On ne sait pas encore si le Leopardgate, l’affaire Leopard, fera parler d’elle régulièrement au fil des mois ou si elle disparaîtra dans un silence à jamais mystérieux, mais à chaud elle suscite forcément quelques réactions, à commencer par celle de l’équipe Moto3 elle-même, mais aussi de quelques figures du paddock espagnol…
Concernant le team luxembourgeois, en complément du communiqué officiel et des propos de Christian Lundberg, Canal+ a pu recueillir l’incompréhension de Miodrag Kotur, ex bras droit de Jean Todt dont vous trouverez le sympathique portrait ici.
« Effectivement, c’est une grande surprise et une terrible sanction qui nous est tombée dessus hier. En fait, on a été appelés par les stewards et par le directeur technique, peu après la MotoGP, et ils nous ont dit qu’ils ont trouvé que les stickers qui servent de plombage, de plomb en fait, ont été détériorés, ce qui les amène à dire que le moteur a été ouvert, et après une inspection de la Honda, qui dit que le moteur était certainement ouvert, mais que le moteur n’a pas été modifié, donc que le moteur ne présente aucune irrégularité.
En fait,
on a appris ça hier, mais tout commence au
Mans, où Adrian finit deuxième
et va aux vérifications techniques, donc avec
un moteur.
Et en sortant de ces vérifications techniques,
tout est normal. Après la course,
nous donnons un moteur qui est en fin
de vie à l’IRTA. Ce moteur,
nous l’apprenons donc hier,
a été ouvert en Espagne avant la course,
et le rapport
a été présenté à l’IRTA le jeudi avant
la course.
Nous n’en étions pas informés à ce moment-là,
et donc on a fait la course normalement avec
deux nouveaux moteurs, sur Pini et sur
Fernandez, en Espagne et puis après au
Mugello.
Au Mugello, après la
course, sont arrivés deux représentants de l’IRTA dans notre garage.
Je leur ai demandé ce qui
se passait. Donc ils m’ont dit qu’il y
a eu un tirage au sort
et qu’ils doivent inspecter la moto. Je dis
quelle moto ? Ils m’ont dit “les 2
motos”. Bon, je dis “c’est un drôle de tirage
au sort quand même”.
Je leur ai demandé s’il y avait d’autres équipes
à qui ils faisaient ça : “Non, non, on le fait
sur vous”.
Et donc les 2
motos ont été emmenées au parc
fermé, où elles ont été inspectées. On
nous les a retournées, on nous
a demandé d’enlever les moteurs et on nous
a demandé de leur donner aussi le moteur qui
a servi au
Mans, donc le moteur qui avait été déjà inspecté au
Mans.
On leur a
tout donné. Ils ont emmené ça, et
le jeudi ils nous ont rendu les
deux moteurs qui étaient sur les motos de
Fernandez (en fait
Pini) et d’Adrian avec lesquels ils avaient fait
la course au Mugello.
Nous attendions qu’ils nous rendent le troisième, mais comme je disais avant, ils nous ont appelés en nous notifiant que ce moteur et
le moteur qui
a été inspecté en Espagne présentaient des
stickers qui, comme je disais, servent de
plombage, enfin de plomb,
qui ont été abîmés, détériorés,
et donc ce qui les amène à
dire que ces moteurs auraient été ouverts.
Voilà, et la sanction tombe. Donc
Adrian
a été disqualifié, puisque ces 2 moteurs sont les moteurs d’Adrian, a été disqualifié pour toutes les
courses avec ses moteurs, que ce soit il y
a certaines courses, il a
fait juste la qualif, ou bien la FP1, et
il ne lui reste donc que le
Mugello.
Non, ces moteurs n’ont jamais été ouverts. Ces moteurs, nous savons très bien la sanction après qui peut arriver. Donc les moteurs n’ont pas été déclarés nonplus irréguliers, je veux dire après l’inspection. Donc on est, on est quand même assez étonnés.
On a fait appel, l’appel a été rejeté. Bah écoutez, comme tout coupable présumé, on est en droit de se défendre, donc nous préparons notre défense. Déjà, les avocates sont en train de travailler dessus. Nous avons une réunion au Luxembourg début de semaine prochaine. Nous avons 5 jours après le rejet de l’appel pour refaire un appel, et nous irons à la Cour Internationale d’Appel, et nous irons jusqu’au bout. Nous nous battrons pour nos droits parce qu’on a été vraiment endommagés au niveau de l’image de Léopard, et donc nous allons nous battre et montrer que ce qu’on nous reproche est faux. »
🗣️ "Ces moteurs n'ont jamais été ouverts"
ADRIÁN FERNÁNDEZ DISQUALIFIÉ DES 6 PREMIERS GP DE LA SAISON MOTO3 ❌
Miodrag Kotur, directeur de Leopard, exprime son incompréhension à notre micro 🎙️#HungarianGP #AdrianFernandez #Moto3 pic.twitter.com/KT1VbIRtuX
— CANAL+ MotoGP™ (@CanalplusMotoGP) June 6, 2026
Moto3 Leopardgate Moto3 Leopardgate Moto3 Leopardgate
Quelques jours plus tard, dans le cadre de l’émission « Duralavita« , Ricar Jové et Ramon Forcada ont réagi, en présence de Jorge Lorenzo.
Le premier reconnaît sa partialité et donne juste son avis : « Moi, ici, je dis juste une chose : je ne suis pas du tout impartial, je dois le préciser. Je connais bien le sujet. Je connais les personnes, les impliqués, ils ont été mes coéquipiers pendant longtemps. Je n’ai aucun doute qu’ils n’ont ouvert aucun moteur. Et le dommage, c’est que je ne peux pas expliquer quelle est la situation réelle de ce qui a pu se passer et ce pour quoi ils vont se battre sur le plan sportif. Le TAS n’est pas l’option, ils vont plutôt passer par la voie judiciaire pour prouver ce qui est pour eux une injustice provoquée. Ils devront le démontrer et se battre, car ce dont je suis certain à 100 %, c’est qu’il n’y a eu aucune tricherie. Je sais que beaucoup d’équipes dans le championnat disent maintenant : « Bon, il était temps. » Eh bien, l’envie est aussi très mauvaise, car ces gens ont beaucoup travaillé et très bien travaillé pendant des années en soufflerie. Ils ont fait une Moto3 qui, si vous la voyez, c’est une MotoGP dans les moindres détails en aérodynamique. Mille petites choses qui la rendent aérodynamiquement irréprochable. Ils travaillent très bien et ont très bien travaillé, mais j’ai bien conscience qu’il n’y a pas eu de tricherie. Très clairement. Combien de temps cela va-t-il durer ? Ça va durer, ça va être compliqué. »
Ce à quoi l’ex chef mécanicien de Valentino Rossi oppose un étonnement…
« Pour moi, vu le règlement, vu tout ce qui est sorti jusqu’à
présent, je pense que personne n’a parlé de tricherie, on a parlé
d’irrégularités, ce qui n’est pas pareil. Le sujet est que
personne, du moins d’après ce que j’ai lu, je n’étais pas sur le
circuit, l’argument du championnat est qu’ils ont ouvert les
moteurs.
Qu’a-t-on fait sur les moteurs ? Je ne sais pas, mais le règlement
ne vous interdit pas de changer les vilebrequins, le règlement vous
interdit d’ouvrir les moteurs, et c’est pour cela qu’on les scelle.
Moi, pourquoi douter d’une équipe ? Car pour moi, les équipes ne
cherchent pas à tricher, surtout avec les règlements actuels et
l’état du championnat. Mais de l’extérieur, je dois dire que je
suis surpris que le championnat, celui qui prend la décision, se
jette à l’eau avec une chose aussi grave.
Parce que vous vous dites : « Non, ce type a utilisé un filtre à
air différent, et donc on lui met une amende. » Une chose : quand
une équipe comme Leopard, avec tout le respect pour toutes les
équipes, mais ce n’est pas une petite équipe qui vient du
championnat d’Espagne, avec une équipe comme ça, si tu disqualifies
un pilote pour six courses, tu dois en être absolument sûr.
Regardez, je ne sais pas si vous vous souvenez, en 2020, l’année de
la pandémie, il y a eu une histoire avec les soupapes de Yamaha. Il
y avait des moteurs dont les soupapes venaient d’un fournisseur
externe, elles étaient différentes, de conception différente, de
fabrication différente, et il y avait 2 grammes de différence de
poids, 2 grammes. Alors on s’est dit : « Qu’est-ce qu’on fait ? »
Toutes les courses où ce moteur a été utilisé, on a retiré les
points au constructeur, car le fournisseur était externe. La
différence, c’est que le fournisseur était externe, et cela peut
arriver : tu achètes, tu fais un contrôle qualité, ça peut arriver,
et ils ont démontré que le lot était le même, identique, mais que
les soupapes étaient réellement différentes.
Dans ce cas-ci, ce qui est jugé, c’est si tu as ouvert le moteur,
non ? Pas si on t’a donné un vilebrequin léger, une bielle percée…
Non, c’est si tu as ouvert le moteur.
Pour moi, si tu dis : « J’ai un doute que ce type ait ouvert le
moteur, et cela fait qu’il l’a utilisé lors d’une qualif et au lieu
de partir d’ici, il part dernier ». Bon, mais quand tu dis : « Non,
je le disqualifie pour six courses »… Tu pourrais te tromper, mais
tu dois en être absolument sûr. Sinon, c’est ce que je dis :
parfois tu te dis, je vais prendre cette mesure.
»
Ricar Jové s’enfonce alors dans une possibilité quasiment complotiste…
« C’est là que j’aimerais te répondre, mais je ne peux pas, car je compromettrais le recours légal qu’aura cette histoire et les arguments. Mais garde à l’esprit qu’il y a une clé, je dis juste ça, c’est la garde. Bien sûr. Mais ces moteurs, à quel moment, et tu le sais, quand on vérifie une moto, un membre de l’équipe doit être présent, etc. C’est la clé, la garde : au moment où ces moteurs ont été récupérés, entre les mains de qui ils étaient et à quel moment. Et je ne peux en dire plus. »
Jorge Lorenzo demande alors un peu naïvement : « Crois-tu qu’il y aura justice ? Si vraiment ils sont innocents, les juges les déclareront innocents.
Ricar Jové a décidément réponse à tout : « Ce sera très difficile. Selon moi, il n’est même pas nécessaire qu’ils aillent devant le TAS. Car le TAS, pour moi, c’est – bon, je ne vais pas dire quoi – mais c’est un organe qui est subventionné par les fédérations elles-mêmes, donc tu n’en tireras pas grand-chose. Je parle déjà de la justice ordinaire. »
Ramon Forcada répète : « Il n’est même pas besoin
d’ouvrir les moteurs. Dès que tu casses le sceau, le problème est
là, pas besoin de l’ouvrir.
C’est pourquoi je te dis que je suis très étonné qu’un type se
jette à l’eau et dise : « Non, je disqualifie ce type pour six
courses » s’il n’est pas sûr à 100 % qu’il a ouvert le moteur. Non,
il peut se tromper, mais il est convaincu. Il y a une personne qui
dit : « Ceci est cassé. » Puis la décision est prise et
communiquée, comme tu veux. Mais il y a un commissaire, un
technicien, qui dit : « Tu as ouvert ceci. » Il faut être très,
très clair, comme tu dis. Il peut se tromper, mais il en est sûr.
»
Au vu de la sanction infligée, il est évident que les
Commissaires FIM MotoGP sont intimement persuadés, sans doute à
juste titre, que les moteurs ont été ouverts, d’autant que le
Leopard Racing est loin d’être une équipe de seconde zone à qui ont
peut faire avaler n’importe quoi.
Pourquoi ?
Le paddock fourmille de réponses éventuellement plausibles que l’on
s’abstiendra bien évidemment reporter ici…
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