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Carlo Pernat

Il y a des week-ends qui marquent un championnat. Et puis il y a ceux qui le fragilisent. Goiânia appartient clairement à la deuxième catégorie. Car au-delà du spectacle, du retour attendu du MotoGP au Brésil et du doublé éclatant d’Aprilia, c’est une impression beaucoup plus dérangeante qui s’est installée : celle d’un championnat qui a perdu le contrôle… pendant que certains, eux, ont parfaitement compris comment en profiter. Carlo Pernat nous livre son analyse, avec une échéance majeure dès ce week-end … 

Car pendant que le paddock gérait des inondations, un trou dans la piste et des décisions prises à la dernière minute, Aprilia a simplement fait ce que les grandes équipes savent faire dans le chaos : gagner, proprement, méthodiquement, sans jamais paniquer.

Carlo Pernat tient les comptes : « ils ont placé pas moins de quatre Aprilia dans les sept premiers au championnat. Ils ont fait le doublé avec la première et la deuxième place en course et au championnat. C’est un truc de dingue ! Il n’y a qu’un seul intrus, c’est Pedro Acosta. C’est lui qui pilote la moto, ce n’est pas grâce à sa KTM qui a fait un désastre avec les autres pilotes aussi, un vrai désastre ».

Marco Bezzecchi a en effet encore frappé. Quatrième victoire consécutive. Jorge Martin derrière. Un doublé. Et surtout, une autorité technique et mentale qui contraste violemment avec ce qui se passe ailleurs.

Parce qu’en face, Ducati ne ressemble plus à une machine de guerre. Elle ressemble à une équipe qui doute.

Marc Marquez s’accroche, sauve des points, mais ne domine plus. Battu par une Ducati satellite, incapable de suivre le rythme d’Aprilia sur la durée, il donne surtout l’impression de subir une situation qui lui échappe encore. Et dans le box, la tension est palpable. Trop palpable.

Ce n’est pas une crise ouverte. Pas encore. Mais ce n’est plus de la sérénité non plus.

Le problème, c’est que ce malaise sportif arrive au pire moment : dans un week-end où l’organisation elle-même a donné des signes inquiétants. Car ce Grand Prix n’a jamais vraiment été sous contrôle. Il a été maintenu. Sauvé. Ajusté en permanence. Mais jamais maîtrisé.

Carlo Pernat : « si on veut faire le bond en avant, il faut autre chose, là c’est un bond en arrière, c’est un bond de l’écrevisse »

Et ça, les figures historiques du paddock ne l’ont pas manqué. Car derrière les discours officiels, une critique revient avec insistance : le MotoGP veut grandir, s’internationaliser, gagner en prestige… mais sur le terrain, il donne parfois l’impression inverse.

Un circuit fragilisé avant même le début du week-end. Une piste qui cède sous la pression. Une course raccourcie à la dernière minute. Des équipes prises de court. Des pilotes qui s’adaptent en direct. Ce n’est pas seulement un incident. C’est un signal.

Carlo Pernat résume ainsi : « le visage organisationnel est nul, car il est impossible que le MotoGP mondial en 2027 coure sur une piste où la saison des pluies bat son plein en février, à Goiânia on sait qu’il pleut, sur un circuit qui n’était pas prêt. Ce n’est pas possible qu’un trou s’ouvre, un gouffre, une chose de fou, quelque chose d’inexistant et qui n’est jamais arrivé ».

Il ajoute : « et en plus, six minutes avant le début du Grand Prix, alors que tout le monde est sur la grille, la direction de course, voyant que le circuit était en train de céder, a supprimé huit tours. On a donc couru avec des motos qui n’étaient pas prêtes. Ce n’est pas professionnel, si on veut faire le bond en avant, il faut autre chose, là c’est un bond en arrière, c’est un bond de l’écrevisse ».

Et dans ce décor instable, Aprilia fait presque figure d’exception. Là où d’autres réagissent, eux anticipent. Là où certains s’énervent, eux capitalisent. Leur force n’est pas seulement technique. Elle est structurelle. Une moto équilibrée. Une équipe calme. Des pilotes en confiance.

C’est exactement ce qui manque aujourd’hui à Ducati. Car la vraie bascule n’est peut-être pas encore visible au classement. Mais elle est déjà perceptible dans les attitudes. Ducati réagit. Aprilia contrôle. Et dans un championnat aussi serré, cette différence est énorme.

La suite ? Austin. Un circuit de référence. Un terrain connu. Un endroit où les excuses disparaissent. Ce sera le moment de vérité. « Le test décisif sera dimanche prochain à Austin, où il a presque toujours gagné. S’il ne gagne pas là-bas et se fait battre par Bezzecchi, alors nous devrons commencer à penser que le championnat sera vraiment différent » annonce Carlo Pernat sur GPOne.

Parce que si Ducati ne reprend pas la main là-bas, alors ce qui ressemblait encore à un simple avertissement… pourrait bien devenir une prise de pouvoir définitive. Et dans ce cas, le chaos de Goiânia ne sera plus une anomalie. Il deviendra le point de bascule.

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