Au vu des plans qu’a Liberty Media pour le MotoGP, ce Grand Prix de Grande-Bretagne est une anomalie. Chaque année, j’ai l’impression de voir des tribunes de plus en plus vides à Silverstone, un circuit qui fait pourtant le plein lorsqu’y passe la Formule 1. Franchement, ça m’inquiète.
Vide
Une fois de plus, ça m’a choqué. Lors des qualifications et des courses, la réalisation internationale nous a montré des plans des tribunes assez impressionnants, mais pas dans le bon sens du terme. Des gradins entiers fermés pour regrouper le public, notamment au niveau de la ligne droite des stands, Hamilton Straight. Peu de gens lors des cérémonies. Et, le plus criant, la désertion de la tribune Lando Norris, située à l’extérieur de Stowe, l’un des plus beaux virages du circuit. J’imagine qu’elle dut être fermée, elle aussi, pour créer cette impression de foule aux endroits stratégiques.

Pour parler chiffres, Silverstone annonçait un peu plus de 100 000 personnes sur les quatre jours (le circuit est accessible pour des festivités le jeudi), contre 564 000 sur la même période pour la F1, passée seulement un mois avant. C’est un écart absolument faramineux. Et visuellement, ça pose quand même un problème, car c’est bien loin du concept que désire nous vendre Liberty Media.
Pourquoi le MotoGP ne prend pas en Grande-Bretagne, l’une des terres sacrées des sports mécaniques, et l’un des berceaux des Grands Prix motos ? J’ai une théorie aussi simple que brutale. Je pense tout simplement que le MotoGP n’intéresse pas, ou plus les Anglais. C’est tout. L’être humain déteste le vide, et souhaite toujours essayer de trouver des raisons, d’expliquer les phénomènes (c’est aussi pour cette raison que l’humanité est aussi avancée). Cependant, parfois, il faut se résigner. J’entends parler des prix des billets, effectivement dans la moyenne haute par rapport aux autres manches européennes. D’accord, il y aurait, peut-être, quelques spectateurs en plus si le prix d’entrée baissait un peu. Mais les gens s’achètent la F1, alors, pourquoi pas le MotoGP ?
Idem, on entendait aussi parler de la saison. Avant, rappelez-vous, ce GP se déroulait beaucoup plus tôt dans l’année. Ils ont changé, et même constat. Et on ne peut même pas invoquer le spectacle comme excuse : Silverstone produit certaines des meilleures courses au monde, dans les trois catégories, et il s’y passe un événement majeur au moins une fois par édition.
D’après moi, rien de tout cela n’explique cette désertion. Je pense tout simplement que la jeunesse britannique n’est pas très intéressée par le sport moto, et que la région géographique autour de Silverstone l’est encore moins. D’ailleurs, le BSB, championnat britannique de Superbike, n’y arrive pas non plus alors que la foule se réunit à Brands Hatch ou à Cadwell Park. Après la retraite de Valentino Rossi, les plus anciens, ceux qui ont connu les années 1990 et 2000 ont arrêté de venir, et voilà tout. Je pense humblement qu’il faut d’abord essayer de re-passionner la région et le public britannique plutôt que de vouloir absolument forcer la tenue d’un Grand Prix sur ce tracé juste parce qu’il est mythique.
Le MotoGP à Silverstone jusqu’en 2028, l’erreur de Liberty Media ?
Le MotoGP SEG œuvre pour reconquérir cet immense marché, c’est vrai. Carmelo Ezpeleta avouait récemment qu’une retransmission d’un GP à Londres avait attiré pas mal de monde. Mais je crois que notre sport aurait clairement dû profiter du vent nouveau qui souffle sur le MotoGP actuellement pour délocaliser ce Grand Prix. J’ai la sensation qu’il fallait de la rupture, casser les codes, monter un nouvel événement.

L’avant-veille du Grand Prix, on nous annonçait que Silverstone allait rester au calendrier jusqu’en 2028. Ça me paraît être une erreur, malheureusement. Oui, le MotoGP peut progresser un peu sur les 18-24 ans au Royaume-Uni, mais je suis persuadé que l’augmentation du public sera marginale, tout au plus. Il y a quelques années, la rumeur d’un retour à Donington Park – tracé que je préfère à Silverstone par-dessus le marché – était coriace, et je regrette qu’ils n’aient pas franchi le pas.
Le problème de cette prolongation jusqu’en 2028, c’est que, possiblement, Silverstone disparaîtra en même temps que s’en ira Marc Marquez. C’est à l’issue de cette saison que son contrat avec Ducati prendra fin. Et, croyez-moi, son départ, s’il a lieu, va faire tout drôle, on prend clairement son impact sur le spectacle pour acquis. Ce phénomène sera décuplé au Royaume-Uni, où les gens, peut-être moins passionnés, se raccrochent plus aux pilotes qu’au show.
Cela voudrait donc dire qu’on aurait possiblement ce départ de Silverstone à partir de 2029, sans pilote « phare » (ou, en tout cas, je ne le vois pas pour l’instant). Situation difficile a priori.
Qu’avez-vous pensé de ce Grand Prix, et surtout, que voyez-vous pour les prochaines saisons à Silverstone ? Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Michelin Motorsport









