Suite à l’incendie qui a détruit toutes les installations MotoE cette nuit à Jerez, nous avons souhaité faire le point avec Hervé Poncharal qui, à la fois aligne 2 motos dans cette compétition, et est particulièrement bien informé, de part sa fonction de président de l’IRTA.

Comme vous allez le lire, un trait particulièrement marqué de ces hommes présents dans le paddock est d’être avant tout des compétiteurs, de ne jamais s’apitoyer sur leur sort, et de toujours, et tout de suite, regarder vers l’avant…

Hervé Poncharal, comme toutes les équipes présentes à ce test MotoE à Jerez, vous avez perdu tout votre matériel. Que ressentez-vous ?

Hervé Poncharal : « avant tout, je tiens à dire de manière claire que c’est un énorme soulagement de savoir que personne n’a été physiquement touché. Il n’y a eu aucun blessé, et c’est quand même la chose de très très loin la plus importante. Cela nous a tous soulagés car, bien évidemment, nous avons tous vu les images et les vidéos diffusées sur Internet, et avant d’avoir des informations rassurantes et fiables à 100 %, on était tous inquiets. Ça, c’est la première chose, et c’est très très important car même si c’est un mauvais coup qui va impacter le championnat de manière relativement importante, ça ne reste que du matériel.

Ce que je peux dire, de manière claire et ferme, c’est-à-dire à 100 %, c’est que la volonté de Dorna, Energica, Enel et de la totalité des équipes qui sont impliquées, c’est : « on veut rouler en MotoE en 2019 », et il nous a été confirmé par toutes les parties prenantes que la Coupe MotoE aura bien lieu en 2019. Une chose est certaine, c’est qu’il y a encore pas mal d’interrogations aujourd’hui, donc je ne peux pas être affirmatif sur quand, comment et où. Par contre, il y a aujourd’hui une enquête de police pour déterminer les causes exactes de ce départ d’incendie. Il y a tout un tas de spéculations et je ne rentrerai pas dedans. Comme d’habitude, les gens qui parlent les premiers ne sont pas nécessairement les mieux informés, donc laissons les spécialistes de Enel, d’Energica et les gens qui encadrent le championnat travailler avec les enquêteurs, et on connaîtra relativement tôt la réelle cause.

Je ne sais pas réellement ce qui s’est passé, mais concernant le véhicule électrique qui est amené à prendre de l’essor et à devenir un véhicule beaucoup plus populaire dans les années qui viennent, la charge des batteries, et la charge rapide des batteries, est un des plus gros problèmes. Il y a aussi l’autonomie mais si on arrive à charger relativement rapidement, celle-ci va grandir. Enel et Energica sont à la pointe dans ce domaine, et donc ils testent. Je ne sais pas ce qui s’est passé mais grâce à l’enquête des techniciens et de la police, on saura exactement ce qui s’est produit, car de toute façon il s’est forcément passé quelque chose.

Évidemment, après, il y aura des discussions avec les assureurs des différentes parties en place. Il est certain qu’aujourd’hui tout, on peut dire que tout a été perdu. Sous cette immense tente qui était en fin de compte l’intégralité du paddock MotoE, avec les bureaux et les boxes de toutes les équipes engagées, il y avait les motos, l’outillage, les affaires des pilotes, le matériel informatique des équipes, les stocks de pièces détachées, les chargeurs, etc., le tout gardé par un service de sécurité. Tout a disparu.

Aujourd’hui, il est certain que le test qui était prévu en avril à Jerez n’aura pas lieu, tout comme la course qui devait avoir lieu durant le Grand Prix d’Espagne début mai. Il y a de fortes présomptions pour que le championnat ne soit pas prêt non plus pour la 2e épreuve qui était programmée lors du Grand Prix de France. Pour Jerez, c’est 100 % sûr, et pour Le Mans, il n’y a pas encore de position à 100 % mais on peut dire que c’est très très compliqué de l’envisager. En tout cas, il a été décidé qu’une séance d’essais de 3 jours aura lieu avant la première épreuve MotoE. Ça c’est clair.

Après, on est en train de réfléchir… Évidemment, Energica peut mettre suffisamment de personnel pour remonter des motos dans un délai d’environ un mois et demi, mais il reste beaucoup d’interrogations au sujet des sous-traitants et fournisseurs externes, ce qui empêche de se positionner aujourd’hui. Cela concerne par exemple les batteries, Dell’Orto, les fabricants de freins, de châssis et de carénages. Ce sont des choses que l’on ne maîtrise pas encore aujourd’hui.

On s’est donné une quinzaine de jours pour que tout soit fixé à 100 % concernant les futures dates.

En tout cas, franchement, cela a été une grande tristesse ce matin, parce que la première journée s’était très bien passé. J’ai parlé à mon équipe et à mes pilotes Kenny Foray et Héctor Garzo, et tout le monde était content de continuer à découvrir et à apprendre à gérer et exploiter ce matériel. Si Kenny a fait son chrono avec une batterie pas complètement chargée, Héctor a pu faire le 3e temps et tout le monde était motivé pour mettre en application aujourd’hui de nouvelles idées. Et je pense que c’est pareil pour les autres équipes : l’état d’esprit est positif et l’envie de continuer à travailler bien réelle.

C’est donc vraiment dommage car tout était sur les rails et fonctionnait bien, et on peut dire que c’est un dur coup du sort, mais il faut relativiser : les motos fonctionnent bien, les pilotes prennent du plaisir et les techniciens aussi. Energica, qui sont sans doute les personnes les plus touchées parce qu’ils ont perdu une vingtaine de motos et que c’est quand même une petite boîte en devenir, pour être complètement démoralisée. Au contraire, d’après ce que m’a dit Nicolas Goubert, le boss de l’encadrement de ce championnat, avec qui je viens d’échanger, ce sont les premiers à vouloir aller de l’avant. Donc coup du sort, oui, mais baisser les bras, jamais ! »

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