Quintuple champion de France de Superbike et quadruple tenant du titre, Kenny Foray aborde la saison 2026 avec des ambitions claires, bien que la concurrence se rapproche dangereusement. Au Mans, à l’occasion de l’ouverture de la saison de FSBK, le Français a manqué le podium pour la première fois depuis 2024 en Course 1, avant de rebondir et de se battre pour la victoire jusque dans les dernières courbes lors de la deuxième épreuve du week-end.
Lors de ce meeting, Paddock GP était en immersion au sein du Team Tecmas. L’occasion d’aborder avec Kenny Foray les enjeux de sa campagne en FSBK, mais aussi sa participation prochaine aux 24 Heures Motos dans le cadre du Championnat du Monde d’Endurance (FIM EWC).
Bonjour Kenny Foray, c’est un plaisir de te retrouver au
Mans pour la première manche de la saison 2026 de FSBK. En tant que
quadruple tenant du titre, comment abordes-tu cette nouvelle année
?
« Je n’arrive jamais avec l’envie d’écraser tout le monde. Quand je
commence un début de saison, je pars comme si je n’avais jamais
gagné. C’est mon leitmotiv depuis pas mal de temps. Je pense que
c’est ça qui me permet de garder cette longévité. Malgré tout, ce
n’est pas facile. Quand tu es le mec à abattre, ça reste assez
compliqué. »
Tu ressens dans le paddock que tu es l’homme à abattre
?
« Quand je dis mec à abattre, c’est un peu dur comme mot. Ça reste
bon enfant. Mais quand tu gagnes le titre 4 fois d’affilée, tu
imagines bien que les gens veulent ton statut. Plein de gens ont
pris la même moto que moi. Je trouve ça génial pour BMW que les
gens comprennent qu’on a une très bonne moto. »
La Course 2 s’est plutôt bien passée, avec une belle
bagarre pour la victoire et une 2e place encourageante à l’arrivée.
Cependant, la Course 1 fut plus difficile. Après avoir remporté 12
des 14 courses de 2025, on dirait que la campagne actuelle
s’annonce plus compliquée ?
« Oui et non. On sait que le championnat commence toujours à
Lédenon ou à Nogaro. Le Mans, c’est un circuit que tout le monde
connaît très bien. Maintenant, c’est clair que ce sera plus
compliqué. Je ne pense pas qu’on pourra battre 2023 en termes de
niveau sur le plateau, mais le championnat est très relevé et je
pense qu’on va bien s’amuser. C’est génial de rouler et de voir que
tout le monde se bat les uns avec les autres. Je pense toutefois
que les écarts sont trop importants. Ça fait longtemps qu’on
n’avait pas vu des écarts aussi importants en FSBK, avec une
adversité aussi importante. »
Qu’est-ce qui t’a fait défaut en Course 1 ?
« Dès le moment où tu n’as pas les pneus, tu as toujours un doute.
Je ne te dis pas que j’aurais roulé beaucoup plus vite que les
autres si j’avais eu les mêmes pneus. Si ça se trouve, je n’aurais
pas gagné. Mais en tout cas, j’aurais eu l’impression de pouvoir me
battre. Donc là, je n’ai pas eu l’impression de pouvoir me donner à
100%. Et c’est plus ça qui m’embête. C’est de ne pas pouvoir me
donner à 100%. Quand tu le sens, au bout de 3-4 tours, tu te dis :
‘là, on va galérer.’ »
Comment peux-tu gérer un gap en performance qui vient du
matériel ?
« Quand tu roules, tu observes beaucoup les autres, tu observes
ceux qui ont des Pirelli, ça peut être d’autres pneus, mais tu les
observes toujours. Donc tu vois les points forts et les points
faibles de chacun. Nous, on connaît nos points forts et nos points
faibles, et au fur et à mesure tu vois ceux qui s’améliorent, donc
le développement est permanent. Pour le moment, on voit que chez
nos concurrents ça fonctionne très bien. Ça peut être surprenant
pour les gens de voir un changement soudain, mais on s’y attendait
depuis un moment. »
Ça impacte ta motivation ?
« Non, c’est sûr que c’était dur, mais mon expérience me rassure.
Après la Course 1, je me suis bien rendu compte que ce n’était pas
qu’une question de pilotage. Il y a une question qu’on ne peut pas
contrôler. »
Passons à l’Endurance. Cette année tu rempiles avec BMW sur
la #6 de ERC Endurance. Est-ce que le week-end ici peut te servir
de « répétition générale » pour les 24h Motos ? De quoi peux-tu te
servir ici pour préparer Le Mans ?
« C’est avant tout le fait de rouler. Mais d’un autre côté, on
connaît déjà tellement bien le circuit. D’ailleurs, ce n’est pas
très grave si tu ne le connais pas. C’est une répétition un petit
peu, je pense que le fait de rouler ici ce week-end est un
avantage, clairement. Mais on roule tellement sur cette piste qu’à
un moment on la connaît déjà très bien. »
Quel bilan as-tu pu tirer des tests pré-Mans organisés du
31 mars au 1er avril sur le circuit ?
« C’étaient des bons essais, même s’il y avait beaucoup de gens sur
la piste. Cela faisait beaucoup de choses à gérer. C’était un petit
peu plus compliqué. On verra comment ça se passe au Mans. On sait
qu’il y a fait 15 degrés. Si ça se trouve, on arrivera au Mans, et
il en fera 25. Peut-être même qu’il va pleuvoir. Là-dessus, on n’a
pas trop d’éléments de comparaison. »
Cette année, tu as de nouveaux coéquipiers…
« Effectivement, Marcel Schrötter. C’est lui le nouveau qui vient
remplacer Ilya Mykhalchyk. »
Comment travailles-tu pour accueillir un nouveau pilote
dans l’équipe, et recréer une certaine cohésion dans le groupe
?
« Moi, j’ai confiance en mes gars. Je ne les connais pas pourtant.
Ou pas depuis très longtemps. Mais pendant l’hiver, je vois comment
ils travaillent, je vois que ce sont des mecs confiants, tu vois
que tout le monde est motivé. Pour moi, ça suffit. Tu sais,
parfois, ce n’est pas possible d’avoir toujours les meilleurs. Et
c’est pareil pour moi. Parfois, je ne vais pas être le meilleur.
Mais si je me suis donné à fond, c’est le principal. Je préfère
avoir quelqu’un qui fait 3e et qui s’est donné à 150% que quelqu’un
qui fait 2e et qui ne s’est pas donné à 100%. »
Dans un sport où vous luttez pour le même objectif, il faut
construire une relation amicale avec ses coéquipiers ?
« Oui, mes coéquipiers, j’aime quand même bien avoir un lien amical
avec eux. Mais le truc, c’est que tu essaies de travailler avec. Il
ne faut pas qu’on tombe trop dans le fun, etc. Après, j’ai beaucoup
d’anciens coéquipiers avec qui je suis ami. C’est presque plus
facile d’être copain quand c’est fini parce qu’en fait, il y a
moins cette relation professionnelle. Par contre, je t’avoue que
c’est quand même cool d’avoir des mécanos que tu aimes bien
également. Pour les coéquipiers, si tu as une très bonne entente
avec eux, c’est quand même vachement mieux. »
La communication y est plus importante qu’ailleurs
?
« Effectivement, il faut mesurer quand c’est bien et quand ce n’est
pas bien. Quand c’est bien pour toi, il faut être conscient que ça
peut ne pas durer très longtemps. Et quand c’est ton coéquipier qui
est un petit peu mieux, il ne faut pas non plus lui dire :
« ah moi je veux une autre moto. » Non, il faut être
équilibré. »
Quelles sont tes attentes pour la saison d’endurance à
venir ?
« J’aimerais bien faire deux podiums au général. Si je pouvais
faire au moins un podium sur une course de 24 heures, ce serait
cool. Deux 24, ce serait parfait. »
Parce que 24 Heures, c’est le format que tu préfères
?
« C’est une question assez dure. Rien ne peut remplacer les 24
heures du Mans ou le Bol d’Or. Mais c’est quand même vachement
moins fatiguant les 8 heures. »
Quelle serait l’entame de saison idéale au Mans
?
« Un podium. »
Tu ne penses pas à la victoire ?
« Je pense qu’on a largement de quoi nous battre, mais on n’est pas
encore un team factory, donc il faut rester réaliste. Si on gagne,
ce sera parce qu’on a eu beaucoup de circonstances favorables.
»
C’est tout ce que l’on te souhaite.
« Merci ! Bien entendu je veux gagner. Mais pour moi on est plus
capable de faire un podium que de gagner pour le moment. De manière
réaliste. »











