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Comme nous le faisons régulièrement, nous nous sommes entretenus avec Nicolas Goubert, Directeur adjoint, Directeur technique de Michelin Motorsport et Superviseur du programme MotoGP, pour faire le point de la situation après les essais en Malaisie et en Australie, alors que Michelin se présente en ce début de saison 2017 avec deux nouveautés principales : un nouveau profil du pneu avant et une nouvelle architecture du pneu arrière.


Pouvons-nous dresser un premier bilan qui semble positif après ces deux séries d’essais 2017 ?

« Oui, oui, oui, le bilan est très positif. Pour commencer, nous avons donc eu les essais à Sepang. La course de l’année dernière s’y était déroulée sous la pluie et le circuit avait reçu un nouveau revêtement. Nous y sommes donc allés avec les pneus slicks arrière que nous avions préparés pour la course mais que nous n’avions pas pu vraiment utiliser lors de celle-ci. Nous avions aussi des solutions de mélange un peu plus soft et une nouvelle architecture pour préfigurer la gamme 2017. La conclusion de ces essais et que nous avions été un peu conservateurs pour la course car on pouvait sans doute rouler un peu moins rigide que ce que l’on pensait en 2016. Ça, c’est le premier point. Dans les nouvelles architectures, il y a donc une nouvelle direction qui a été prise et qui s’est confirmée à Sepang. Donc, cela s’est bien passé pour les pneus arrière.

Concernant les pneus avant, on avait bien sûr le nouveau profil que l’on avait introduit à Valence. C’est un profil sur lequel nous avions commencé à travailler à partir des tests post-Brno en se disant que s’il était satisfaisant, on l’introduirait en 2017. Ce qui s’est passé, c’est que comme le championnat a été décidé assez vite dans le calendrier, après échanges avec les différents Teams, nous nous sommes dits que c’était une bonne opportunité que de l’introduire à Valence pour être sûr de la direction prise pour 2017. C’est ce que nous avons fait et, à Valence, nous avions amené le double choix, c’est-à-dire deux pneus avant avec le profil 2016 ainsi que deux pneus avant, identiques en mélanges de gomme, avec le profil 2017. Quatre-vingt quinze pour cent des pilotes avaient choisi le profil 2017, ce qui nous avait conforté dans la direction que nous avions prise. Encore fallait-il tester ces pneus sur les autres circuits, et à Sepang ils ont confirmé ce qu’on avait vu jusque-là, c’est-à-dire qu’ils procurent un avantage net sur l’angle maxi et, de manière générale, un plus haut niveau de confiance. »

32604584125_8016f11ff0_zÀ propos de ce nouveau profil, peut-on dire que le pneu avant et maintenant un peu plus gros ou un peu plus rond ?

 » Oui, mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il amène une plus grande aire de contact à l’Apex, donc sur l’angle maxi. Cela veut dire qu’il y a un surplus de Grip sur l’angle, que les pilotes ont plus de confiance pour y aller et se sentent plus en sécurité à la limite qui est repoussée. »

Les pilotes disent qu’il y a plus de confiance, mais aussi plus de feeling…

 » Définir le feeling est toujours difficile, mais quand un pilote est plus en confiance, il va souvent dire qu’il y a un peu plus de feeling. Là, il va savoir un potentiel de Grip supérieur à l’Apex, c’est-à-dire que quand il va jeter la moto dans le virage, il sait qu’il a ce surcroît de potentiel une fois la moto totalement inclinée, donc quelque part il est plus confiant. »

Mais ils disent aussi que ça prévient un peu plus…

« Oui, effectivement, on a aussi de bons retours sur le fait que ça prévienne davantage. »

Phillip Island et ses enchaînements rapides ont confirmé tout cela ?

 » C’est un tracé très particulier et on a eu beaucoup de chance car les conditions météo ont été excellentes. Ce n’a pas été le cas à Sepang car nous n’avons pas énormément roulé, non pas à cause de la pluie, mais à cause du circuit qui n’était pas sec. C’était des conditions humides pas excellentes pour travailler. À Phillip Island, c’était l’inverse et les conditions étaient très bonnes. Certes, un peu plus chaudes que celles que l’on aura lors de la course, mais on préfère avoir cela et du temps pour travailler que d’y aller à une période où la météo est incertaine, et donc y aller pour rien.

À l’arrière, nous avions les mêmes solutions que pour la course, plus un mélange un peu plus soft pour voir si ça pouvait passer. Nous avions aussi notre nouvelle architecture 2017 et les deux, un petit peu comme à Sepang, ont donné satisfaction. Cela a montré que nous avions peut-être été un petit peu conservateurs pour la course, et la nouvelle architecture donne aussi un avantage en traction. Nous avions travaillé là-dessus pour répondre aux critiques que nous avions l’année dernière, ici ou là, concernant le patinage. Ce travail sur la traction a donc bien fonctionné. Il y a eu des endurances intéressantes, notamment par Márquez et Vinales, même si ce dernier était un petit peu moins rapide que Márquez en endurance. Márquez est impressionnant. Il y a eu une quinzaine de pilotes en moins de 1’30 le dernier jour, et c’était donc bien.

Pour l’avant, on avait bien sûr le nouveau profil avec des gommes identiques à celle de la course, et il s’est avéré qu’avec des températures plus élevées que celles de la course, les pneus n’étaient pas parfaitement adaptés aux conditions de température. Mais cela ne les a pas empêchés de faire des endurances.  »

32114371503_d3800236cb_hMaintenant, nous nous dirigeons vers le Qatar qui avait été un beau succès pour vous l’année dernière puisque vous y aviez battu les chronos passés. Vous êtes donc en mode  » no stress  » ?

 » Bon, il y en a toujours un peu, mais c’est vrai que nous avons maintenant un an d’expérience et que le week-end s’était déroulé dans de bonnes conditions. On va y avoir les essais IRTA, donc normalement ça devrait y être une course plus facile que l’année dernière. On va essayer d’y rééditer des chronos de même niveau, ce qui serait bien puisque les pilotes et les Teams doivent continuer à ajuster leurs réglages en fonction de ce nouveau profil avant. De plus, il y a quand même eu beaucoup de changements de montures, beaucoup de nouveaux pilotes et beaucoup de pilotes qui ont changé de motos, qui ne sont pas encore complètement habitués et qui doivent donc encore continuer à s’adapter.

À ce sujet, en parlant d’adaptation, si on prend le cas Lorenzo, on voit une évolution qui est quand même assez nette ; il se rapproche de son coéquipier, et même si cela va lui prendre du temps car il n’est pas encore complètement à l’aise, il est en progrès. Et puis, il y a ces trois nouveaux pilotes qui ont surpris aux essais IRTA, les deux de chez Hervé Poncharal, Johann Zarco et Jonas Folger, ainsi qu’Alex Rins. Rins s’était fait piéger à Valence, mais il a fait des essais impeccables à Phillip Island.  »

Tordons maintenant le cou à certaines rumeurs urbaines… par exemple en ce qui concerne Phillip Island : les pneus y sont-ils envoyés par bateau ou par avion ?

 » Pour la course, il y a un peu des deux. Un certain nombre de pneus seront envoyés par bateau, mais d’autres sont envoyés par avion.  »

Tous les pneus MotoGP sont-ils fabriqués en France ?

 » Oui, 100 %.  »

Le site MotoGP.com a envoyé Dylan Gray chez vous pour y fabriquer un pneu. À la fin de la vidéo, on s’aperçoit que c’est un pneu de voiture. Pourquoi ?

 » C’est tout simple. Chez nous, ce qui est accessible aux invités, c’est l’école du pneu. C’est également l’endroit où passe les nouveaux agents de fabrication qui viennent en formation. Il se trouve que les gens qui font leur apprentissage le font sur les pneus voiture. C’est un endroit pédagogique et c’est aussi simple que cela.  »

Donc on ne verra jamais comment sont fabriqués les pneus MotoGP ?

 » Pourquoi on vous montrerait un pneu qui est du domaine du confidentiel ? Cela n’aurait pas de sens. Donc non, on ne vous montrera pas la fabrication d’un pneu MotoGP (rires). »

C’est de la haute technologie qui met en jeu des secrets de fabrication ?

 » Bien sûr ! Et dans toutes les industries, c’est comme ça. Yamaha ou Honda ne vont pas vous montrer exactement comment ils font leurs motos. »

Concernant les essais prévus au Mans et à Valence dont nous nous étions faits écho : cela se met-il en place ou cela est-il compliqué au niveau timing ?

 » Ce n’est pas facile au niveau timing car si on prend ceux du Mans, on a pu avoir le circuit qu’à ce moment-là et c’est juste avant Jerez. C’est donc un peu serré au niveau calendrier et on espère qu’il fera beau car on a une journée plus une journée de secours le lendemain, mais on sait très bien que s’il fait mauvais la première journée, les pilotes du plateau ne pourront pas rester. À ce moment-là, nous n’aurions plus que les pilotes d’essais et ce serait un petit peu dommage. Concernant Le Mans, c’est une démarche logique : il y a un nouveau revêtement et on doit s’y préparer. Concernant Valence, on a en fait toujours peu de possibilités de tester en conditions pluie. Pourquoi ? C’est parce que, si ça se passe pendant un week-end de course, on amène deux solutions qui sont des solutions éprouvées et connues pour répondre aux conditions que l’on va avoir. Après, en intersaison, si il pleut, souvent les pilotes ne vont pas rouler. Soit parce qu’ils sont là pour tester de nouvelles motos, de nouvelles pièces, où qu’ils ne veulent pas prendre trop de risques. Et donc il ne se passe rien au niveau pneus. On s’est donc dit qu’on allait monter un test spécifique pluie, et puis après viendront ceux qui voudront bien venir. Pour le moment, il est encore trop tôt pour savoir qui va venir car cela dépendra aussi de ce qui va se passer en début de saison. Mais nous aurons au moins les pilotes d’essais MotoGP, ça c’est sûr, et j’espère aussi que nous aurons quelques pilotes officiels. Nous le saurons seulement quelques jours avant, ce qui est normal.  »

Où en est-on au niveau de l’affichage sur les écrans des pneus choisis par les pilotes ?

 » L’année dernière, le retour d’informations se faisait manuellement et était donc en très léger différé pendant la course. Là, on a travaillé sur une méthode quasi automatique de remontée d’informations. Nous avons fait quelques essais de principe, et normalement toutes les motos devraient être équipées pour les essais au Qatar, ce qui n’était pas encore le cas la dernière fois. Le signal passe par les transpondeurs et tout cela devrait être opérationnel pour la première course.  »

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