Quand on demande aux experts italiens comme Paolo Ciabatti ou Carlo Pernat quels sont les jeunes pilotes nationaux qui ont un bel avenir, le nom d’Enea Bastianini revient souvent, comme ceux de Lorenzo Baldassarri, Francesco Bagnaia, Luca Marini et Marco Bezzecchi. A 23 ans, Enea sur sa Kalex de l’Italtrans Racing Team les a confortés en remportant dimanche son premier Grand Prix en Moto2.

C’était sa quatrième victoire en mondial, après celles des GP de Misano en 2015 (avec le Gresini Racing Team Moto3), Motegi en 2016 (Gresini Racing Moto3), Barcelone en 2018 (Leopard Racing), toutes acquises sur des Honda Moto3. Lors de ses cinq saisons dans cette catégorie, il se classait troisième du Championnat du Monde en 2015 puis deuxième en 2016. Il passait en Moto2 en 2019, mais était blessé à mi-saison en Autriche et terminait dixième de son année de rookie.

2020 commençait bien avec un podium au Qatar, suivi dimanche dernier d’une superbe victoire de bout en bout devant Luca Marini et Marco Bezzecchi, pilotes de la fameuse VR46 Riders Academy, dont il est intéressant de noter qu’Enea ne fait pas partie.

Lors de ce dernier week-end andalou, « Après les qualifications, j’ai vu que j’avais un bon rythme, mais je ne pensais pas que ce serait suffisant pour gagner la course », a expliqué le pilote de Rimini à Matteo Aglio de GPOne.com. « Puis, après le warmup, que j’avais terminé 4e en utilisant des pneus usagés et en les emmenant sur la distance de course, j’ai commencé à me dire “peut-être que nous y sommes”. Dans la course, je suis parti pour gagner. »

S’échapper et mener est-il plus facile ou plus difficile qu’un sprint jusqu’à la ligne ?

« C’était bien de gagner comme ça (rires). Je ne dis pas que dans le dernier tour, vous pouvez vous détendre, sinon vous ne ferez qu’embrouiller les choses, mais vous pouvez lâcher prise et vous détendre un peu plus. J’ai vraiment aimé gagner avec une grande avance (NDLR : 2.153), j’aimerais bien m’y habituer (rires). Les derniers tours semblaient interminables, puis au dernier virage, je me suis retourné, j’ai vu qu’il n’y avait personne. Tout était fait. »

Un podium dans la première course, une 9ème place dans la deuxième course et une victoire dans la troisième. Quel est le vrai Bastianini ?

« J’étais aussi compétitif le weekend de Jerez 1, mais nous nous sommes un peu perdus en chemin. Lors des tests de mercredi, j’étais rapide, nous nous sommes un peu trop détendus et je n’étais pas compétitif le dimanche. »

« Le week-end suivant, nous avons récupéré les réglages du Qatar, j’ai essayé de m’adapter aux conditions de la piste et cela a payé. »

Après votre blessure en Autriche, vous avez connu une fin de saison peu inspirante l’année dernière. Que s’est-il passé ?

« Tout s’est mal passé, parce que je n’étais pas en forme et que nous avions mal travaillé, je suis sincère. Cette année, je me suis tout de suite mis en forme, dès les tests. Nous avons réussi à créer une grande harmonie au sein de l’équipe, dans le garage il y a de la tranquillité et de la sérénité. Maintenant, je me sens bien et je suis sûr que nous pourrons répéter certains résultats dans toutes les courses. »

Maintenant que vous êtes deuxième au Championnat du Monde à 2 points de Nagashima, pensez-vous déjà au titre ?

« Non, je préfère regarder les choses course par course et non le classement général. J’aimerais gagner autant que possible et ne jamais être en dehors du podium. »

Dimanche soir, Luca Cadalora nous a dit que vous aviez un grand talent mais que, dans le passé, vous manquiez de régularité.

« C’est tout dans la tête, tout part de là. La constance vient aussi quand on a de la sérénité. J’ai raté la première course à Jerez, mais j’ai tout de suite vu d’où venait le problème et j’ai essayé de me rattraper en prenant le contrôle de la situation. J’ai tout de suite réussi à trouver ma voie. Comme je l’ai dit, il faut gérer les choses, trouver la sérénité et maintenant je suis très confiant. »

Sur le podium avec vous se trouvaient Marini et Bezzecchi, qui font un peu de travail d’équipe dans la pratique. Est-ce qu’il vous manque un soutien à votre niveau dans l’équipe, car Dalla Porta est un rookie ?

« En Moto3, je me suis habitué à tout faire seul, je n’ai jamais été beaucoup aidé par mon coéquipier pour diverses raisons. Le travail d’équipe peut être payant, mais ce n’est pas forcément un avantage. »

« C’est bien de voir que Luca et Marco sortent toujours ensemble lors des différentes séances; s’ils sont devant, ils sont tous les deux devant mais la même chose se produit même lorsqu’ils sont un peu plus loin derrière, il y a des avantages et des inconvénients. »

En Moto3, vous avez eu l’occasion de courir contre Quartararo, son doublé à Jerez vous a-t-il surpris ?

« Pour dire la vérité, il m’a encore plus surpris l’année dernière, il a fait quelque chose d’incroyable, ce n’est pas facile de monter sur le podium en MotoGP autant de fois lors de votre première année. »

« Il a certainement trouvé une moto et des conditions qui lui permettent de se sentir bien et cela signifie qu’il est toujours à 100%. Il a fait deux courses, si Márquez avait été là, peut-être qu’il ne les aurait pas gagnées, mais il roule très bien. »

Avez-vous l’intention de le rejoindre bientôt en MotoGP ?

« Je ne sais pas, il semble que les portes se ferment. Je pense que si je réussis en Moto2, j’aurai des propositions intéressantes, cette année ou l’année prochaine. Pour l’instant, je ne suis pas pressé, le marché a été un peu étrange cette année. Qui sait ? On ne sait jamais. »

Baldassarri, Nagashima et Bastianini (Qatar 2020)

Marini, Bastianini et Bezzecchi (Jerez 2)

Photos © Italtrans Racing Team



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