Figurant à la grande table des constructeurs oubliés de tous, Moriwaki a une histoire particulière. Entre déchirement familiaux et succès en mondial, voici l’histoire d’un japonais …atypique.

Le conte débute avec un homme : Mamoru Moriwaki. Pilote sans prétentions à la fin des années 1960, il se fait repérer par le désormais légendaire Hideo Yoshimura, préparateur de renom. Ainsi, il peut se faire la main, mais pas qu’en terme de pilotage. En effet, Mamoru est un passionné de mécanique, mais n’a aucun diplôme.

Qu’à cela ne tienne ! Il décide d’apprendre aux côtés de « Pops » Yoshimura la science de la mécanique. Pour la théorie ? Il emprunte des livres dans un collège, afin de perfectionner ses connaissances.

La relation entre les deux hommes se passe à merveille. D’ailleurs, Mamoru épousa même la fille d’Hideo, son patron. L’entreprise, désormais familiale fait son petit bonhomme de chemin, sans grandes prétentions. Mais au début des années 1970, le succès tend les bras à Yoshimura.

Le fameux “Moriwaki Monster” utilisé aux 8 Heures de Suzuka 1981 par les équipes de Mamoru. Photo : Rikita

La tête pleine de rêves, Hideo décide de mettre les voiles et d’aller tenter sa chance aux États-Unis. Difficile d’imaginer la tristesse de Moriwaki devant cette décision, lui qui avait toutes ses attaches au Japon. Ainsi, il décida de ne pas suivre son beau-père et resta sur les terres de ses ancêtres.

Mais un an après, Yoshimura était déjà de retour, sans le sou. Le rêve américain s’était transformé en cauchemar. Mamoru décida de l’aider financièrement; cette décision pleine de sagesse fut primordiale dans l’histoire de Yoshimura Engineering, une institution à l’heure actuelle.

De fil en aiguille, Moriwaki devint respecté dans le petit monde des mécaniciens et préparateurs d’élite. Ainsi, en 1973, il décida de fonder sa propre entreprise et de se séparer de « Pops ». Il s’était spécialisé dans la construction de cadres, et touchait des moteurs Kawasaki de très bonne facture.

C’est aux 8 Heures de Suzuka, mythique épreuve d’endurance, qu’il se fit remarquer. En 1978, Graeme Crosby et Akitaka Tomie se qualifièrent devant toutes les écuries d’usine. Deux ans plus tard, même exploit cette fois devant la Kawasaki officielle d’Eddie Lawson (!) et de l’australien Gregg Hansford.

Avec un révolutionnaire cadre en aluminium, très rares pour les grosses cylindrées, il fit débuter Wayne Gardner en personne aux 8 Heures 1981 pour une nouvelle pôle position à la clé. Les exploits du « crocodile » sur les motos japonaise lui permirent de glaner un guidon Honda quelques années plus tard, ainsi qu’un championnat du monde 500cc.

Plus tard, la marque se fit plus discrète sur le plan international. Désormais en contrat avec Honda pour les moteurs, la firme fit une brève apparition en MotoGP, de 2003 à 2005. C’est notre Olivier Jacque national qui réalisa la meilleure saison sur la MD5 en 2004, avec cinq points au compteur.

Mais l’histoire n’était pas terminée, loin de là. En 2009, la 250cc fait ses adieux au monde des Grands Prix. La catégorie historique allait être remplacée par la Moto2, des 600cc Honda identiques pour tout le monde, afin de mettre en avant le pilotage. Moriwaki y vit là une belle opportunité.

La saison 2010 de Moto2 réunit pas loin de vingt châssis différents. On peut regretter cette diversité à l’heure actuelle, ou développer un châssis Moto2 et être compétitif coûte une fortune. Mais comme disait Bernie Ecclestone : « on ne pourra jamais empêcher quelqu’un de dépenser de l’argent. » Ici, Tom Lüthi sur sa Moriwaki à Misano. Photo : Motoracereports

 

En effet, l’entreprise familiale entretenait de bonnes relations avec la firme ailée, et avait donc l’avantage par rapport aux Suter, Kalex, FTR et autres BQR. Un châssis fut donc construit.

Pour sa première année, la Moto2 compte un nombre de constructeurs présents record. C’est dix-sept châssis différents (contre cinq aujourd’hui) qui sont sur la grille au Qatar pour la manche inaugurale. Gresini décida de se fournir chez Moriwaki : coup gagnant. Toni Elías prend très rapidement l’avantage. L’ex vainqueur MotoGP déroule tout au long de la saison, sur une moto parfaitement au point à l’inverse de ses concurrents (Julián Simón, deuxième au championnat, a du changer de châssis en plein milieu de saison).

Au total, sept victoires, deux pole positions et un titre largement mérité pour l’espagnol mais aussi pour Moriwaki. Parti de rien, sans aucune formation ou diplôme, Mamoru Moriwaki est un véritable exemple pour quiconque voudrait accomplir son rêve. La persévérance, l’acharnement et la sagesse sont des clés à garder précieusement, et à utiliser au moment opportun.

 

Photo de couverture : Motoracereports



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