’avant-dernier tour du Sprint, alors que les deux se battaient pour la victoire. Marquez n’était pas heureux de cette sanction, et sans attendre, un grand nombre d’observateurs a pris la défense du nonuple champion du monde. J’étais choqué, car non seulement j’ai parfaitement compris cette pénalité, mais, en plus, elle n’avait rien de polémique. Analyse.
Avant toute chose, je voulais vous dire que cette attaque de Marquez aurait également pu ne pas être sanctionnée. J’en aurais sûrement parlé, mais ça n’aurait pas été un scandale non plus. Retenez bien la phrase précédente.
Une attaque « à la Marc Marquez »
Commençons d’abord par analyser le dépassement, froidement. Ensuite, j’établirai une liste d’arguments qui réfutent la thèse de ceux qui maintiennent que c’est un vol.
Le dépassement, en lui-même, est à considérer dans une bagarre pour la victoire entre deux excellents pilotes. C’était très chaud, mais la dynamique était claire à ce moment de la course. En dézoomant, l’attaquant était Pedro Acosta, car il était mieux depuis quelques tours et faisait des pieds et des mains pour passer. Le défenseur, celui qui subissait les tentatives, était Marc Marquez. Acosta, qui poussait, a réussi à doubler, mais sans clairement faire la différence. De ce fait, Marquez devait tout faire pour reprendre l’avantage dans le dernier virage, à un tour de la fin. Les rôles se sont inversés.

La direction de course a accès à la télémétrie des deux pilotes, et sait si l’un des deux a relâché les freins. Photo : Michelin Motorsport
Et pour moi, il a trop forcé. Il partait de trop loin, et a emmené Pedro Acosta trop au large. D’ailleurs, sur l’image aérienne, on voit clairement que Marquez est hors trajectoire. Acosta doit relever, et passer au-delà de la partie verte. L’officiel Ducati est juste trop rapide au point de corde, si bien qu’il ne peut pas prendre l’angle maximum et doit lui-même écarter. Mon analyse rejoint exactement celle du nouveau directeur de course Graham Webber – ce qui ne veut pas dire qu’elle est intrinsèquement juste ou absolue. Marquez a mal jugé son attaque, a contraint son adversaire à sortir de la piste, et a donc gagné un avantage déloyal sur Acosta : la position est à rendre.
Comment cette décision peut-elle choquer ? Franchement, nous avons vu de véritables vols à l’époque où Freddie Spencer était à la tête du panel des commissaires, et ça ne faisait pas autant de bruit. Là, ça n’est en rien anormal, et ça me paraît parfaitement cohérent avec les décisions de Simon Crafar prises en 2025. Maintenant que j’ai livré mon analyse de la scène, passons aux arguments qui réfutent totalement la thèse de la mauvaise décision.
Un paddock divisé
Premièrement, laissez-moi me protéger de tout argument d’autorité. Tous les pilotes ont été interrogés sur ce dépassement. Certains ont trouvé que la punition n’était pas méritée, d’autres oui. Globalement, le paddock était divisé à ce sujet, en toute objectivité. Donc, inutile d’invoquer tel ou tel avis de pilote pour me faire comprendre que j’ai tort, car je peux très bien faire de même de l’autre côté.
AGGRESSIVE MODE TO THE MAX 🔥
This was the move that handed @marcmarquez93 a drop 1 position penalty, giving @37_pedroacosta the #TissotSprint win 🤯#ThaiGP 🇹🇭 pic.twitter.com/UDBP2T1lfE
— MotoGP™🏁 (@MotoGP) February 28, 2026
Une nouvelle règle
Suite à cet incident a été employé un argument que je n’avais encore jamais vu. Sur les réseaux sociaux comme dans le paddock (cf Raul Fernandez), certains disaient que « Marc Marquez n’aurait pas dû recevoir de pénalité, car il n’est pas lui-même sorti de la piste ». C’est la première fois que j’entends tel propos pour justifier un dépassement appuyé. En quoi est-ce un critère valable ? Nous serons, je pense, tous d’accord pour dire que la manœuvre de Valentino Rossi sur Sete Gibernau à Jerez en 2005 était inacceptable. Pourtant, « The Doctor » aussi était resté sur la piste ! Des dizaines d’exemples de ce genre existent. Ce n’est pas parce qu’un pilote reste entre les deux bandes blanches qu’il peut faire tout et n’importe quoi à son adversaire !
Un mauvais exemple comme justification
Autre argument invalide, la comparaison avec un autre exemple mal jugé. La dernière fois que nous avions eu une explication si musclée très tard dans la course remonte au Grand Prix d’Émilie-Romagne 2024 à Misano, où Enea Bastianini avait fait encore pire sur Jorge Martin. « Bestia » avait pu conserver la victoire, sans rendre de position ou de temps à l’arrivée. Du coup, beaucoup se basent sur cet exemple pour dire que la pénalité reçue par Marquez est injustifiée : sauf qu’à l’époque, ce dépassement était juste honteux et aurait dû être réprimandé. C’était, d’après moi, une erreur de la direction de course. Le « Martinator », lui-même, n’a pas manqué de rappeler cet exemple en conférence de presse quand on lui a demandé de donner son avis sur un prétendu « vol ». Depuis la prise de poste de Crafar, tout me paraît assez cohérent, hormis le jugement sur les actions dans le premier tour.

Marc Marquez lui-même nous a habitués à ce genre de manœuvres. Photo : Michelin Motorsport
Le comportement d’Acosta : c’est soit l’un, soit l’autre
« Il faut être deux pour danser ». Pedro Acosta était le premier impliqué dans cette affaire, donc, ce qu’il en dit est très important. D’abord, il assure avoir été touché par Marquez, contrairement à ce que prétendait Davide Tardozzi. Ensuite, voici ce qu’il en pensait : « Non, ce dépassement n’était pas de trop. Ces bagarres rendent le MotoGP excitant ». C’est un point de vue, qui ne veut pas dire que Marquez ne méritait pas une pénalité pour autant, d’ailleurs.
Mais s’il dit ne pas être en accord avec la direction de course, pourquoi aurait-il fait exprès d’aller au large, comme l’ont suggéré certains observateurs et pilotes ? De toute évidence, il n’a pas tiré droit pour réclamer une pénalité ou profiter de la situation. Soit Acosta a été sorti de la piste, ou soit il ment et se réjouit secrètement de la pénalité. J’ai mon avis sur la question.
Marc Marquez déchaîne les passions
Nous avons fait le tour. Je suis persuadé que tout le monde s’émeut de cette pénalité, car elle a privé Marc Marquez de la victoire. Voilà tout. Il est la superstar de ce championnat, adoré par beaucoup, et c’est ce qui biaise le jugement d’une grande majorité de fans. Après tout, c’est normal. Personne n’a parlé du cas Alex Marquez, qui, encore une fois, a ruiné la course de Fabio Di Giannantonio au départ du Sprint, sans conséquence.
Personnellement, je n’aime pas ce genre de dépassements et je suis assez content que la direction de course les sanctionne enfin. Pedro Acosta, lui, n’a fait que doubler proprement toute la course durant. Beaucoup disent que c’est « l’âme du MotoGP », que sans cela, ils ne se doubleront plus qu’en ligne droite. Mais c’est simplement faux : à l’exception des frères Marquez, Brad Binder, Franco Morbidelli et Enea Bastianini dans un mauvais jour, tous les pilotes arrivent encore à faire la différence sans forcer. De plus, je vous invite à aller regarder des batailles des années 1980, décennie que beaucoup – dont moi – considèrent être l’âge d’or de notre discipline. Vous y retrouverez davantage de chasses à suspense et de dépassements fins que de vulgaires blockpass.
Je suis curieux d’avoir votre avis sur cette question. Selon vous, y avait-il matière à polémiquer ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Certains disaient que c’est arrivé trop tard. Pas d’accord ! Une telle action prend du temps à être jugée, et Marc a reçu l’information sur son tableau de bord au virage n°8. Je trouve qu’ils sont allés vite.
Photo de couverture : Michelin Motorsport
























