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En ce jeudi 5 août 2021, cette conférence de presse de Valentino Rossi, aussi attendue que redoutée, a officialisé le prochain départ à la retraite du neuf fois titré champion du monde italien.

Vous trouverez ci-dessous notre traduction de tous les propos tenus pendant plus d’une demi-heure par le Docteur.


Valentino Rossi : « Bonjour à tout le monde. Je me sens un peu embarrassé ici, j’aurais besoin d’une table avec vous (rires). Comme je l’ai dit durant la saison, j’ai pris ma décision concernant l’année prochaine après le break estival. J’ai décidé d’arrêter à la fin de saison. Malheureusement ce sera ma dernière demi-saison en tant que pilote MotoGP. C’est difficile et c’est un moment très triste car il est difficile de dire est de savoir je ne courrai pas en moto l’année prochaine. Je fais ça depuis plus ou moins 30 ans. L’année prochaine, ma vie changera d’un certain point de vue, mais quoi qu’il en soit, cela a été génial et je me suis beaucoup amusé. C’est un très très long parcours, très très amusant, 25 ou 26 ans dans le championnat du monde. C’était super et j’ai connu des moments incroyables… »

Quand vous regardez cette vidéo avec tous ces moments formidables, qu’est-ce qui vous manque le plus et à quel point cette décision a été difficile à prendre ?

« J’ai eu une carrière très longue et heureusement j’ai gagné beaucoup de courses, mais il y a quelques moments et quelques victoires qui sont plus ou moins dans la vidéo qui sont inoubliables. C’était de la joie pure et j’ai rigolé pendant une semaine, et même après pendant 10 jours je rigolais toujours. On me demandait pourquoi…  » ah, OK, à cause de la course « . C’est difficile, oui, c’est une décision difficile ! Mais vous devez savoir et je pense qu’au final les résultats font la différence dans le sport, dans tous les sports. Donc à la fin, je pense que c’est la bonne façon de faire. C’était difficile car j’avais la chance de courir dans ma propre équipe en MotoGP, conjointement avec mon frère. Donc c’est quelque chose que j’aime à coup sûr. Mais quoi qu’il en soit, je pense que c’est bien comme ça. Nous avons encore encore une demi-saison, je ne sais pas combien de courses, 7, 8, 9 ou 10, je ne sais pas. Je pense que ce sera vraiment plus difficile quand nous arriverons aux dernières courses, alors que maintenant c’est simplement pour annoncer à tout le monde ma décision. Mais quoi qu’il en soit, c’est OK et je ne peux pas me plaindre de ma carrière. »

Que pouvez-vous dire à tous vos fans dans le monde ?

« Je pense que, avant tout, je dois dire à mes fans que j’ai toujours tout donné, pendant très longtemps, plus de 25 ans. J’ai toujours essayé à mon maximum de rester dans le jeu, de rester dans le groupe de tête. C’est un long parcours ensemble donc je pense que beaucoup de me fans sont nés quand j’étais déjà en piste. C’était génial car j’ai eu un soutien incroyable de tous les fans du monde entier. Parfois, c’est même difficile à comprendre pour moi et m’a toujours un peu surpris, mais cela m’a toujours rendu très très fier. Je tiens à remercier tous mes fans et je pense nous nous sommes bien amusés ensemble. »

Quand avez-vous pris votre décision ?

« La décision ? Pendant la saison. Au début de la saison, j’ai dit que j’allais décider pendant la trêve estivale et j’ai vraiment décidé pendant la trêve estivale. Quand j’ai débuté le championnat, je voulais vraiment continuer, mais comme je l’ai dit, je devais savoir si j’étais assez rapide. Donc malheureusement, les résultats ont été moins bons durant la saison que ce à quoi on s’attendait, nous course après course, j’ai commencé à réfléchir. »

Qu’allez-vous faire l’année prochaine ?

« La suite ? Comme je l’ai toujours dit, j’adore courir avec les voitures, juste un peu moins qu’en moto, donc je pense que je vais courir en voiture à partir de l’année prochaine. C’est un processus que nous essayons de comprendre maintenant et ce n’est pas encore décidé, mais j’ai le sentiment que je serai un pilote de moto ou un pilote de voiture durant toute ma vie. Je change simplement des motos à la voiture, bien sûr pas au même niveau, mais je pense que quoi qu’il arrive je vais courir. »

Il y a quelques années, vous avez dit que vous aviez peur d’arrêter. Est-ce très difficile à accepter mentalement ? Et vous savez qu’en ce moment même il y a beaucoup de personnes qui pleurent devant leurs écrans ?

« Sincèrement, il y a deux ans, et même l’année dernière, je n’étais pas prêt à arrêter de courir en MotoGP. Parce ce que je devais comprendre et tout essayer, mais maintenant je suis OK, je suis calme. Bien sûr, je ne suis pas heureux, mais si j’avais fait encore une année l’année prochaine, je n’aurais pas été heureux non plus car je voudrais gagner pendant encore 20 ans (rires). Je pense donc que c’est le bon moment et il nous reste encore une demi-saison où je vais essayer d’être plus fort que dans la première moitié. Je vais donner mon meilleur mais je crois que c’est le bon choix. »

Vous aviez la possibilité de courir dans votre propre équipe l’année prochaine. Pourquoi ne l’avez-vous pas saisie ?

« Oui, j’ai une proposition de mon équipe (rires) pour l’année prochaine, une proposition officielle (rires). Sérieusement, j’ai vraiment réfléchi en profondeur à continuer car j’aurais aimé courir dans mon équipe, avoir des motos à Tavullia, mon département course ici. Je pense que nous avons eu une équipe Moto2 et Moto3 super, avec beaucoup de personnes que je connais depuis très longtemps. Par exemple, il y a des mécaniciens qui travaillaient avec moi en 250cc, donc en 1999. Donc courir pour mon équipe aurait été vraiment fascinant. Mais au final, j’ai décidé que non pour certaines raisons. J’aurais dû changer de moto et je pense que c’est un bon projet si vous avez deux ou trois ans, mais si vous avez seulement une saison, il y a sans doute plus de risques que de bonnes choses. C’est pour ça que j’ai décidé ainsi. »

Quand vous regardez en arrière votre carrière, quels ont été les moments décisifs ?

« Durant ma longue carrière, j’ai eu beaucoup de moments difficiles, mais celui qui a été inoubliable, je dirais que ce sont les trois championnats qui ont été les plus importants dans ma carrière, c’est-à-dire 2001 quand j’ai remporté le dernier championnat 500cc, 2004 quand j’ai gagné pour la première fois avec Yamaha, et aussi 2008, car j’étais déjà vieux et fini en 2008 car j’avais perdu deux fois après cinq championnats remportés en MotoGP. Donc normalement, dans une carrière normale, c’est terminé. Mais en changeant de pneus, en passant chez Bridgestone, j’ai pu revenir au top et me battre avec Lorenzo, Stoner et Pedrosa, et remporter un autre championnat. Je pense que ce sont les moments les plus importants de ma carrière. »

Durant ces plus de 25 ans de carrière, vous avez dû prendre des décisions difficiles. Regrettez-vous l’une d’entre elles ?

« Sincèrement, je ne regrette pas mes choix. Par exemple courir avec Ducati a été très difficile pour moi, car nous n’avons pas gagné, mais quoi qu’il en soit cela a été un beau challenge : un pilote italien sur une moto italienne. Si nous avions pu gagner, cela aurait été historique ! Je suis un peu triste de ne pas avoir remporté mon 10e championnat, en particulier car je crois que je le méritais, avec mon niveau et ma vitesse. J’ai perdu deux fois dans les dernières courses donc je pense que je méritais le 10e titre, mais quoi qu’il en soit, c’est comme ça. Je pense que je ne peux pas me plaindre des résultats obtenus dans ma carrière. »

À quel point cela a été difficile de négocier votre futur salaire dans votre future équipe MotoGP ?

« (Rires) cela n’a pas été très difficile car c’était entre moi et moi (rires). Le salaire était bon ! »

Pensez-vous que votre décision va changer quelque chose dans votre vie personnelle par rapport à vos fans ?

« Je pense que la différence entre moi et tous les autres très bons pilotes MotoGP de l’histoire, c’est cela, car sincèrement je ne sais pas pourquoi mais pour une raison quelconque j’ai pu rassembler de nombreuses personnes autour de la compétition moto. Sans moi, elles n’auraient pas connu les MotoGP, les 125 et les 250, en particulier en Italie. Dans la première partie de ma carrière, j’ai fait quelque chose qui a touché le côté émotionnel de personnes normales, et j’en suis très fier car c’est quelque chose de très particulier. De l’autre côté, cela fait que c’est plus difficile dans la vie normale, car vous êtes toujours sous pression. Vous devez changer votre vie, mais j’ai toujours essayé de rester le plus normal possible et de ne pas trop changer. C’est comme ça ! C’est le revers de la médaille mais c’est OK, je profite tout de même. »

À quel point pensez-vous avoir changé ce sport ?

« En Italie en particulier, il semble que beaucoup de personnes ont commencé à suivre les courses de moto en me suivant. C’est un peu ce qui s’est passé avec Alberto Tomba pour le ski. Je pense donc que c’est la chose la plus importante que j’ai faite durant ma carrière, avec mes résultats. Sincèrement, je ne sais pas pourquoi (rires) mais je pense que je distraie beaucoup de personnes le dimanche après-midi, et que beaucoup de personnes prennent du plaisir en ne pensant à rien pendant une heure ou deux le dimanche. Elles prennent simplement du plaisir en suivant ma course. Je pense que c’est la meilleure chose et je pense que c’est pour ça que je suis légende. Et même maintenant où les résultats ne sont plus fantastiques, beaucoup de personnes viennent pour me voir. C’est très excitant, certains pleurent, et c’est pour moi toujours une surprise car je leur dis de ne pas pleurer et leur demande pourquoi elles pleurent (rires). Mais c’est comme ça et je pense que c’est la plus grande des émotions. »

Avez-vous conscience que vous êtes une star comme Michael Jordan et que ressentez-vous ?

« Ce n’est pas bien si je réponds  » oui, je suis comme Michael Jordan  » (rires). Bo… c’est sans doute mieux si vous le dites, si vous le pensez. Le feeling est génial, les gens me reconnaissent partout, même dans les endroits les plus perdus du monde. Quand vous allez en Thaïlande, et que vous voyez le 46 sur un scooter… c’est quelque chose de particulier. Maintenant, c’est un peu différent que quand j’avais 20 ou 22 ans. Au début, je souffrais un peu plus car cela a un grand impact dans votre vie : vous devez gérer et tout organiser de façon différente. Maintenant que je suis vieux, sincèrement, j’aime davantage ça (rires) car c’est une sensation spéciale difficile à expliquer. »

Savez-vous dans quelle catégorie vous allez courir en voiture l’année prochaine ?

« J’ai toujours adoré courir avec les voitures car j’ai débuté avec le karting, car Graziano avait peur de la compétition moto car il avait eu beaucoup beaucoup de blessures et il pensait que la voiture était un peu plus sûre. J’ai donc débuté en karting et après deux ou trois années j’ai essayé la minibike. Et heureusement, j’ai couru avec les motos. Heureusement car je ne sais pas si j’aurais obtenu les mêmes résultats en voiture, peut-être pas. C’était donc un bon choix. Mais quoi qu’il en soit, c’est resté dans mon cœur. Durant cette carrière en moto, j’ai toujours essayé d’améliorer mes compétences en voiture, de toujours courir et de faire des kilomètres pour être prêt pour ce moment. Mais je ne connais pas mon niveau et ce n’est pas la même chose qu’en moto. Vous ne courez jamais simplement pour vous amuser ! Si vous êtes un vrai pilote, vous courez pour être fort, pour essayer de faire de bons résultats et de gagner. Sincèrement, pour le moment je ne sais pas quelle voiture, je ne sais pas quelles courses. J’ai dit que je voulais courir aux 24 heures du Mans et il y a beaucoup de compétitions automobiles dans tout le monde, donc je pense qu’il y a matière à ce que je m’amuse. »

Pourquoi les choses ont-elles été aussi difficile ces dernières années ?

« Je ne sais pas. Je pense qu’il n’y a pas seulement un facteur les différents facteurs. Par exemple, en 2018, j’ai fait une très belle saison et j’ai terminé troisième du championnat. Je n’ai pas gagné de course mais j’ai marqué beaucoup de points, et j’aurais aussi pu gagner dans les deux dernières courses mais j’ai commis quelques erreurs. Mais c’était du haut niveau ! En 2019, j’ai très bien commencé, mais après quelque chose a changé. Mais quoi ? Sincèrement, je ne sais pas. L’année dernière aussi, j’étais plutôt fort en début de saison et j’ai fait un podium et terminé cinquième. J’étais là, mais après, en fin de saison, j’étais plus en difficulté pour rester avec les meilleurs. Quoi qu’il en soit, je pense le niveau est très très élevé, et les nouveaux jeunes pilotes sont toujours de plus en plus fort. Aujourd’hui, tous les pilotes s’entraînent beaucoup et sont des athlètes qui travaillent dur. Il y a donc différentes choses, mais je ne sais pas précisément quoi. Cette année également, OK peut-être que je ne peux pas gagner, mais je peux être davantage compétitif. Mais bon, nous verrons. Il nous reste encore une autre moitié de saison et nous essaierons d’être plus forts que durant la première partie. »

Qu’est-ce qui va le plus vous manquer ?

« Je pense que la vie d’athlète va beaucoup me manquer : se lever chaque matin et s’entraîner avec l’objectif d’essayer de gagner. J’aime beaucoup cette vie. En premier, piloter une MotoGP va me manquer, car c’est une grande émotion d’être sur une MotoGP en piste. En deuxième, travailler avec mon équipe, commencer le jeudi et essayer de résoudre tous les petits détails pour être de plus en plus fort, travailler avec les meilleurs ingénieurs, chefs-mécaniciens, analystes de données. Ensuite, le feeling du dimanche matin va beaucoup me manquer, deux heures avant la course, car c’est un moment où vous ne vous sentez pas à l’aise car vous êtes inquiet. Ce sont des émotions, car vous savez que la course va commencer dans deux heures. Je pense que toutes ces choses vont être difficiles à résoudre. »

Crédit photos : MotoGP.com

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