Il fut un temps où Andrea Iannone était considéré comme l’un des futurs prétendants au titre. Vrai chien fou en piste, il demeurait dans la discussion des artistes les plus talentueux de la catégorie. Mais depuis quelques années, la mayonnaise ne prend plus, et difficile de savoir pourquoi. Une énigme bien difficile à résoudre…

Iannone est un paradoxe. D’un côté, il impressionne depuis longtemps. Arrivé en mondial en 2005, il est un de ces italiens qui montent. Dès 2008, il prend sa première victoire en 125cc sur Aprilia, à l’occasion du Grand Prix de Chine.

2009 rime avec première alerte. S’il commence par remporter les deux premiers Grands Prix, il s’embrouille avec Pol Espargaró à Misano, se fait critiquer et perd des sponsors. Le “maniaque” avait d’ores et déjà subi les affres d’une disqualification en 2006. Courir avec le cœur est en général une chose dangereuse. Un trop plein de passion a déjà causé du tort à bien des pilotes avant Andrea.

 

En 2009, Andrea Iannone apparaît comme un potentiel prétendant au titre. Mais le manque de régularité lui joue des tours. Photo : Jose M. Izquierdo Galiot.

 

Le passage en Moto2 programmé pour 2010 lui est bénéfique. Il remporte sa première victoire en catégorie à l’occasion du quatrième rendez-vous de la saison seulement, chez lui en Italie. Une victoire historique suivie d’une deuxième aux Pays-Bas. Malheureusement, trois victoires et cinq pole ne masquent pas une irrégularité certaine. Le bilan de ses trois saisons en catégorie intermédiaire est simple à dresser : huit victoires, cinq pole positions et trois troisièmes places au général.

Ce bilan, celui d’un pilote qui a une vitesse naturelle assez exceptionnelle, est assez frustrant. Le natif de Vasto passe à la vitesse supérieure en rejoignant le MotoGP en 2013. Il est alors engagé par Ducati Pramac, et les choses se passent plutôt bien durant les premières années. Dans son coin, il monte sans – trop – faire de bruit. C’est le recrutement en 2015 par l’écurie officielle qui change tout. Remplaçant de Cal Crutchlow aux côtés d’un Dovizioso affamé, il doit prouver qu’il mérite ce guidon.

Et il confirme instantanément. Au Qatar, Andrea est déjà troisième et monte sur son premier podium. Au Mugello, il joue à domicile. Le circuit Toscan a donné des ailes à « Joe le maniaque » par le passé, et cela ne change pas. Andrea Iannone termine second derrière un Lorenzo d’un autre monde. Le manque de victoires Ducati commence à se faire sentir. Les rouges n’ont pas remporté une seule course depuis Philip Island 2010 (!), rendez vous compte.

D’ailleurs, la manche Australienne verra l’un des plus beaux efforts de la carrière de l’Italien. La course devenue mythique, offre une bataille exceptionnelle entre les cadors de la discipline. Et Iannone est de la partie. Une mouette pas assez vive n’y survivra pas. Une belle troisième place parachève la performance. Il terminera le championnat cinquième. Prometteur.

 

Iannone était déchaîné en Moto2, et marqua les esprits. Photo : Motoracereports

 

Les vrais ennuis commencent en 2016. Qatar ? Chute. Argentine ? Il chute en emmenant son coéquipier (et rival) Italien dans les derniers instants. Un désastre pour Ducati Corse qui avait l’opportunité de placer deux machines sur le podium. La série noire commence, et franchement, Iannone aura énormément de mal à s’en extraire.

Une certaine tension est de mise entre les deux Andrea, coéquipiers, compatriotes mais chacun avec beaucoup d’honneur. Iannone prend la troisième place aux États-Unis ainsi que sur le tracé du Mugello, et prend sa première victoire en catégorie reine à Spielberg. Cette victoire peut résonner de deux manières différentes. Le circuit, tout nouveau au calendrier, favorise énormément la vitesse de pointe, et donc les Desmosedici GP16. Mais quand même. Il bat « Dovi », et devient le premier à remporter une course pour le compte de la marque depuis l’ère Casey Stoner.

Et depuis… Les comptes sont mitigés. Il fait de plus en plus parler de lui en dehors des pistes, et certaines personnes du monde des Grands Prix n’hésitent pas à le descendre sur la place publique. En cause ? Son comportement parfois limite, et son image rendue sur les réseaux sociaux. Rock-star moderne ou victime de son siècle ? A vous de voir. Cependant, il est impossible de nier le talent du garçon. Un talent prouvé sur Suzuki en 2018, qui se traduira par trois podiums. Malgré cela, il est quand même envoyé chez Aprilia, ce qui est loin d’être anodin, pour être aujourd’hui dans la tourmente, rapport à une affaire de dopage.

La trajectoire d’Andrea Iannone au fur à mesure du temps est parfaitement incroyable. Ce fut un pilote extraordinaire, qui en aura fait rêver plus d’un en Moto2, n’hésitant pas à bousculer les ténors de la trempe de Marc Márquez. Mais la vie en hors des circuits joue forcément un rôle dans sa situation actuelle.

 

Photo de couverture : JoeMcGowan

Tous les articles sur les Pilotes : Andrea Iannone

Tous les articles sur les Teams : Aprilia Racing Team Gresini, Ducati Team