Troisième du championnat 2015 et second de celui de l’an dernier, c’est logiquement en favori que se présentait à cette échéance 2017 un Enea Bastianini passé du team Gresini à celui d’Estrella Galicia en Moto3. Une saison qui a commencé avec une domination des Honda lors des deux premiers Grands Prix. Justement, l’Italien en a une. Seulement voilà, on le cherche désespérément en haut des classements. Bastianini est nulle part, et pas qu’un peu. Il ne décolle pas du fond de la hiérarchie. Une vraie désillusion.

Un marasme d’autant plus inquiétant qu’il ne s’explique pas seulement par la technique. La Honda de l’année n’est  pas seule en cause. Il y aussi la greffe de l’Italien à la culture espagnole de la course. Une rigueur et une méthode qui ne semblent pas convenir à Bastianini. C’est du moins le constat fait par le patron de l’équipe Jordi Arquer sur crash.net.

Un constat sans appel qui se fait l’écho de résultats sans saveurs. Dix-huitième au départ d’un Grand Prix du Qatar terminé seizième puis quinzième sur la grille d’un rendez-vous argentin qui s’est conclu à une piteuse vingt-septième place, ce n’est rien de dire que Bastianini déçoit. Pendant ce temps, Joan Mir, McPhee et Jorge Martin montaient sur les deux podiums mis en jeu avec la même Honda. Et l’équipier Aron Canet terminait quatrième à Losail et onzième à Termas de Rio Hondo.

Alors ? Alors le mal est profond : « certains pilotes se sont mieux adaptés que d’autres au nouveau châssis Honda et Enea a notamment besoin d’une grande confiance en l’avant car il freine très tard. Or il n’est pas à l‘aise actuellement. Mais il y a d’autres raisons » affirme Jordi Arquer.

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Il poursuit : « nous constituons une pyramide faite de pilotes que nous connaissons depuis l’âge de 11 ans. Nous avons une méthode de travail que nous leur inculquons et nous apprenons des uns des autres. C’est plus facile de s’adapter lorsque l’on a été formé à cette façon d’évoluer. Ainsi Aron Canet, qui était déjà dans la famille. Mais lorsque vous venez d’autres horizons, avec une autre expérience, c’est plus difficile ».

Mais quelle est donc cette méthode ? « C’est une recette générale qui s’applique autant lorsque vous êtes à la maison que lorsque vous vous entrainez, jusqu’à la façon de communiquer avec l’équipe. Elle donne une discipline à avoir dans un secteur et une autre à adopter dans un autre. Nous travaillons aussi sur ce qui se passe sur la piste en donnant un relevé de tous les chronos au pilote. C’est peut-être inédit en Moto3, mais c’est comme ça que font les pilotes en MotoGP et c’est le genre de système professionnel que nous voulons donner à nos pilotes, qu’ils aient, 12, 16 ou 18 ans ».

Une discipline de fer qui peut avoir ses inconvénients : « nous ne prétendons pas que c’est la meilleure méthode, mais c’est notre méthode » précise le Général en chef. « Nous faisons la même chose avec nos techniciens. Nous mettons en place le plan de travail tous les matins, nous structurons chaque séance d’essais. Nous prévoyons le nombre de tours à faire avec un certain type de réglage. Tout est organisé. Toutes les équipes ne travaillent pas comme ça ».

Au vu de la situation de Bastianini, on peut se dire que l’Italien n’est pas du genre à marcher au pas. Ou qu’il n’est pas capable de transcender un talent naturel, ce qui ferait de lui déjà un pilote au maximum de ses dispositions : « on nous dit trop rigides, mais c’est tout le contraire » insiste le patron qui jure avoir une certaine flexibilité : « nous devons comprendre le pilote mais aussi lui faire comprendre ce qui est le mieux pour son avenir ».

Enea Bastianini devra donc se soumettre ou se démettre : « il est le genre de pilote à se révéler en course. Mais nous essayons de lui apprendre à se donner à 100% dès les premiers essais pour avoir une moto prête pour les qualifications et, de là, avoir une moto prête pour la course ». Visiblement, il va en falloir des cours. Mais Bastianini est-il du genre élève assidu ?



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