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Carlo Pernat

Carlo Pernat ne mâche pas ses mots pour débriefer ce Grand Prix de France 2026. Le manager le plus célèbre du paddock dresse un constat sans appel : le vent a tourné. La domination sans partage de Ducati appartient aux livres d’histoire, balayée par le souffle d’une Aprilia RS-GP devenue l’arme absolue.

Il y a des Grands Prix qui distribuent des points. Et puis il y a ceux qui changent brutalement la perception d’un championnat. Le Mans 2026 appartient clairement à la seconde catégorie. Parce qu’au-delà des résultats, au-delà des chutes, au-delà du chaos émotionnel vécu par Ducati, Aprilia a envoyé un message limpide au reste du paddock : la RS-GP n’est plus un outsider génial. Elle est devenue la référence absolue du MotoGP.

Et cette fois, même les plus sceptiques commencent à l’admettre. Le commentaire de “Carletto” après le week-end français résume parfaitement ce basculement historique :

« Le Mans 2026 était sans doute le Grand Prix le plus important de la saison jusqu’à présent, peut-être même l’un des plus significatifs de ces dernières années, car il a apporté des conclusions définitives. » Le mot est fort : définitives.

Car Aprilia n’a pas simplement gagné en France. Elle a écrasé psychologiquement le paddock avec un triplé historique signé Jorge Martin, Marco Bezzecchi et Ai Ogura. Et surtout, cette domination est arrivée au pire moment possible pour Ducati. Parce qu’en face, Borgo Panigale s’effondrait presque en direct.

Marc Marquez quittait la scène après un highside terrifiant et une double opération du pied et de l’épaule. Francesco Bagnaia abandonnait encore alors qu’il roulait pour le podium. Et même les Ducati satellites semblaient incapables de compenser la dynamique infernale des Aprilia.

Le plus impressionnant dans ce succès d’Aprilia, selon Carlo, c’est que tout le projet arrive enfin à maturité simultanément. « Aujourd’hui, la marque a pu compter sur deux pilotes de même niveau, dont le champion du monde 2024 Jorge Martin. De quoi faire d’Aprilia le grand favori pour le titre MotoGP. »

Voilà le véritable séisme. Pendant des années, Aprilia dépendait d’un pilote exceptionnel capable de transcender la moto ponctuellement. Désormais, la RS-GP gagne avec plusieurs pilotes, sur plusieurs profils de circuits, avec des comportements techniques cohérents et une stabilité que Ducati semble justement avoir perdue.

Et Carlo insiste sur un point essentiel : cette réussite n’est pas le fruit du hasard. « Il faut rendre hommage à de nombreuses personnes, et pas seulement à Massimo Rivola. »

Carlo Pernat : « Au Mans, ce n’était pas seulement une victoire. C’était un triomphe pour Aprilia »

Il cite alors presque toute la chaîne de construction du projet moderne Aprilia : Massimo Rivola, Romano Albesiano, Fabiano Sterlacchini, Marmorini… autrement dit des profils capables de mélanger culture MotoGP et méthodologie proche de la Formule 1 moderne.

Et surtout, Aprilia possède aujourd’hui quelque chose que Ducati avait autrefois : une dynamique collective. « Au Mans, ce n’était pas seulement une victoire. C’était un triomphe pour Aprilia. »

Pendant ce temps, Ducati donne désormais l’impression inverse : celle d’un empire techniquement immense… mais qui commence à se fissurer de l’intérieur.

Le diagnostic de Carletto sur GPOne est d’ailleurs extrêmement dur envers la GP25 et la GP26 : « Le constructeur de Borgo Panigale traverse une saison compliquée, marquée par des échecs tant sur le plan technique que dans la gestion des pilotes. »

Puis vient la phrase probablement la plus inquiétante pour Ducati : « La moto ne correspond pas aux souhaits des pilotes et, paradoxalement, la Ducati véritablement compétitive ressemble encore au modèle 2024. »

Autrement dit : Ducati aurait peut-être perdu son chemin technique au moment même où Aprilia trouve enfin le sien. Et au milieu de ce chaos, la situation de Marc Marquez devient presque tragique.

Carlo Pernat ne croit absolument pas à la version minimaliste autour de son opération : « À mon avis, il ne s’agissait pas d’une simple intervention pour remettre une vis. Je pense qu’il s’agit d’une opération importante pour évaluer précisément l’état de son épaule et tenter de la rétablir complètement. »

Puis vient le constat le plus brutal :« Ce n’est pas le Marquez que nous connaissons. » La phrase résume tout.

Oui, Marquez reste capable d’un tour de qualification surnaturel. Oui, il continue de sortir des chronos impossibles. Mais son corps ne suit plus sur la durée. Et désormais, même dans le paddock, beaucoup commencent à penser que la version ultra-dominante de Marquez appartient définitivement au passé.

Carletto va même plus loin : « À mon avis, il lui faudra au moins deux ou trois Grands Prix avant d’être vraiment compétitif. Je ne pense pas qu’il sera au top dès le Mugello. » Pour Ducati, cela change tout.

Parce que Bagnaia reste irrégulier. Parce que Di Giannantonio est rapide mais instable. Parce qu’Alex Marquez, selon Carlo Pernat, semble redevenu le pilote des saisons précédentes maintenant que Ducati ne possède plus l’avantage écrasant de la GP24.

Et pendant que Ducati doute, les Japonais avancent discrètement. Honda progresse. Lentement mais clairement. Fabio Quartararo continue d’exister presque seul chez Yamaha.

Et surtout, le recrutement de Davide Brivio par Honda pourrait devenir l’un des tournants stratégiques majeurs des prochaines années.

Carletto le dit lui-même : « Davide Brivio a réalisé un coup de maître. » Pourquoi ? Parce que Honda ne cherche plus seulement à améliorer une moto. Honda est en train de reconstruire tout son système de compétition autour de la future réglementation 850cc, des relations avec Liberty Media et d’une nouvelle culture de management plus moderne.

Et pendant ce temps-là, Aprilia gagne. Encore. Toujours. Partout. Le plus inquiétant pour Ducati n’est peut-être même pas le retard comptable actuel.

C’est cette sensation nouvelle dans le paddock : pour la première fois depuis très longtemps, Aprilia donne l’impression d’être le futur… pendant que Ducati commence à défendre son passé.

Comme dirait Carlo, on célèbre les succès au Prosecco, mais on analyse les échecs avec lucidité. Le Mans a enterré les certitudes de 2025. Place à une nouvelle ère où le rouge Ducati pâlit face au noir et violet d’Aprilia.

 

 

 

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