Le mardi après-midi précédant le Grand Prix de France est assurément le meilleur moment pour interviewer longuement Guy Coulon, le responsable technique du team Red Bull KTM Tech3 !

L’homme est en effet déjà présent sur le circuit Bugatti au Mans, mais les camions dorénavant bleus et orange de l’équipe française doivent être alignés au centimètre près, équilibrés horizontalement et lavés avec soin avant que l’on commence à décharger le matériel pour remplir les box… Et conséquemment « perdre » celui que l’ensemble du paddock considère comme un infatigable sorcier.


Guy Coulon, après le mini débriefing que nous avons fait la dernière fois, peut-on dresser un bilan plus en profondeur, suite aux 4 premiers Grands Prix de cette saison 2019 ?

Guy Coulon : « on a été pas mal au Qatar et en Argentine. Au Qatar, on avait fait des essais avant, donc dans notre cas, ça aide. En Argentine, on a trouvé un assez bon équilibre dès la première séance, ce qui aide aussi, car c’est ça que l’on craint : quand tu ne connais pas la moto, quand le pilote n’a pas d’expérience avec, car il n’a jamais roulé en MotoGP, aucun de ces éléments ne pose un problème en soi, mais quand tu les mets tous ensemble, ça devient plus compliqué ».
« À Austin, on a eu du mal. Ce qui nous a aussi handicapé, c’est qu’on n’a pas roulé le samedi matin et que l’après-midi la piste était pourrie. Tout le monde était assez loin des temps et, de toute façon, pas en condition d’améliorer sa moto. Ça nous a donc coûté un peu là-bas, mais vous allez me dire que c’est pareil pour tout le monde. Oui, mais si tu n’as que deux séances et que tu as tout à apprendre, c’est moins pratique que pour ceux qui sont déjà venus et qui ont des bases ».

« À Jerez, on a aussi eu du mal alors que c’est un circuit qu’il (Miguel Oliveira) aime bien, mais très clairement beaucoup moins qu’aux essais hivernaux où on était très très loin. En temps, on s’est plutôt pas mal rapproché, mais pas suffisamment pour être dans les points ».

« Les changements de direction ne sont pas toujours faciles à gérer, donc sur les circuits larges comme le Qatar ou l’Argentine, ça gêne moins. On le gère plus facilement car quand la piste est très large, les changements de direction sont plus coulés, ou alors comme en Argentine où tu as des changements de direction mais après des gros freinages et à des très basses vitesses. Alors qu’à Jerez, c’est un faux circuit lent car le circuit est sinueux mais ce sont des cassures très sèches et très rapides. En tout cas, Pol a plutôt bien négocié, et nous beaucoup moins bien ».

Pol Espargaró négocie cela comment ? En force ?

« Oui, mais ça c’est son style ! Mais je pense qu’il y a une limite à ce style là, c’est-à-dire que tu peux faire bien, mais tu ne peux pas faire excellent. Il faut donc contourner l’obstacle autrement ».

Quels travaux ont été faits sur la moto ?

« Là, petit à petit, les priorités ont été de rendre la moto ” amicale ” pour les mécaniciens et pour le chef mécano, pour faire les réglages. Dans ce domaine, étape par étape, on commence à être pas mal. Le nouveau cadre que l’on a eu à Jerez est dans cette optique là : ce n’est pas pour améliorer les performances, c’est pour améliorer les vitesses de changements de réglages, pour tester plus de choses pendant les séances. Ça, ça va dans le bon sens ».

Quel est le point faible de cette moto ?

« Il n’y a rien qui ne va pas ! On n’a pas un domaine que l’on pense être un frein et qui pourrait être un pas en avant si on travaillait dessus. Non, on n’en est pas là, où on est mieux que ça ! Pour le dire autrement, tout va bien mais il faudrait que tout aille un peu mieux. Mais ça commence à être dans la finesse, parce que là, quand on se bat pour marquer des points, on se bat avec Lorenzo ! Ça donne une idée de la situation ».

« Si on fait le point sur Jerez, on trouve dans les 10 premières secondes de la Suzuki, de la Yamaha, de la Ducati, et une Honda qui gagne. Par contre, dans le ventre mou des 10 secondes d’après les 10 premières secondes, il y a 4 Honda ! 4 Honda, des KTM et des autres motos. Pour beaucoup de gens, la Honda est une très bonne moto, mais s’il n’y a pas Márquez dessus, c’est une moto de mid-pack. À part un petit exploit de temps en temps de Cal (Crutchlow), parce qu’il s’y emploie, fort, comme Márquez. Je pense que la Honda n’est pas une moto facile. Pour moi, clairement, ce sont les deux 4 cylindres en ligne qui sont les meilleures motos du plateau, parce que le 4 cylindres en ligne est le meilleur moteur pour faire une bonne MotoGP. Pour faire plus facilement une bonne MotoGP ! Avec le V4, c’est très très compliqué ! Et en caractère moteur, et en disposition des éléments, et en poids ! ».

Parlons un peu de ce moteur…

« Il manque peut-être un peu de vélocité, mais on a un moteur qui paraît agréable. Il vibre un peu trop mais il est agréable pour le pilote, avec du couple assez bien placé. Je pense aussi qu’on a une très bonne électronique. Au début, c’était pour nous d’autres langages et d’autres façons de faire, donc ça a été très compliqué, mais je crois qu’on a une très très bonne électronique. En tout cas, pour ce qui est de notre équipe, on travaille avec des techniciens qui sont très compétents et qui font avancer les choses. Les ingénieurs de chez nous qui sont au contact de ces personnes sont en train de sérieusement élever leur niveau ! Il y a un monde entre être simplement utilisateur d’une moto japonaise prédigérée et participer activement avec ceux qui écrivent les lignes de code des programmes. Cela donne une qualité technique supérieure à l’équipe et, à coup sûr, cela va faire des gens de valeur, petit à petit au fur et à mesure de cette année et des années futures ! Un peu comme quand on faisait nos Moto2, où on a appris beaucoup de choses. Ça, c’est le côté agréable de l’affaire, même si on fait beaucoup d’heures, parce que plus vous êtes loin au classement, plus vous travaillez longtemps le soir, et plus vous êtes fatigués, mais les gars qui sont dessus montent en niveau. Ce seront sûrement des gens très appréciés pour leur qualité dans pas très longtemps (rires) ».

En faisant la synthèse, on entend là un discours plutôt rempli de satisfaction et de motivation, ce qui pourrait paraître quelque peu décalé avec les premiers résultats…

A suivre…

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