F1
Publié le 5 octobre 2026 • 00:00 par Oléna Champlain

F1 – « Avec un V8… » : Verstappen gagne enfin et chambre la F1

Verstappen remporte sa première course de 2026 et offre à Red Bull Ford Powertrains sa première victoire, après un départ chaotique à Sepang.

Max Verstappen a retrouvé la plus haute marche du podium au terme d’un Grand Prix aussi spectaculaire que désordonné. Parti en pole à Sepang, le Néerlandais a remporté le Grand Prix de Bahreïn disputé en Malaisie, sa première victoire de la saison. Mais ce succès a une portée particulière : il s’agit aussi du premier triomphe de Red Bull Ford Powertrains, le groupe propulseur conçu par l’écurie avec Ford, dès sa première année en Formule 1. Et après les scènes qui ont précédé le départ, Verstappen avait visiblement envie de savourer l’exploit… tout en décochant une petite pique aux nouvelles règles.

Verstappen – Red Bull : première victoire avec son propre moteur

La pluie a d’abord transformé la préparation de la course en parcours d’obstacles. Le départ, prévu à Sepang, a été repoussé de plus de 90 minutes. Pendant le tour de formation, plusieurs pilotes ont rencontré des problèmes de puissance ou d’accélération. Verstappen lui-même a signalé qu’il ne pouvait plus accélérer normalement ; Lewis Hamilton a aussi dû s’arrêter. La procédure a été interrompue, les voitures sont rentrées dans la voie des stands et la direction de course a dû faire réordonner la grille. L’image de monoplaces avançant au ralenti a donné à ce Grand Prix un début particulièrement peu glorieux pour la technologie censée les propulser.

Verstappen, lui, a pris la scène avec humour. Après le premier départ avorté, il a raconté avoir vu « huit ou neuf voitures » avancer à environ 30 km/h. Puis il a lâché : « Avec un V8, on n’a pas ces problèmes. » La formule a fait mouche. Elle rappelle que les nouvelles unités de puissance, qui répartissent presque à parts égales l’énergie entre moteur thermique et batterie, peuvent se montrer particulièrement sensibles dans des conditions inédites. À Sepang, le premier Grand Prix disputé sous la pluie avec cette génération de monoplaces a fourni un test grandeur nature — et un démarrage pour le moins laborieux.

La FIA a ensuite expliqué qu’une combinaison inhabituelle de faible vitesse, de manque d’adhérence et de piste mouillée avait provoqué des pertes de puissance sur plusieurs voitures. Un nouveau paramétrage logiciel a été distribué aux équipes pendant l’interruption. Le souci ne concernait donc pas uniquement le moteur Red Bull Ford : il a touché plusieurs voitures et plusieurs motoristes. Verstappen a également plaisanté sur le temps nécessaire pour installer la mise à jour, remarquant que certaines équipes avaient des ordinateurs portables plus rapides que d’autres. Quand la Formule 1 doit patienter pendant que les équipes chargent un logiciel, le contraste avec les bolides lancés à pleine vitesse est difficile à manquer.

Une fois la course lancée, le Néerlandais a aussi dû reprendre le travail sur la piste. Les Mercedes de Kimi Antonelli et George Russell l’ont dépassé au départ. Mais Verstappen a retrouvé le rythme, a repris Russell, puis s’est rapproché d’Antonelli. La voiture de sécurité provoquée par la sortie de piste de Valtteri Bottas a ensuite rebattu les cartes. Red Bull a choisi les pneus intermédiaires au bon moment ; Verstappen a pu reprendre l’avantage et construire sa victoire. Il a ensuite contenu la pression jusqu’à l’arrivée, malgré une nouvelle neutralisation dans les derniers tours.

À l’arrivée, il a résumé son début de course comme « très agité », expliquant qu’il avait manqué de puissance avant que celle-ci ne revienne. Le choix des pneus intermédiaires a ensuite aidé Red Bull à avancer « étape par étape », selon ses mots.

Son bilan à chaud était plus enthousiaste : « Je suis incroyablement fier de tout le monde. » Il a aussi mesuré la portée du résultat : « Gagner notre première course dès notre première année avec notre propre groupe propulseur, c’est assez impressionnant. » Ce sont bien les mots d’un pilote conscient que le trophée récompense un projet technique autant qu’une performance individuelle

Ce succès ne tombe pas du ciel. Verstappen avait expliqué en début de semaine qu’il voulait au moins remporter une course cette année, dans une saison où Red Bull avait peiné à retrouver son meilleur niveau. L’équipe a ensuite progressé, et le pilote a décroché sa première pole de la saison à Sepang avant de convertir cette position en victoire. La performance met fin à son attente depuis le Grand Prix d’Abou Dhabi 2025. Elle porte aussi son total à 72 victoires en Formule 1. Enfin, Sepang lui réussit décidément : il était déjà le dernier vainqueur du circuit, en 2017, avant son retrait du calendrier

Pour Red Bull, l’enjeu dépasse donc largement le résultat du dimanche. L’écurie signe son premier succès avec un groupe propulseur développé en interne avec Ford, un projet qui devait affronter les constructeurs installés et dont Laurent Mekies avait reconnu qu’il demanderait beaucoup de travail. Voir ce moteur gagner dès sa première saison constitue un signal fort. Cela ne gomme pas les difficultés du début d’année, mais donne une réponse concrète aux doutes : Red Bull a désormais une voiture et un moteur capables de gagner ensemble

Le succès de Verstappen ne fait pourtant pas disparaître les questions soulevées par la procédure de départ. La pluie a révélé une faiblesse que les essais n’avaient pas mise au jour, et la mise à jour logicielle a permis de reprendre la course sans résoudre, à elle seule, le débat sur la complexité des systèmes. Verstappen peut rire des V8 et des ordinateurs portables ; la FIA et les motoristes devront, eux, tirer les leçons de ce qui s’est passé. Sa victoire est historique pour Red Bull Ford. Le prochain défi sera de prouver que cette première peut devenir une habitude, sans que le logiciel ne vole la vedette au départ.