Guenther Steiner, le tout nouveau PDG de la structure française Tech3, rachetée à Hervé Poncharal par son consortium d’investisseurs début 2026, a pris la parole pour officialiser la signature d’un nouveau contrat pluriannuel avec KTM. Pourtant, pendant des semaines, le paddock MotoGP a cru assister à l’un des plus grands bouleversements structurels de l’ère moderne. Tech3 allait quitter KTM. Honda préparait déjà son offensive. Et puis voilà …
Le constructeur autrichien semblait dangereusement proche d’un scénario catastrophe : se retrouver avec seulement deux motos sur la grille, en pleine période d’incertitude économique et sportive. Puis tout a brutalement changé. Ce revirement, désormais acté, raconte beaucoup plus qu’une simple histoire de contrat.
Car si Tech3 reste finalement chez KTM, ce n’est pas seulement une décision sportive. C’est un choix stratégique dicté par la peur du vide. Le patron de l’équipe l’admet lui-même : l’accord n’a été verrouillé qu’au tout dernier moment.
« L’accord a été conclu lundi ou mardi, pas avant. Pour moi, le plus important était de finaliser cet accord. » Pendant longtemps, l’hypothèse Honda était donc bien réelle. Très réelle même. Mais au moment de choisir, Tech3 a finalement préféré la continuité à l’inconnu.
Et la justification avancée est extrêmement révélatrice du climat actuel du MotoGP : « Changer de constructeur implique forcément un recul. Ici, en revanche, je n’ai aucun recul à faire. »
Autrement dit : malgré les difficultés évidentes de KTM, malgré les tensions financières, malgré les résultats parfois frustrants de la RC16, Tech3 a estimé que repartir de zéro avec Honda représentait un risque encore plus grand.
C’est un désaveu terrible pour Honda. Parce qu’en coulisses, HRC rêvait d’étendre massivement sa présence en MotoGP avec six motos sur la grille afin d’accélérer son développement technique et d’attirer davantage de pilotes de pointe.
Au lieu de cela, le constructeur japonais se retrouve brutalement bloqué. Et politiquement, cela montre aussi à quel point le paddock reste méfiant face au projet Honda malgré ses progrès récents.
Car oui, Johann Zarco obtient des résultats solides. Oui, Joan Mir montre parfois une vraie vitesse. Oui, l’arrivée annoncée de Fabio Quartararo change la perception du projet. Mais manifestement, cela ne suffit pas encore pour convaincre une structure satellite de tout reconstruire autour d’eux.

Steiner : « Je ne pense pas que nous serons uniquement Red Bull, mais peut-être un co-sponsor »
KTM, de son côté, sauve probablement beaucoup plus qu’une simple équipe cliente. Parce qu’avec seulement deux motos officielles, le constructeur autrichien aurait envoyé un signal catastrophique au paddock.
Et tout le monde avait encore en tête le traumatisme Suzuki. Cette fameuse “affaire Suzuki” continue d’ailleurs de planer comme un fantôme sur toutes les discussions stratégiques du MotoGP. Personne ne veut revivre un retrait brutal. Personne ne veut voir un constructeur majeur disparaître. Et selon plusieurs sources, le MotoGP lui-même aurait fortement poussé pour maintenir Tech3 dans le giron KTM afin d’éviter un affaiblissement structurel de la grille.
Ce maintien change également complètement le marché des pilotes. Car avec Tech3 toujours chez KTM, Enea Bastianini pourrait finalement être conservé. Une décision qui provoquerait immédiatement un effet domino énorme : un guidon libéré chez Gresini Racing, Joan Mir désormais favori pour récupérer cette Ducati, Luca Marini potentiellement forcé de chercher refuge ailleurs et un marché 2027 encore plus chaotique qu’il ne l’était déjà.
Mais derrière toute cette agitation sportive, une autre déclaration mérite attention : celle concernant Red Bull. Car Tech3 laisse clairement entendre que l’équipe souhaite désormais développer davantage sa propre autonomie commerciale.
« L’ensemble du championnat doit se développer commercialement, c’est notre objectif. » Puis vient cette précision importante : « Je ne pense pas que nous serons uniquement Red Bull, mais peut-être un co-sponsor. »
Cela ressemble fortement à un message envoyé à Liberty Media. Le MotoGP entre dans une nouvelle ère où les équipes veulent capter davantage de revenus, multiplier les partenaires et sortir progressivement des modèles ultra-dépendants d’un seul constructeur ou sponsor.
Et au fond, c’est peut-être cela le vrai sujet. Tech3 ne reste pas seulement chez KTM parce que la RC16 est compétitive. Tech3 reste parce que le MotoGP 2027 devient un gigantesque jeu de survie économique, politique et stratégique… où personne ne veut être celui qui saute dans le vide au mauvais moment.
En sécurisant l’accord KTM dès la mi-mai, Guenther Steiner réussit son premier grand coup politique dans le paddock moto. Il apporte de la stabilité à ses troupes basées à Bormes-les-Mimosas tout en envoyant un message clair à ses pilotes actuels, Enea Bastianini et Maverick Viñales : la structure a de l’ambition et du matériel d’usine pour les années futures.
De plus, sa volonté de casser l’exclusivité visuelle de Red Bull pour introduire des co-sponsors est une démarche purement calquée sur la F1. Avec l’arrivée de Liberty Media à la tête du MotoGP, Steiner est parfaitement aligné avec la nouvelle trajectoire économique du sport : transformer une écurie satellite en une franchise financièrement indépendante et attractive pour les multinationales.





























