Moto GP
Publié le 5 octobre 2026 • 20:30 par Nicolas Pascual

Parlons MotoGP : Marc Marquez ne peut plus se cacher, il doit répondre

Marc Marquez a fait plus que gagner un Grand Prix MotoGP ce week-end à Motegi. Voici ce que vous n’avez pas lu sur ce sujet.

Marc Marquez MotoGP

Il est l’heure de revenir sur le week-end de Marc Marquez au Japon ; si vous avez déjà vu et lu beaucoup d’analyses à propos de sa victoire en MotoGP, je me devais de parler d’un sujet totalement différent, car beaucoup plus important. L’heure est grave.

 

Préambule – une victoire nette de Marc Marquez

 

Évoquons rapidement sa double victoire. En vérité, je n’ai pas grand-chose à en dire. Encore une fois, j’ai trouvé la concurrence assez faible ce week-end, malgré la belle pole de Jorge Martin qui retrouve enfin du mordant sur un tour. Marquez était au-dessus du lot, sur la deuxième meilleure moto, et voilà tout. Malheureusement, les courses MotoGP sont assez plates en ce moment – en tout cas plus qu’au début de l’année –, donc leurs enseignements limités. Au final, c’est toujours Marquez qui s’affronte lui-même plus que les autres.

 

Marc Marquez MotoGP
Ne me méprenez pas à cause de ce que vous allez lire : même sans ça, Marquez est déjà l’un des plus grands de tous les temps. Évidemment, il n’a pas besoin de le faire. Mais il en est capable, et si quelqu’un doit le faire, ça doit être lui. Photo : Michelin Motorsport

 

Un constat clair

 

Passons maintenant au vrai sujet de cet article, comme promis. Le dimanche, le MotoGP avait organisé une petite course promotionnelle de kartings, avant le début de la grande journée. Depuis quelques années (avec la charrette, notamment), les événements de ce genre deviennent monnaie courante, et c’est encore pire en Formule 1, catégorie dont s’inspire éperdument le MotoGP. Marquez était censé, lui aussi, se présenter au départ de cette parade… sauf qu’il a envoyé un sosie ! Interrogé sur la question après s’être fait sermonner, il affirmait qu’il n’avait ni le temps ni l’énergie de faire le pitre, alors en pleine bataille pour le championnat.

Bien sûr, je suis totalement d’accord avec lui. Si vous suivez cette rubrique depuis longtemps, vous savez que je déplore la « Formulatisation » du MotoGP, et là, on est en plein dedans. J’aime particulièrement quand Marc Marquez, légende de la catégorie et pilier du sport, rappelle aux décisionnaires ce qui est vraiment important. Mais est-ce suffisant ?

Je n’ai pas connaissance des contrats qu’ils signent, des clauses cachées, des obligations commerciales auxquelles ils sont soumis. Mais je trouve, personnellement, que les pilotes MotoGP et F1 sont particulièrement cléments avec la direction quant à ces événements chronophages et, parfois, ridicules. Pourtant, on les entend souvent ; Max Verstappen, Fernando Alonso et Marc Marquez n’hésitent pas à critiquer Liberty Media, qui, d’après eux et en filigrane, altérerait l’essence authentique des deux disciplines motorisées.

Mais dans les faits, ils ne font rien. Marquez est le premier à s’opposer clairement au promoteur de la sorte, à lui faire face, directement, en envoyant un sosie à sa place. Et là, je sais que je vais vous choquer, mais ce n’est pas assez. Marquez et consort ne font pas assez.

 

Marc Marquez est plus grand que le MotoGP, alors il doit agir comme tel

 

Lorsqu’on s’intéresse à l’histoire des sports mécaniques, il est fréquent de voir des pilotes s’opposer à l’organisateur ou au promoteur. En Grands Prix motos, Kenny Roberts, les stars des années 1980 et bien d’autres ont déjà refusé de courir en raison d’un manque de sécurité. Pareil en F1, d’ailleurs. Sauf que, depuis le début du XXIe siècle, les pilotes, qui sont les représentants des sports, ne disent plus rien. Ils affichent leur mécontentement, mais ça ne va pas plus loin. Tous veulent courir, parfois égoïstement si l’on traduit les paroles de Pecco Bagnaia, souvent esseulé lors des réunions de la commission de sécurité, pour leur situation au championnat, mais aussi pour l’argent.

En 2026, nous sommes à un tournant de l’histoire. Liberty Media a la mainmise sur le MotoGP et la F1, et l’entreprise américaine essaye d’imposer son style aux pilotes, mais aussi aux spectateurs. Personnellement, comme beaucoup d’entre vous, je parie, je me foutais de cette course de karting. Alors, oui, j’aimerais que les pilotes fassent bloc, s’opposent, de manière limpide, à cette politique. Et ça commence par Marc Marquez.

 

Marc Marquez MotoGP
Vous le comprenez, ce n’est pas qu’une histoire de course de karting. Je parle aussi du bitume de Goiânia, du Balaton Park, du scandale des arbres coupés à Adélaïde… ce ne sont pas les sujets propices à l’indignation qui manquent. Photo : Michelin Motorsport

 

Pourquoi ? Parce que Marquez est la face du sport depuis dix ans. Il est même plus grand que le MotoGP à l’heure actuelle, comme Rossi en son temps. J’aimerais que l’Espagnol prenne conscience de son statut, et assume pleinement ce rôle de gardien de l’âme du MotoGP, comme il l’a très bien fait à Motegi. Vous me direz peut-être que j’en fais trop, ou que je lui en demande trop, car son job est de rouler. Je ne suis pas d’accord. Ces légendes, de par leur statut, ont une légitimité immense, qui s’accompagne d’une certaine responsabilité. Il faut qu’ils la mettent à profit pour la génération qui arrive, car, à chaque fois qu’ils laissent couler, eh bien, les promoteurs en demanderont toujours plus.

L’époque appelle souvent les sportifs à s’élever ; Mohamed Ali, Colin Kaepernick, Jackie Stewart, Didier Pironi, et j’en passe. Oui, à l’époque des deux derniers cités pour rester dans la dimension des sports mécaniques, la sécurité était en jeu. Mais aujourd’hui, l’enjeu est-il moins important à long terme ? Et puis, Marquez et les autres seraient-ils capables de ne pas rouler ou de faire grève si la sécurité était compromise ? C’est principalement ce que je reproche à Lewis Hamilton, qui, dans sa carrière, n’a jamais répondu à cet appel malgré ses prises de position. Jamais il n’a osé boycotter un Grand Prix, jamais il n’a osé se retirer d’une course pour protester. Pourtant, ça l’aurait grandement élevé.

Imaginez seulement que la pression devienne invivable en MotoGP à partir de 2027, avec 22 Grands Prix, peut-être deux qualifications par week-end et des événements promotionnels toujours plus nombreux et barbants pour les pilotes, le tout sur des pistes scabreuses comme Goiânia. Si Marc Marquez dit : « Désolé, mais le sport n’est plus le même, et il va dans la mauvaise direction sans parler des conditions de sécurité sur certains circuits. Je ne disputerai pas telle course ». Je peux vous assurer que Liberty Media écoutera très attentivement ce qu’il a à dire, et qu’on verrait des changements dans la minute. Ne me dites pas que c’est impossible, d’autres l’ont fait avant lui, parfois au péril de leur carrière ; Marquez, lui, n’a plus rien à craindre, sa légende est cimentée. Sans parler d’un cas aussi extrême, imaginez qu’un syndicat des pilotes se forme – ce qui existe depuis 1961 en F1 –. Alors, le sport aura des chances de s’améliorer.

 

Conclusion

 

N’oubliez pas qu’on doit tous les droits acquis par l’humanité à des hommes qui ont dit « stop », que ça leur coûte ou non. Si les pilotes sentent que l’âme du MotoGP, sport qui existe en tant que championnat depuis 1949, est en danger, alors ils doivent aussi dire « stop », d’une manière ou d’une autre. Et, oui, Marc Marquez, en 2026, devrait être en première ligne, car il a la puissance pour se faire entendre et faire respecter les trois catégories. C’est aussi comme ça que se distinguent les légendes.

À son tour, l’époque l’appelle ; il a décroché le combiné à Motegi, mais répondra-t-il ?

Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

 

Quelqu’un d’aussi grand que Marquez doit aller au bout de ses idées. Si ça nécessite un clash avec le département de communication de Liberty Media, so be it. Il peut se le permettre, sportivement comme financièrement. Photo : Michelin Motorsport

 

Photo de couverture : Michelin Motorsport