Moto GP
Publié le 1 septembre 2026 • 06:30 par André Lecondé

MotoGP, Fabio Quartararo et Yamaha – Derrière son refus de tester se cache un conflit : « Ils m’ont interdit les essais Pirelli 2027 »

Quartararo-Yamaha : la rupture est consommée ! Fabio Quartararo a vécu l’un de ses pires week-ends chez Yamaha à Aragon.

Fabio Quartararo
Quartararo ferait une excellente tête de gondole, mais il est trop loin au classement pour rejoindre Marquez. Photo : Michelin Motorsport

Fabio Quartararo avait créé le malaise à Aragon en affirmant qu’il ne voulait plus travailler sur le futur de Yamaha pour des « raisons personnelles ». On comprend désormais mieux sa position. Le Français affirme avoir demandé à participer aux essais des pneus Pirelli 2027 en Autriche… et que Yamaha le lui a interdit. Une décision parfaitement compréhensible stratégiquement puisque Quartararo rejoindra Honda, mais qui éclaire sous un nouveau jour les tensions apparues à MotorLand. Yamaha veut encore utiliser son expérience pour développer la M1 actuelle, tout en refusant logiquement de lui donner accès à certains éléments de l’ère 2027.

Le divorce entre Fabio Quartararo et Yamaha commence à produire des situations assez paradoxales. À Aragon, le Français a connu l’un de ses pires week-ends depuis son arrivée chez Yamaha.

17e sur la grille, dernier du Grand Prix, battu notamment par le pilote d’essai Aprilia Lorenzo Savadori et relégué à plus de 23 secondes de son coéquipier Alex Rins, Quartararo n’avait surtout pas apprécié son programme de travail.

Yamaha lui avait demandé d’essayer à plusieurs reprises un châssis qu’il avait pourtant jugé moins performant dès son premier test. Le Français avait alors reconnu avoir eu l’impression de servir de pilote d’essai avant de préciser qu’il ne souhaitait plus travailler sur certains développements futurs pour des « raisons personnelles ». Ces raisons commencent peut-être à apparaître.

Fabio Quartararo : « Je voulais faire l’essai »

Car Quartararo souhaitait justement participer à un test particulièrement important pour 2027 : celui des futurs pneus Pirelli en Autriche. Yamaha aurait refusé. « Pour être clair, je voulais faire l’essai en Autriche, mais malheureusement, Yamaha ne voulait pas que je roule avec les pneus Pirelli », explique-t-il à Motorcycle Sports.

Et Quartararo insiste : « Je voulais contribuer, mais ils ne m’ont pas permis de le faire. » La situation est presque inversée par rapport à Aragon. Lorsque Yamaha souhaite qu’il teste, Quartararo considère que cela ne concerne plus vraiment son avenir. Lorsqu’il veut lui-même tester quelque chose qui concerne directement 2027, Yamaha préfère qu’il ne le fasse pas… Pour autant, la décision du constructeur japonais possède une logique évidente.

Yamaha ne veut pas préparer Honda

Quartararo rejoindra Honda en 2027. Tout ce qu’il pourrait apprendre aujourd’hui sur le comportement des futurs Pirelli pourrait donc indirectement profiter à son prochain employeur.

Et l’enjeu est considérable. Le changement de manufacturier accompagnera le passage aux moteurs 850 cc et participera à la transformation technique majeure du MotoGP en 2027.

Offrir du kilométrage à Quartararo avec ces pneus reviendrait donc à lui permettre d’accumuler une expérience qu’il emporterait quelques mois plus tard chez un concurrent direct.

Yamaha a ainsi privilégié Toprak Razgatlioglu, qui reste lié au constructeur, lors des précédents essais Pirelli à Brno. La prudence d’Iwata est donc compréhensible. Mais elle souligne également l’étrange période que traversent Quartararo et Yamaha.

Fabio Quartararo

Encore ensemble, mais déjà concurrents

Le Français approche des 150 départs sur une Yamaha et dispute sa sixième et dernière saison avec la marque. Contractuellement, il est encore son pilote. Sportivement, il doit continuer à obtenir les meilleurs résultats possibles. Techniquement, en revanche, leurs intérêts commencent à diverger.

La situation est d’autant plus intéressante que tous les constructeurs n’ont pas adopté la même stratégie. Pedro Acosta a ainsi participé au programme Pirelli de KTM malgré son futur départ chez Ducati, tandis que Honda a utilisé Luca Marini et Joan Mir alors qu’ils quitteront également la marque.

D’autres pilotes risquent en revanche de connaître la même situation que Quartararo, notamment Jorge Martin, Francesco Bagnaia ou Alex Marquez. Le paddock réfléchit d’ailleurs à une possible solution permettant aux pilotes changeant de constructeur de tester avec leur future équipe après la finale de Valence, malgré leurs contrats encore en vigueur.

Les « raisons personnelles » de Fabio Quartararo deviennent plus compréhensibles

L’épisode Pirelli donne surtout une autre lecture aux déclarations de Quartararo à Aragon. Pourquoi consacrer une partie importante d’un week-end de Grand Prix à développer une Yamaha qu’il ne pilotera plus en 2027 alors que, parallèlement, Yamaha lui interdit d’acquérir de l’expérience avec les pneus qu’il utilisera justement l’année prochaine ?

Du point de vue du constructeur, la réponse est simple : protéger ses intérêts. Du point de vue du pilote, elle l’est tout autant : protéger les siens. Il n’est donc même plus nécessaire de chercher un conflit personnel derrière les tensions entre Quartararo et Yamaha.

Après six saisons communes, leurs chemins se séparent simplement avant même que leur contrat ne soit terminé. Yamaha veut encore les informations de Quartararo lorsqu’elles peuvent aider Yamaha. Quartararo veut désormais acquérir celles qui pourront aider sa carrière chez Honda. À quelques mois du divorce, les deux parties travaillent encore ensemble. Mais elles ont déjà commencé à penser comme des adversaires.

Fabio Quartararo