L’apparition de la légende dans la « pitlane » de Montmelò n’est jamais anodine. Présent dans le garage de son équipe pour la première fois du week-end, Valentino Rossi a immédiatement braqué les projecteurs sur la crise interne qui couve chez VR46. Alors que son pilote Fabio Di Giannantonio s’est qualifié directement pour la Q2, le nonuple champion du monde a lâché une bombe au micro de Sky Sport : « Diggia », qu’il a sauvé du chômage, s’apprête à claquer la porte pour céder aux sirènes financières de KTM. Entre fierté paternelle et amertume contractuelle, le « Docteur » a posé un diagnostic sans filtre sur le business impitoyable du MotoGP 2026.
Le regard de Valentino Rossi en disait long à Barcelone. Installé dans le box VR46 au milieu d’un paddock en pleine recomposition, le nonuple champion du monde a observé une nouvelle fois un MotoGP où les certitudes de Ducati commencent sérieusement à se fissurer. Et même s’il n’a jamais employé ce mot directement, son analyse laisse apparaître une réalité devenue impossible à masquer : Borgo Panigale n’écrase plus le championnat comme l’an dernier.
« L’année dernière, lors des dix premières courses, les Ducati étaient nettement supérieures, mais maintenant toutes les motos sont très similaires », constate Rossi. Une phrase assassine venant de lui. Parce qu’elle valide exactement ce que beaucoup commencent à ressentir depuis plusieurs semaines : Aprilia, KTM et même partiellement Honda ont enfin réduit l’écart technologique qui semblait insurmontable face à Ducati.
Et selon Rossi, la clé se situe désormais dans un domaine très précis : l’électronique. « Il me semble que tout le monde a amélioré l’électronique à l’ouverture des gaz. C’est comme si les autres marques avaient atteint le niveau d’électronique que Ducati avait atteint il y a quelque temps. »
Autrement dit : l’avantage historique de Ducati sur la gestion de l’accélération et de la motricité n’est plus aussi écrasant. Et dans un MotoGP où les écarts se jouent parfois à quelques centièmes, perdre cet avantage revient presque à remettre tout le plateau à égalité.
Rossi analyse cette révolution technique… alors même que son équipe traverse une situation extrêmement délicate sur le marché des pilotes. Car derrière le sourire et les plaisanteries — « Quand j’arrive, je dois travailler, le débriefing est long » — le patron de VR46 laisse clairement apparaître une inquiétude réelle autour de l’avenir de Fabio Di Giannantonio.

Valentino Rossi : « Il existe un risque que Fabio Di Giannantonio parte, nous le regrettons »
Et pour une fois, Valentino ne cache absolument pas son attachement au pilote italien. « Diggia est très bon, il est en pleine forme, il pilote la Ducati GP26 à merveille, au point que d’un circuit à l’autre, les changements sont minimes. »
Puis vient probablement la phrase la plus importante : « nous avons réussi à nous développer. Il existe un risque qu’il parte, nous le regrettons. »
Le message est limpide. VR46 sait que KTM pousse très fort pour récupérer Di Giannantonio. Et Rossi sait surtout qu’il risque de perdre aujourd’hui le pilote italien actuellement le plus performant de tout l’univers Ducati.
Car pendant que Francesco Bagnaia s’enfonce dans le doute et que Marc Marquez soigne encore ses blessures, Diggia est devenu la référence de régularité chez Ducati.
Rossi insiste d’ailleurs énormément sur un point technique précis : « Même en piste, au freinage et à l’entrée des virages, il est très bon et il arrive à maintenir une vitesse élevée dans les courbes. »
En clair : Diggia est aujourd’hui l’un des rares pilotes capables d’exploiter la GP26 sans constamment se battre contre elle. Et cela explique pourquoi son éventuel départ vers KTM provoquerait un énorme problème politique chez Ducati.
Mais Rossi regarde aussi plus loin. Parce que derrière le cas Diggia apparaît déjà la question identitaire de VR46. « Nous souhaitons garder au moins un pilote italien l’an prochain, car notre équipe s’est toujours développée grâce aux Italiens. »
Une déclaration qui ressemble presque à un avertissement lancé au marché. Car avec les mouvements annoncés de Alex Marquez, Fermin Aldeguer ou encore Nicolo Bulega, VR46 entre dans une période charnière où l’équipe risque de perdre progressivement son ADN italien au profit des grandes logiques industrielles Ducati.
Et pendant ce temps, Rossi regarde aussi avec attention la montée en puissance d’Aprilia. Son commentaire sur Marco Bezzecchi est particulièrement révélateur :
« Bez réalise une saison incroyable. Il a remporté trois des cinq courses longues et terminé deuxième à deux reprises. Il est en excellente position pour se battre pour le titre mondial. »
Mais immédiatement après, Valentino Rossi rappelle sur Sky Sport une réalité devenue centrale dans ce championnat complètement fou : « La régularité est difficile à maintenir pour tout le monde en MotoGP. » Et c’est probablement là le vrai message de Valentino.
Parce qu’aujourd’hui, plus personne ne contrôle réellement ce championnat. Ni Ducati. Ni Aprilia. Ni KTM. Les motos se rapprochent. Les écarts disparaissent. Les pilotes tombent. Et le MotoGP entre peut-être dans l’ère la plus imprévisible de toute.
Le paddock de Barcelone vient de comprendre que la lune de miel entre Di Giannantonio et la VR46 touche à sa fin. En transformant un pilote « sans guidon » en une cible prioritaire pour l’usine KTM, Rossi a prouvé la valeur de son académie. Mais à l’heure de l’uniformisation de l’électronique où toutes les motos se tiennent en quelques dixièmes, perdre un pilote aussi chirurgical que Diggia pourrait coûter très cher à la structure italienne en 2027.





























