Les comparaisons entre Marc Marquez et Valentino Rossi ne cesseront jamais ; mieux, elles deviendront de plus en plus pertinentes à mesure que l’officiel Ducati se rapprochera de son dixième titre. Personnellement, j’adore ces débats, je trouve qu’il est passionnant de comparer la grandeur à travers les époques, et c’est d’autant plus amusant quand les deux pilotes en question peuvent prétendre au titre de GOAT, le plus grand de tous les temps. Mais Marquez, s’il a de nombreux arguments très solides à faire valoir, manque toujours de quelque chose : une grande rivalité.
N’exagérons rien
L’idée de cet article m’a été donnée par un lecteur assidu, qui se reconnaîtra facilement et que je salue. Il aimerait beaucoup voir Pedro Acosta poser des problèmes à Marc Marquez la saison prochaine, pour qu’enfin, on voie le nonuple champion du monde à l’œuvre face à un pilote de sa trempe. Car, malheureusement, ça n’est jamais arrivé.

Alors, attention : lorsque je dis ça, on me dit souvent que c’est parce que Marquez a éteint toute forme de rivalité grâce à son talent. C’est vrai… à partir de 2019. Mais avant, je suis désolé, Jorge Lorenzo lui a posé des problèmes. En 2013, « Por Fuera », blessé, a perdu de peu alors qu’il avait réalisé la meilleure saison, je crois que c’est assez incontestable. Puis, en 2015, Lorenzo était encore meilleur intrinsèquement que Marc Marquez, alors que la direction technique prise par Yamaha depuis le retour de Rossi ne le favorisait peut-être pas forcément, d’ailleurs.
Idem en 2016, où, même si Lorenzo s’est un peu écrasé en deuxième partie de campagne, il a mené après plusieurs courses magnifiques (surtout au Mugello). Passé chez Ducati, il a galéré en 2017, mais était de nouveau un danger en 2018, après plusieurs victoires et une vitesse impressionnante en qualifications. Puis, il y eut cette course à Aragon, la blessure, une nouvelle chute à Buriram, et c’en était fini de Jorge. Il ne faut pas oublier Andrea Dovizioso, qui, même si son talent est grandement inférieur à celui de Marquez, il l’a quand même dérangé en 2017, et sur quelques courses un peu après.
Donc, non, Marquez n’a pas annihilé toute forme de concurrence comme Doohan à partir de 1994, il s’est d’ailleurs assez souvent fait battre dans son prime. Mais le truc, c’est que ses adversaires, à l’époque, ne rivalisent pas avec les adversaires de Valentino Rossi, de Wayne Rainey, ou d’Eddie Lawson aux mêmes moments de leurs carrières. Et c’est un problème.
La différence entre Marquez, Rossi, et les autres grands
Plus tôt, je faisais référence à la grandeur. C’est sur ce critère qu’on peut comparer les pilotes à travers les époques, car, si l’on évoque la vitesse, impossible de savoir ce qu’aurait fait Agostini sur la Desmosedici, et Marc Marquez sur la MV Agusta. Comment se mesure la grandeur ? En écoutant ce que les autres disent d’untel, en étudiant le palmarès, les faits marquants… et l’adversité. C’est mathématique : si un pilote en a battu d’autres que je classe très haut, alors il sera lui-même très haut. Et c’est la qu’est la différence avec Rossi au niveau de leur héritage.
Je ne vais pas passer par quatre chemins : personne n’a eu affaire à des pilotes plus forts que Rossi dans toute l’histoire des Grands Prix. Listons-les rapidement, et en catégorie reine uniquement : Kenny Roberts Jr, Max Biaggi, Loris Capirossi, Alex Barros, Marco Melandri, Sete Gibernau, Dani Pedrosa, Nicky Hayden, Casey Stoner, Jorge Lorenzo, Andrea Dovizioso et Marc Marquez. C’est une collection de patronymes absolument folle. Et, le plus fou, c’est qu’il les a rencontrés – et battus – pour la plupart dans leurs primes, c’est-à-dire, dans leurs meilleures années !

Marquez a battu un très bon Lorenzo, c’est vrai, mais en 2017, Jorge avait déjà près d’une décennie de MotoGP dans les pattes. Le vrai prime de Lorenzo, d’après moi, s’étend de 2009 à 2015. Après, il était un bon outsider, mais plus aussi bon, tout simplement. Un peu pareil pour Pedrosa, coéquipier de Marquez de 2013 à 2018. Les meilleures années de Pedrosa vont de 2007 à 2013, et, après cette désillusion liée à une nouvelle blessure, il n’a plus été le même. Donc, si on fait une petite liste, ça donne, en gros, Lorenzo, Pedrosa, Dovizioso (cette fois dans son prime), un Rossi déjà assez vieux (37 ans en 2013, son prime datait plutôt du début du XXIe siècle) Crutchlow, Maverick Vinales, Alex Rins, Quartararo (que nous n’avons jamais vu à son meilleur niveau contre Marquez, blessé de 2020 à 2022), Bagnaia, Martin et Alex, son frangin. Honnêtement, ça n’a pas le même prestige. Si l’on fait les comptes, le rival le plus coriace qu’il a dû se coltiner était Andrea Dovizioso. Rien à voir avec Lorenzo, Stoner, ou Mamola/Gardner/Spencer/Rainey pour Lawson, voire Schwantz/Doohan/Kocinski/Lawson pour Rainey.
Non seulement Marquez domine une grille, je crois, objectivement moins forte depuis 2019, mais, en plus, il n’a jamais eu de challenge mental depuis Rossi. Les Martin, Quartararo et Bagnaia sont tellement loin de son niveau qu’il n’a pas besoin de livrer une guerre psychologique, de puiser dans ses ressources. Regardez : a-t-on déjà vu Marc Marquez complètement acculé, contraint de sortir plus d’une prestation légendaire pour s’en sortir – allez, j’accorde Valence 2017 – ? Les Stoner, Lorenzo et Rossi y étaient habitués.
C’est pour cette raison que j’aimerais avoir un grand Pedro Acosta l’année prochaine, pour voir un autre Marc Marquez. Acosta en est capable, mais la réglementation 2027 pourrait aussi nous surprendre, donc attendons avant de s’enflammer.
Attention : Marquez a d’autres arguments à faire valoir, ça n’est en aucun cas éliminatoire dans le débat du plus grand de tous les temps que nous aurons dans quelque temps. Mais c’est notable. Je suis curieux de savoir si vous partagez mon avis sur ce point. Dites-le-moi en commentaires !
Pour rappel, cet article ne reflète que la pensée de son auteur, et pas de l’entièreté de la rédaction.

Photo de couverture : Box Repsol








