pub

sujet

Depuis quelques semaines, un sujet divise le paddock MotoGP : les équipes ont-elles besoin de pilotes de réserve comme en Formule 1 ? En effet, cette interrogation, notamment soulevée aux États-Unis en raison du forfait de Maverick Vinales, fait surface. D’après les sources, Liberty Media et le MotoGP Sports Entertainment Group sont pour, mais beaucoup d’acteurs de notre sport favori sont contre. Et vous ?

 

Le problème

 

Avant de vous dire ce que j’en pense, je désirais vous résumer pourquoi cette question existe. Voyez-vous, en F1, toutes les équipes ont un pilote de réserve, au cas où un titulaire viendrait à se blesser. En quoi est-ce utile ? Eh bien, prenons le cas de Maverick Vinales, aux USA. Il a jeté l’éponge le vendredi, et Tech3 n’avait personne pour le remplacer : ça fait une moto en moins en piste. C’est un phénomène assez fréquent en MotoGP, d’ailleurs, et on a déjà vu des courses où les deux pilotes d’une même équipe ne pouvaient pas courir pour blessure, même chez les plus grands constructeurs. Honda Repsol n’avait aucun représentant en piste à l’occasion du Grand Prix d’Argentine 2023 si mes souvenirs sont bons. Effectivement, ça fait tache.

 

sujet

Sans vous spoiler, je suis assez réticent concernant cette idée, aussi parce que ça serait une énième copie de la Formule 1. Photo : Michelin Motorsport

 

Mais alors, pourquoi n’est-ce pas déjà le cas ? Il faut regarder ce qu’il se fait en F1 pour comprendre. En général, en monoplace, il est facile de s’en procurer, car les meilleurs constructeurs ont tous une académie, formant ainsi leurs jeunes talents depuis le début de leurs carrières ; la plus connue étant Red Bull. Vu que les places sont extrêmement chères en F1 et que le championnat n’a pas d’équivalent intéressant, beaucoup de pilotes se retrouvent sur la touche, et deviennent, ainsi, réservistes.

C’est obligatoire pour garantir la présence de deux voitures en piste, et d’ailleurs, depuis 2022, les formations engagées doivent faire participer ces super subs à quelques sessions libres dans l’année pour les former ou pour les habituer. Parfois, ils viennent de la Formule 2 ; imaginez un instant que David Alonso réalise une FP1 chez Honda en MotoGP, avec qui il aurait déjà signé un contrat, avant de disputer son Grand Prix Moto2. Ce n’est pas dans la tradition, et pas vraiment réalisable non plus, car ce concept d’académie n’a pas d’équivalent sur deux roues, hormis peut-être pour KTM et encore. Regardez Jorge Martin, par exemple, qui était un crack en Moto2 chez Ajo, a failli prendre un titre, mais qui est monté en MotoGP chez Ducati Pramac.

En clair, les défenseurs de cette idée voudraient que les teams MotoGP aient toujours quelqu’un sur place, prêt à rouler, pour pallier à une éventuelle absence.

 

Trois solutions possibles, mais aucune n’est convaincante

Vu qu’il n’y a pas (encore) cette filiation entre les différentes catégories en Grands Prix motos – chaque cylindrée ayant son histoire propre et ne servant pas uniquement de catégorie de promotion –, j’imagine que ça serait compliqué de trouver les onze heureux élus. Pourquoi ? Parce que ceux qui ne réussissent pas en MotoGP s’orientent, en général, vers le développement, un autre poste, ou vers le Superbike, une tout autre discipline avec son passé et son identité. Cela crée en fait trois scénarios que je vais vous détailler.

Premièrement, si Liberty Media décide d’instaurer cette règle en autorisant les équipes MotoGP à piocher dans l’effectif WSBK. Alors, le Superbike deviendra lui aussi une simple catégorie de promotion. Prenons le cas de Nicolo Bulega, puisqu’il est fréquemment cité en exemple dans le cadre de ce sujet. Ne serait-ce pas réducteur de lui attribuer la place de pilote de réserve Ducati ? Imaginez que le calendrier MotoGP et WSBK se croise, et qu’il joue le titre dans la deuxième des catégories citées. Il faudrait donc qu’il s’absente pour finir dans les tréfonds du classement juste pour que Ducati présente bien avec deux Desmosedici en course ? Non, le Superbike doit garder son prestige.

 

sujet

En fait, ce n’est juste pas dans la tradition des Grands Prix motos. Et c’est bien comme ça d’après moi. Photo : Michelin Motorsport

 

Deuxièmement, Liberty Media pourrait ordonner de réquisitionner des pilotes Moto2, ce qui est, je crois, davantage dans l’esprit de la règle actuellement en vigueur en Formule 1. Ça me plaît déjà plus, car ça permettrait à de jeunes loups de découvrir partiellement la catégorie, mais là encore, on se retrouve face au même problème : un élément en bataille pour la couronne pourrait être amené à abandonner son poste à un moment crucial. Et puis, cela créerait des liens hâtifs entre équipes MotoGP et pilotes Moto2. Ces derniers seraient signés de plus en plus tôt, de plus en plus jeunes, et ces académies nuiraient à l’indépendance historique des petites cylindrées.

Le troisième scénario me paraît le plus probable : que les pilotes de réserve soient en fait les pilotes de développement. C’est à dire, que Pol Espargaro soit toujours prêt à courir pour KTM, que Lorenzo Savadori suive Aprilia sur tous les Grands Prix, etc. Mais le hic, c’est qu’un pilote d’essai est en général très peu préparé à se battre en piste. KTM était bien doté avec Dani Pedrosa, qui réalisait parfois des performances hallucinantes en tant que wild card. Mais Michele Pirro, chez Ducati, était complètement largué en remplacement de Fermin Aldeguer en Thaïlande. Et pourtant, c’est bien l’expertise de Pirro qui a aidé Ducati à construire une véritable dynastie en MotoGP, donc il s’agit de deux choses différentes.

Alors, cela vaut-il le coup d’instaurer une règle obligeant des éléments peu aptes à enfiler le cuir pour des courses, sachant pertinemment qu’ils ne seront pas rapides, pas montrés à l’écran, et qui finiront de toute manière au fond du classement, le tout juste pour dire que les deux motos sont en piste ?

 

Conclusion

 

La troisième solution proposée dans les paragraphes ci-dessus ne me paraît pas assez intéressante pour légitimer l’instauration d’un principe aussi lourd de sens. En vérité, ça ne changerait pas grand-chose à l’écosystème actuel, et je crois, comme Davide Tardozzi d’ailleurs, qu’il y a des sujets plus importants à traiter.

Que pensez-vous de cette histoire ? Dites-le-moi en commentaires !

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Alex Rins était contre, affirmant qu’il ne se verrait pas suivre une équipe aux quatre coins du globe sans avoir la certitude de courir. Après tout, à ce compte-là, mieux vaut aller en Superbike. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport

Tous les articles sur les Pilotes : Enea Bastianini, Maverick Vinales

Tous les articles sur les Teams : Red Bull KTM Tech3