F1
Publié le 6 octobre 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – Alonso conteste la FIA après le chaos de Sepang : « J’ai eu 50 % d’abandons et ils n’ont jamais arrêté la course pour nous »

Alonso conteste le retour en piste touchées par le bug de Sepang : une panne d'un système commun doit-elle vraiment compter comme un abandon?

Le bug logiciel qui a paralysé plusieurs F1 avant le départ à Sepang laisse derrière lui une deuxième controverse. Fernando Alonso ne conteste pas la nécessité d’interrompre la procédure si des voitures immobilisées représentaient un danger. Il conteste ce qui s’est produit ensuite : Lewis Hamilton, Max Verstappen et les autres pilotes touchés ont pu retrouver leur position initiale lorsque la grille a été reconstituée. Pour l’Espagnol, les voitures arrêtées auraient dû être considérées comme hors course. Mais l’incident pose une question réglementaire inhabituelle : peut-on traiter comme une panne individuelle la conséquence d’un dysfonctionnement provenant du système commun à tout le plateau

Alonso accepte l’interruption, pas la remise à zéro

Tout commence pendant les tours de formation disputés derrière la Safety Car.

Les conditions sont extrêmement difficiles et plusieurs monoplaces perdent leur capacité à délivrer normalement leur puissance. Certaines ralentissent considérablement, d’autres s’immobilisent.

La FIA finit par interrompre la procédure.

Sur ce point, Alonso ne formule pas véritablement d’objection.

« Si c’est une question de sécurité, je le comprends », explique-t-il en substance : plusieurs voitures arrêtées au milieu de la piste peuvent évidemment justifier une intervention. »

Son problème vient après.

Une fois le bug identifié et un correctif logiciel distribué, les pilotes ont pu repartir et la grille initiale a été restaurée

« Ils étaient hors course.»

Pour Alonso, le raisonnement aurait dû être beaucoup plus brutal.

Une voiture s’arrête à cause d’un problème technique ? Elle est retirée.

« Je pense avoir eu 50 % d’abandons cette année et ils n’ont jamais arrêté la course pour nous ! », ironise le pilote Aston Martin.

Son argument est simple : les commissaires auraient pu déplacer de quelques mètres les monoplaces immobilisées et les évacuer exactement comme ils le feraient lors d’une panne classique.

« Ils étaient hors course », estime-t-il.

Lorsqu’on lui demande directement s’il considère injuste que ces voitures aient finalement récupéré leur place, sa réponse tient en deux mots :

« Cent pour cent.»

Mais était-ce vraiment une panne comme les autres ?

C’est précisément là que le dossier devient beaucoup moins évident que ne le suggère Alonso. Hamilton, Verstappen et les autres n’ont pas simultanément subi plusieurs défaillances mécaniques indépendantes.

La FIA a depuis reconnu un dysfonctionnement du logiciel standard utilisé dans la gestion des nouvelles unités de puissance, déclenché par une combinaison inhabituelle de très basse vitesse, de faible adhérence et de paramètres énergétiques propres aux conditions humides.

Le problème provenait donc d’un élément commun à la procédure et aux voitures.

C’est une différence fondamentale.

Si cinq moteurs cassent séparément, cinq concurrents ont connu cinq pannes.

Mais si un système commun fourni au plateau provoque simultanément l’immobilisation de plusieurs voitures, la FIA peut considérer que ce n’est plus seulement la voiture qui a échoué : c’est la procédure elle-même qui n’a pas pu être menée normalement.

La FIA a effacé les conséquences de son propre bug

Voilà le véritable nœud de la controverse.

La Fédération n’a pas seulement arrêté la procédure. Elle a profité de l’interruption pour modifier le logiciel avant de renvoyer les voitures en piste. L’enquête doit désormais déterminer précisément comment cette situation a pu échapper aux validations précédentes

Sportivement, cela produit une situation extrêmement inhabituelle.

Un événement s’est réellement produit en piste, mais ses conséquences ont ensuite été largement annulées parce que l’outil commun nécessaire au déroulement de la compétition était défaillant. C’est ce qu’Alonso accepte difficilement. Et son irritation est compréhensible : lorsqu’un élément propre à une Aston Martin tombe en panne, personne ne restitue évidemment à Alonso la position qu’il occupait avant la défaillance.

Mais cette fois, la responsabilité technique n’était justement pas propre à une équipe.

Alonso lui-même laisse la porte ouverte

L’Espagnol apporte néanmoins une nuance essentielle à sa propre charge. Il reconnaît ne pas disposer de toutes les informations ayant conduit la direction de course à prendre cette décision.

« Peut-être qu’il y a une explication claire et que tout va bien », admet-il.

C’est important.

À ce stade, son « 100 % injuste » doit donc être compris comme le jugement d’un concurrent sur la conséquence sportive, pas comme la démonstration que la FIA aurait enfreint son règlement. Et l’affaire mérite justement une clarification officielle sur ce point.

Une question que les F1 2026 viennent d’inventer

Le bug de Sepang avait déjà révélé un angle mort technique de la nouvelle réglementation.

Alonso vient d’en révéler un autre, beaucoup plus inattendu : que fait-on du résultat sportif produit par une défaillance commune à tout le championnat ?

Déclarer les voitures immobilisées hors course aurait fait payer à certains concurrents un défaut dont ils n’étaient vraisemblablement pas responsables. Les remettre à leur position initiale revient au contraire à effacer une partie de ce qui s’est effectivement passé en piste.

Aucune des deux solutions n’est aussi évidente qu’elle en a l’air.

Et c’est probablement la raison pour laquelle la FIA devra aller plus loin que l’explication technique du bug. Car Sepang n’a pas seulement obligé la Formule 1 à mettre son logiciel à jour.

Fernando Alonso vient de demander si son règlement, lui aussi, était vraiment préparé à ce genre de panne.