Danilo Petrucci ne regrette pas d’avoir choisi BMW. Et c’est peut-être ce qui rend son constat encore plus brutal. Arrivé avec la conviction que la M 1000 RR pouvait lui permettre de franchir un dernier cap, l’Italien se retrouve à Crémone incapable d’exploiter la moto, sans confiance à l’entrée des virages et seulement 14e. À 36 ans, il refuse désormais de risquer une blessure pour terminer au fond du classement. Lorsqu’il avait signé, Petrucci savait que son pari pouvait déboucher sur deux issues : « gagner ou arrêter ». Aujourd’hui, il reconnaît que ce pourrait être la seconde.
Danilo Petrucci avait tellement envie de rejoindre BMW qu’avant même d’en devenir pilote, il pensait quotidiennement à la marque allemande. À la salle de sport, une machine lui permettait de sélectionner une valeur. Il choisissait systématiquement 54. Le numéro de Toprak Razgatlioglu.
« Lorsque j’avais deux offres, j’y ai pensé toute la nuit et j’ai décidé de venir ici. C’est ici que je voulais être depuis deux ans. » Quelques mois plus tard, cette anecdote prend une saveur particulièrement amère.
Petrucci : « J’aurais choisi BMW cent fois »
Il serait facile aujourd’hui pour Petrucci de présenter son transfert comme une erreur. Il s’y refuse.
« Il y a un an, si quelqu’un m’avait demandé cent fois quelle équipe choisir, j’aurais parié cent fois sur BMW. » Le raisonnement paraissait logique. Razgatlioglu avait démontré le potentiel de la M 1000 RR et Petrucci sortait d’une période suffisamment convaincante pour croire qu’il pouvait lui aussi exploiter cette machine.
Mais une moto capable de gagner avec un pilote ne garantit jamais les mêmes sensations au suivant. Petrucci en fait aujourd’hui l’expérience.
« Toprak pilotait simplement la moto différemment »
À Crémone, l’Italien ne parvient pas à trouver la confiance nécessaire à l’entrée des virages. Le problème commence lorsque les pneus glissent et se prolonge à l’accélération avec un manque de traction. « Je n’ai aucune adhérence ni traction, et c’est le mieux que je puisse faire. »
Les réglages se succèdent. Les sensations, elles, ne changent pratiquement pas. « Nous continuons à changer la moto, mais je ne ressens aucune différence. Ce n’est pas pire, mais ce n’est pas mieux non plus. »
Petrucci partage d’ailleurs certaines critiques avec Miguel Oliveira. Et lorsqu’arrive inévitablement la comparaison avec Razgatlioglu, sa réponse est révélatrice : « Toprak pilotait simplement la moto différemment. Son style convenait parfaitement à la moto. » La référence laissée par le Turc pourrait ainsi avoir produit une illusion : celle d’une BMW universellement facile à exploiter.
Même BMW semble chercher une autre voie
La situation devient d’autant plus intéressante que BMW travaille justement sur sa moto. Un nouveau bras oscillant a été développé et essayé par Michael van der Mark et Oliveira. Petrucci ne l’a pas encore testé.
Cette évolution vise précisément à modifier certaines caractéristiques de la M 1000 RR, notamment dans la recherche de grip à l’accélération. Mais à Crémone, Petrucci semble surtout enfermé dans une impasse. « Si j’essaie de pousser plus fort, je ne peux pas prendre les virages. Si je fais quelque chose de différent, je suis plus lent. »
Et cette absence de direction devient presque plus difficile à supporter que le manque de performance lui-même. « C’est cruel pour votre esprit parce que vous ne savez pas dans quelle direction aller. »

À 36 ans, Petrucci ne veut plus tomber pour une 14e place
Petrucci explique avoir repoussé ses limites cette saison et estime avoir chuté davantage que lors de ses quatre années précédentes réunies. Mais il n’est plus disposé à payer n’importe quel prix physique. « Je ne peux pas surmonter ces difficultés, donc cela ne vaut pas la peine de risquer une blessure pour finir près de l’arrière. » Puis tombe cette phrase sur GPOne : « Je n’ai plus 25 ans. »
Ce n’est pas un pilote qui affirme ne plus vouloir courir. C’est un pilote qui ne voit plus l’intérêt de prendre les mêmes risques lorsque la récompense sportive n’existe plus.
Petrucci savait pourtant que son choix comportait ce risque. « Je savais que ce déménagement pouvait mener à gagner ou à arrêter. » Et son verdict actuel est terrible : « Malheureusement, c’est la deuxième option. »
Mais ce n’est pas nécessairement la retraite définitive. Petrucci évoque déjà MotoAmerica comme une possibilité et aimerait rester dans l’univers BMW. Mais son aventure WorldSBK semble approcher de son terme dans des conditions qu’il n’avait évidemment pas imaginées.
Et pourtant, il ne regrette toujours pas
Petrucci ne réécrit pas le passé en fonction du présent. Avec les informations dont il disposait lorsqu’il devait choisir, BMW lui paraissait être la meilleure option. Il l’aurait choisie cent fois. Le résultat lui donne peut-être tort. Cela ne signifie pas que la décision était absurde lorsqu’il l’a prise.
C’est toute la cruauté du pari sportif.
Petrucci rêvait tellement de cette BMW qu’il sélectionnait le numéro de Toprak sur une machine de musculation. Aujourd’hui, il découvre peut-être que ce fameux 54 ne représentait pas seulement le potentiel de la M 1000 RR. Il représentait aussi un pilote dont la manière de l’exploiter était extraordinairement difficile à reproduire. Et son pari, qui devait lui permettre de gagner avec BMW, pourrait finalement avoir produit exactement l’autre issue qu’il avait envisagée : lui faire quitter le WorldSBK.









