Lin Jarvis n’a pas eu un rôle facile lorsqu’il lui a fallu se soumettre à l‘exercice du bilan et des perspectives pour la marque Yamaha. Car les M1 n’ont fait illusion qu’un temps dans cette saison qui se termine en queue de poisson avec une sanction et la perte du titre pilotes. Pourtant, la machine d’Iwata revendique sept victoires en treize courses disputées, dont six ont été récoltées par l’équipe satellite Petronas. Par ailleurs, trois sont dues à la machine dite « A-Spec », soit celle de l’an passé mise à jour. Reste que les trois pilotes de pointe ont des revendications à faire valoir et une lassitude assumée de problèmes récurrents. 2021 devra être d’un autre tonneau et c’est justement pour ça qu’a été recruté Crutchlow. Oui, mais voilà …

Lin Jarvis est un patron aux sentiments mitigés en cette fin de campagne 2020. Ses Yamaha ont perdu le combat pour le titre, se sont révélées fragiles, au sens propre comme au figuré, et pourtant, elles ont gagné la moitié des épreuves au calendrier. Cependant, leur irrégularité due à leur faiblesse et le partage des points récoltés ont été rédhibitoires face au rouleau compresseur d’un seul homme avec une seule machine : Joan Mir et la Suzuki. Et maintenant ?

En 2021, il y aura d’abord chez Yamaha un changement de génération. Une bascule qui sera marquée par l’arrivée de Fabio Quartararo en lieu et place d’un Valentino Rossi qui poursuivra au sein du team satellite Yamaha : « ce sera un changement, sans doute, ce sera différent quand Vale emménagera dans la boîte d’à côté » commence Jarvis qui précise : « il recevra un traitement officiel, il aura une moto officielle avec les mêmes spécifications que les pilotes officiels. Il est vrai que certaines mises à jour techniques parviendront d’abord à l’équipe officielle, mais Valentino est un élément très important pour la collecte des données. Je crois que la façon dont la moto est développée ne changera pas de manière décisive ».

« La signature de Crutchlow est une déclaration d’intention »

Une dernière phrase qui interpelle au vu du résultat de la politique actuelle. Qui, et c’est le moins que l’on puisse dire, ne donne pas que des satisfactions. Mais Lin Jarvis est un équilibriste doublé d’un contorsionniste… « La signature de Crutchlow est une déclaration d’intention » assure Jarvis. « Nous sommes pleinement convaincus que nous avons choisi la bonne personne : un travailleur acharné qui a faim de se joindre à notre projet. Nous ne referons pas la même erreur : nous mènerons un programme de tests plus dense l’année prochaine. Nos ingénieurs ont recueilli beaucoup d’informations et vont modifier le châssis, en se basant également sur les tests d’avant-saison et les indications de Cal. Nous sommes convaincus que nous pouvons résoudre ce problème pour l’année prochaine ».

On note que l’homme de Yamaha ne s’attarde pas sur le moteur, mais bien sur le châssis… « Dès que nous avons gagné à Jerez, nous avons aussi découvert notre talon d’Achille : le problème de soupape. Déjà lors de la FP1, Maverick en avait été victime, puis Valentino avait dû abandonner dans la première course et Franco dans la seconde. Cela nous a suivis toute l’année et, dans certains cas, cela a empêché nos pilotes d’obtenir de meilleures performances » reconnait-il néanmoins. « Nous avons dû modifier le moteur, le baisser en puissance. Finalement nous avons décidé de payer la pénalité, ce qui a affecté le titre de constructeur et le titre d’équipe, mais heureusement pas les pilotes ». Une façon de voir les choses qui en a surpris plus d’un…

Mais revenons au châssis : « nous avons eu des problèmes d’adhérence, de traction et de freinage. Dans certaines circonstances, nous avions deux spécifications différentes sur la piste : trois pilotes avec la nouvelle moto et Morbidelli avec la version 2020 A, qui a une base différente. Au second semestre, il a gagné trois courses, il est l’homme le plus en forme alors que les autres se débattent. La moto n’a pas pu atteindre de manière constante les performances que nous espérions sur tous les circuits, en raison de problèmes de conception fondamentaux, qui n’ont rien à voir avec des problèmes de soupapes ». Lin Jarvis a donc défini la feuille de route. Reste à savoir comment elle sera suivie du Japon…



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