Autrefois manche incontournable du championnat du monde des Grands Prix, le WeatherTech Raceway Laguna Seca – pour des raisons de naming – a disparu des radars depuis 2013. Il est donc temps de se pencher sur l’un monument de notre sport.

Établi en 1957 non loin de Monterey en Californie, Laguna Seca bénéficie d’un intérêt direct de la part des fans de sports mécaniques. Toutes les catégories possibles et imaginables y ont posé leurs roues, hormis la Formule 1. Dès les années 1980, le circuit était installé dans le paysage est s’affirmait comme l’un des plus grands circuits américains, du moins, par la réputation.

Pas par la taille. En effet, le tracé est minuscule, plus petit encore que le Sachsenring. À peine 3,602 km de sinueux, montées et descentes. Plongeons nous dans un tour lancé. Tout d’abord, la ligne droite des stands, en montée et qui débouche sur un virage à gauche extrêmement rapide. Celui-ci est la première difficulté rencontrée par le pilote. Il faut aller cherche la corde en aveugle, au sommet de la bosse afin d’être en ligne pour le freinage du virage 2.

Appelée “épingle Mario Andretti” en l’honneur du champion du monde Formule 1 1975, cette dernière est traître car il ne faut pas espérer sortir large. Il faut emmener de la vitesse pour perdre le moins de temps possible, et ne pas arrêter la moto. Viennent ensuite les virages 3 et 4, qui ne sont pas très compliqués mais l’on commence à remarquer l’étroitesse de la piste qui nous suivra jusqu’à la fin du tour.

 

“Super Sic” à Laguna Seca en 2010. Photo : Motoracereports

Un bout droit à fond nous emmène vers le virage 5, un gauche relevé en montée. C’est l’un des virages les plus appréciés des pilotes, mais gare à ne pas s’éloigner de la trajectoire dessinée. Jorge Lorenzo s’y est fait piéger en 2008, pour l’un des plus gros highsides de sa carrière.

Une sévère montée nous emmène vers le virage 7, l’un des plus techniques. C’est une cassure relevée, avec la corde en aveugle. Ici, le pilote doit se construire un repère précis pour déclencher son virage. Un peu trop tôt, et il passe à l’arrêt, un peu trop tard et c’est le sable à l’extérieur. La ligne droite “Rahal Straight” s’en suit, c’est une montée impressionnante qui débouche sur le virage le plus célèbre : le Corkscrew.

Le tire-bouchon, en français, est un rapide gauche/droite en descente, avec entrée aveugle. Tout est singulier avec ce complexe. Tout d’abord, le pilote freine tôt, mais il doit prendre en compte le fait que la phase de freinage va se finir au sommet d’une bosse, et donc prévoir un délestage de l’arrière. Se sortir à cet endroit là est courant, même pour les plus grands. Valentino Rossi, en 2012, a vu sa moto lui glisser entre les doigts, pour finir dans le mur en face.

La corde du premier gauche est aveugle, donc rentrer au bon moment est très difficile. La corde du droite aussi, puisqu’en sévère descente; vous ne l’apercevez que quand vous êtes déjà dedans. Pour finir, la compression arrivée en bas est phénoménale, et il faut aussi l’anticiper. Si vous n’êtes pas champion du monde, ne pensez même pas à dépasser à cet endroit là. Impossible d’omettre le bijou que Rossi nous laissa en 2008, quand ce dernier prit l’intérieur à Casey Stoner dans une bataille dantesque, sans conteste la plus populaire de l’histoire du sport (la vidéo publiée par la chaîne YouTube MotoGP en 2013 cumule à l’heure ou ces lignes sont écrites 44 000 000 de vues).

Marc Márquez trouva aussi l’ouverture ici même sur « The Doctor » en 2013, mais celui-ci n’a pas eu le choix que de couper légèrement le virage afin de passer. Le dépassement félicité par Rossi lui-même vaut quand même le coup d’œil. Si vous êtes encore sur votre selle, ne vous déconcentrez pas pour la courbe Wayne Rainey. C’est un virage à gauche qui ne pardonne pas, qui est aussi relevé offrant des sensations inégalées. La compression en entrant dans le “banking” est, elle aussi, dangereuse, gardez-le en tête.

 

Tous les fans de sports mécaniques connaissent le Corkscrew. Beaucoup de choses s’y sont passés. C’est l’endroit qu’avait sélectionné Jorge Lorenzo pour célébrer sa victoire en 2010, vêtu d’une combinaison d’astronaute. Il simula une marche sur la lune. Un moment amplifié avec son casque spécialement décoré pour l’occasion – un Xlite X802 “Lorenzo Moon” -. Photo : Box Repsol.

Après avoir négocié le Virage 10, un virage à droite assez rapide mais classique, vous vous apprêtez à aborder le dernier virage, nommé de manière originale “Virage 11”. Ce dernier est une épingle à gauche serrée, à sortie aveugle : le muret des stands cache la vue. Il faut freiner tôt et ne pas tenter le diable. Casey Stoner, toujours en 2008 y chuta après avoir surestimé son freinage.

Bravo. Vous avez réussi à boucler le tour en un peu plus d’une minute et vingt-deux secondes, ce qui reste deux secondes plus lent que le record de piste établi en 2012 par Lorenzo. Parler des exploits, des batailles s’y étant déroulées durant les quinze Grands Prix serait interminable. Mais ayons une pensée pour Nicky Hayden, qui franchit la ligne d’arrivée en pleurs en 2006 après son triomphe. John Kocinski, personnage atypique y prit aussi une victoire pour le compte de Cagiva en 1993, un moment important.

Mais alors pourquoi ce tracé si technique, si pointilleux n’est plus au calendrier ? Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, le manque de boxes ne pouvait pas accueillir les trois catégories. Seule la MotoGP roulait de tout le week-end, ce qui n’est pas raccord avec un développement économique viable. Ensuite, ce circuit à l’ancienne ne connaît quasiment aucun dégagement, à l’heure du bitume à toutes les sauces, de toutes les couleurs aux abords de nos tracés chéris. Heureusement, le Superbike passe encore par la Californie une fois par an, ce qui permet de se délecter du soleil régional et du mythique Corkscrew.

 

Photo de couverture : Raniel Diaz



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