KTM n’est plus tout à fait le constructeur qui est arrivé en MotoGP il y a dix ans. Après la crise qui a menacé jusqu’à son existence, le passage sous le contrôle de Bajaj et désormais l’arrivée de Günther Steiner à la tête de Tech3, Pit Beirer décrit une organisation profondément transformée. Et l’ancien patron de Haas en Formule 1 semble déjà avoir bousculé les habitudes de Mattighofen.
Günther Steiner n’est pas arrivé en MotoGP pour jouer le rôle d’un simple propriétaire d’équipe satellite. Pit Beirer l’a manifestement déjà compris. Après le rachat de Tech3 par le groupe d’investisseurs emmené par l’ancien patron de Haas, KTM découvre un partenaire beaucoup plus exigeant et indépendant. Et cela semble parfaitement convenir au patron de KTM Motorsport.
Pit Beirer : « Il exige des résultats et des réponses claires »
« Nous entretenons une relation exceptionnelle avec Günther », explique Beirer à GPone. « C’est une figure emblématique du paddock. Il est déterminé, très impliqué, direct et franc. » Une qualité accompagne surtout ce caractère : Steiner ne semble guère intéressé par les habitudes historiques de KTM. « Il ne se soucie pas de ce qui se faisait il y a cinq ou dix ans. Il veut le meilleur pour son équipe. »
Voilà qui pourrait modifier profondément la relation entre Tech3 et son constructeur. Sous Hervé Poncharal, Tech3 était devenu un partenaire extrêmement proche de KTM. Beirer reconnaît d’ailleurs que le Français a été « un partenaire fantastique ». Mais avec Steiner, KTM retrouve face à elle une véritable équipe indépendante. Et Beirer semble désormais considérer cette autonomie comme une force. « Nous étions peut-être trop ouverts à l’idée d’avoir quatre pilotes d’usine », reconnaît-il.
La nuance est importante. Tech3 ne doit plus nécessairement fonctionner comme la deuxième moitié d’une structure KTM à quatre pilotes, mais comme une équipe disposant de ses propres ambitions. « Il exige des résultats et des réponses claires. Il nous pousse à nous dépasser. »

KTM n’est plus l’entreprise de Stefan Pierer
Cette transformation de Tech3 intervient alors que KTM elle-même a profondément changé. Lorsque le constructeur est arrivé en MotoGP, son identité reposait encore largement sur le motocross et le tout-terrain. « J’étais le spécialiste du tout-terrain », se souvient Beirer.
Le Moto3 puis le MotoGP ont progressivement transformé l’entreprise, au point d’influencer directement sa gamme de motos de route. Mais la transformation la plus brutale est évidemment beaucoup plus récente.
La crise de 2024-2025 a provoqué le départ de Stefan Pierer et bouleversé la structure de propriété du groupe. « Certains pensaient que c’était la fin pour nous dans le paddock. Ce n’était pas le cas. Nous sommes là et nous sommes déterminés. »
Beirer insiste alors sur un acteur devenu incontournable : Bajaj. « Sans Bajaj, nous ne serions pas là » Le patron de KTM Motorsport ne cherche pas à réécrire l’histoire. « Je tiens à remercier la famille Bajaj. Sans eux, nous ne serions pas là. »
Le groupe indien n’aurait pas seulement permis de stabiliser KTM financièrement. Selon Beirer, c’est également lui qui a donné son feu vert au maintien du programme MotoGP. Un détail l’a particulièrement marqué : voir Rajiv Bajaj en Inde portant un maillot KTM Racing. « J’en suis resté sans voix. C’était un message clair. »
Après avoir craint pour son existence, KTM possède donc désormais ce que Beirer considère comme deux éléments essentiels : une structure de propriété clarifiée et un propriétaire qui croit encore à la compétition.
KTM veut maintenant redevenir un problème pour les autres
La survie ne suffit cependant plus. KTM doit désormais retrouver les performances qui avaient fait de la RC16 l’une des principales rivales de Ducati. Et un premier verrou vient justement de sauter avant Aragon : grâce à l’accord des autres constructeurs, KTM a été autorisé à intervenir sur ses moteurs scellés afin de corriger le composant défectueux qui avait obligé l’équipe à limiter leur utilisation.
Beirer remercie d’ailleurs explicitement ses adversaires pour leur « fair-play ». Le constructeur peut maintenant se concentrer à nouveau sur la performance. Et dans cette nouvelle KTM, Günther Steiner pourrait devenir un allié particulièrement inconfortable : indépendant, impatient et suffisamment proche du constructeur pour lui demander des comptes.
Après avoir été sauvé par Bajaj, KTM entre ainsi dans une deuxième phase de sa reconstruction. Cette fois, il ne s’agit plus de survivre. Il s’agit de redevenir compétitif. Et avec Steiner dans le garage voisin pour réclamer des résultats, Pit Beirer sait déjà qu’il ne pourra plus se contenter de promettre qu’ils y arriveront.










