Martin Brundle n’accuse pas Mercedes de favoriser Kimi Antonelli. Il admet simplement qu’il a du mal à croire que l’équipe ne préférerait pas voir son jeune pilote italien décrocher le titre plutôt que George Russell. Son intuition suffit à relancer une question délicate : quand deux coéquipiers se disputent le championnat, une écurie peut-elle vraiment rester parfaitement impartiale ? La question est devenue plus pressante après l’abandon de Russell au Grand Prix de Bahreïn disputé à Sepang. Sa panne moteur a porté à 84 points son retard sur Antonelli, à sept manches de la fin.

Duel Antonelli – Russell : Brundle doute de Mercedes
Brundle a posé le sujet directement à Toto Wolff avant la course : Mercedes aurait-elle davantage à gagner, sur le plan commercial, avec Antonelli champion ?
Le pilote italien est devenu une figure très populaire dans son pays, tandis que Russell, déjà installé en Formule 1, poursuit un parcours moins inattendu. Wolff a refusé de raisonner en termes de retombées d’image. Pour lui, le travail du patron d’équipe consiste à protéger les intérêts de Mercedes et à garantir aux deux pilotes les mêmes chances
« Je ne peux jamais favoriser un pilote, et l’équipe ne le ferait jamais », a-t-il assuré à Sky Sports F1.
Wolff a ajouté qu’une telle décision lui ferait « perdre sa conscience » et que les deux pilotes bénéficiaient de la même opportunité. Sa conclusion tient en une formule connue, mais qui prend du poids dans un garage où les deux voitures jouent le titre : « Que le meilleur gagne. »
Brundle dit vouloir croire cette réponse. Mais son intuition le pousse ailleurs :
« Au fond, je pense qu’ils préféreraient voir Kimi gagner. »
Il ne présente pas de preuve d’un favoritisme dans la gestion des voitures et ne prétend pas que Mercedes ait manipulé une stratégie. Sa remarque porte sur une préférence supposée, pas sur une consigne démontrée. La nuance compte : douter de ce qu’une équipe pourrait souhaiter n’est pas établir qu’elle a effectivement désavantagé un pilote. Mais, en F1, la confiance se joue aussi dans les décisions visibles depuis le muret.
Et Mercedes a déjà pris une décision favorable à Antonelli en course. À Zandvoort, l’équipe a demandé à Russell de ne pas résister à son coéquipier, qui disposait de pneus plus frais et revenait rapidement. Russell a obtempéré, puis a défendu la décision :
« Il méritait de finir devant. » Wolff a expliqué que Mercedes avait rétabli l’ordre de course d’avant les arrêts et aurait agi de la même façon si les rôles avaient été inversés. L’épisode montre que l’équipe peut intervenir entre ses pilotes. Il ne prouve pas, à lui seul, qu’elle privilégie Antonelli.
La situation au classement a toutefois changé la nature du débat. Avant Sepang, Russell avait réduit l’écart à 66 points grâce à sa victoire à Bakou. La défaillance de son unité de puissance l’a ensuite privé d’un podium qui semblait bien engagé, alors qu’il roulait troisième derrière Max Verstappen et Antonelli. Le Britannique a résumé sa frustration sans détour :
« On finit presque par en rire, tellement c’est au-delà de la déception. C’est arrivé tellement de fois cette saison. » Il a reconnu que ses chances de titre étaient « extrêmement faibles », tout en refusant de déclarer la lutte terminée
Ce revers rend aussi plus difficile la position de Wolff. Tant que les deux pilotes sont proches, l’égalité de traitement peut sembler la règle la plus simple à défendre. Avec 84 points d’écart, Mercedes devra peut-être bientôt arbitrer entre les ambitions individuelles et la meilleure stratégie pour l’équipe. Russell avait expliqué en août que l’idée d’aider Antonelli n’était « même pas à l’ordre du jour ». Ce qui n’était pas d’actualité alors pourrait le devenir si l’écart se creuse encore et si les courses restantes rendent chaque point décisif.
Wolff affirme que Mercedes a préparé les différents scénarios et que son rôle est de donner à chacun les moyens de se battre. Il souligne aussi que l’équipe n’a pas réservé une évolution à un pilote avant l’autre. Ce sont des arguments concrets ; l’intuition de Brundle, elle, reste une intuition. Mais la neutralité ne se mesure pas seulement aux déclarations ou à la distribution des pièces : elle se vérifie à chaque choix de stratégie, à chaque consigne radio et à chaque moment où un pilote doit céder sa position.
Mercedes n’a donc pas été prise en flagrant délit de favoritisme. La question posée par Brundle n’en reste pas moins ouverte, parce que la marge d’Antonelli grandit et que le championnat approche de son dernier tiers. Wolff promet les mêmes chances ; Russell a déjà accepté une consigne en faveur de son coéquipier. Si une nouvelle décision controversée se présente, l’équipe pourra-t-elle encore convaincre tout le monde qu’elle ne choisit pas son champion ?









