En ce jeudi 10 septembre, Johann Zarco a répondu aux questions des journalistes depuis Misano en prélude au Grand Prix de Saint-Marin.

Nous sommes allés écouter (via un logiciel de téléconférence) les propos du pilote français.

Comme à notre habitude, nous reportons ici les paroles de Johann Zarco sans la moindre mise en forme, même si la première partie est traduite de l’anglais.


Johann Zarco : « Je vais bien mieux qu’il y a deux semaines et je pourrai piloter sans aucun problème. Peut-être juste une petite douleur, mais pas une douleur qui pourrait m’affaiblir, donc c’est super. Physiquement, j’ai donc pu beaucoup m’entraîner, et à cet égard la course à pied est toujours un très bon moyen de savoir si vous êtes en bonne forme ou pas. Et je dirais que le corps suit bien. Nous verrons ici à Misano, qui est un circuit que j’aime et où j’ai eu à de nombreuses reprises un bon feeling et de bonnes performances. Donc je pense qu’avec la Ducati, il est également possible d’y être très rapide. Ils ont énormément d’informations sur cette piste, également grâce au test qu’y a fait Michele Pirro. Nous continuons toujours à faire des petites choses pour avoir un meilleur feeling et m’améliorer, donc je pense que tout est sous contrôle et j’espère vraiment être au niveau pour me battre pour le podium. Ce serait fantastique car depuis la République tchèque, cela a toujours été mon souhait, ou même mieux, mais après la République tchèque et également avoir vu de nouveaux pilotes remporter la victoire, ça me donne la motivation pour me battre pour le même objectif. Non, je peux dire que c’est clairement mon souhait, même si on ne sait jamais comment va se dérouler le week-end. »

Dans une interview, vous avez évoqué la possibilité de « monter » chez Pramac ou dans le team officiel…

« Quand je dis monter chez Pramac ou dans le team Factory, j’utilise le mot monter car il s’agit de passer d’une moto 2019 à une 2020. Le team Pramac est quasiment au même niveau que le team Factory, et c’est pour cette raison que dans les deux cas, ce serait quoi qu’il en soit super option. Mais l’avantage que j’ai en ayant déjà maintenant un contrat avec Ducati, c’est que mes gars, du moins les principaux, vont me suivre, que j’aille dans le team Factory ou chez Pramac, pour ne pas avoir à construire une nouvelle relation avec une nouvelle équipe et perdre quelques jours de travail pour apprendre à se connaître. C’est pour ça que ce que nous avons créé cette saison sera utile l’année prochaine. »
« Oui, pour moi, être dans le team Factory, c’est prendre la place de Dovizioso qui est un prétendant au podium chaque week-end et qui se bat pour le titre. Ils perdent ce pilote très important et ils ont besoin d’un autre pilote aussi fort, et j’adorerais être à ce niveau dès que possible, se battre pour le championnat est clairement l’objectif dès que je serai à nouveau prêt. Et le feeling arrive, donc il y aurait une sorte de logique dans le fait que si je me bas pour le podium, je peux alors mériter une moto d’usine. Ils ne me l’ont pas dit de cette façon, mais je veux le voir comme ça. Comme je l’ai dit, que ce soit Pramac ou le team Factory, je peux avoir le même objectif pour l’année prochaine. Simplement, être dans le team d’usine est extrêmement prestigieux car tout est “plus”, et il serait stupide de refuser. »

Le test effectué par Michele Pirro peut-il vous être utile, pour ce qu’il a été effectué avec une GP 20 et que vous avez une GP 19 ?

« Oui, car cette année il n’y a pas beaucoup de différence entre les deux motos. Il s’agit avant tout d’informations concernant les pneus et l’adhérence de la piste. Je ne me focalise pas trop sur la moto 2019 ou 2020, mais plus sur les retours qu’il a eu. »

Juste pour être sûr, vous dites que vous amènerez avec vous Marco Rigamonti l’année prochaine ?

« Oui ! Sauf si je ne me sentais pas bien avec lui, mais je me sens bien avec lui (rires). Donc lui et le technicien en charge de l’électronique me suivront. »

Cette semaine, Paolo Ciabatti a dit qu’à 100% vous seriez avec Ducati l’année prochaine. Avez-vous déjà signé un contrat ?

« Non, je n’ai rien signé, mais vraiment, de la façon dont j’ai débuté ma relation avec eux, je peux avoir confiance heureux. Je l’espère (rires) ! Quoi qu’il en soit, je serai toujours avec eux l’année prochaine mais ils ont encore besoin d’un peu de temps, car ils doivent décider entre Pecco et moi. Ils ont besoin de temps car Pecco a été blessé et il faut voir ce qu’il va faire lors de ces deux courses consécutives. »

Comme le veut la stratégie de Ducati, vous aurez un contrat d’un an. Préféreriez-vous un contrat de deux ans pour avoir moins de pression la première année ?

« D’un point de vue économique, c’est toujours mieux d’avoir un contrat de deux ans. Je pense que c’est là où c’est le plus important. Mais je n’ai pas encore de contrat, donc si mes résultats sont très bons, j’aurais peut-être une chance d’avoir un contrat de deux ans. Soit vous en savez plus que moi, soit il y a peut-être une chance d’avoir un contrat de deux ans. Nous verrons. Je ne sais pas. »

Les traditionnelles bosses que l’on rencontre à Misano peuvent-elles être un problème lors de la course de dimanche ?

« Il semble que les bosses sur la piste sont toujours là à Misano, même quand ils refont l’asphalte. Cela vient de très profond dans le sol et ils devraient tout reconstruire s’ils voulaient enlever les bosses. Mais avec un nouveau tarmac, il y a toujours une meilleure adhérence, donc c’est mieux pour les pilotes. En ce qui concerne les bosses, vous vous habituez et il n’y aura jamais autant de brosses que ce qu’on peut avoir au Texas. De toute mon expérience, Austin est le pire et c’est vraiment très compliqué. Je ne pense donc pas que nous aurons un grand problème avec ses bosses car elles seront mêmes endroits qu’avant et tout se passera bien. »

Que pensez-vous de la montée en puissance des KTM ?

« Le pas en avant qu’a fait KTM est très impressionnant. Ils l’ont fait en début de saison, cet hiver, en changeant beaucoup de choses. C’est bien pour eux car ils ont très bien géré : Pol attaque toujours avec son style mais il est rapide et le plus apporté par Brad Binder est également très intéressant pour eux. Après la première victoire qu’ils ont remportée, j’ai dit à Brad que c’était mieux pour lui que pour moi, car j’étais très heureux avec les Italiens et avec Ducati. Donc c’est très impressionnant. Quant à la première victoire d’Oliveira, je ne m’attendais pas à ce que Tech3 puisse gagner une course avec KTM : S’ils ne l’avaient pas fait avec Yamaha, ils ne le feraient pas avec KTM ! Mais ils l’ont fait, et c’est bien ! Et cela m’apporte la motivation de me dire “pourquoi pas moi ?”. Cela vous aide à vous pousser vous-même, car vous avez moins le sentiment de penser que battre Marc est trop compliqué et qu’être deuxième est être le premier derrière Marc. Non, Marc n’est pas là, nous le savons, et on peut le sentir. »

Vous dîtes que vous serez chez Pramac ou chez Ducati l’année prochaine. Pas Avintia ?

« C’est quasiment sûr que je pourrais monter avec la moto car le travail que j’ai fait a été bon et ils sont heureux des informations que je leur donne. Nous avons débuté une bonne relation de travail ainsi que de performances, donc c’est bien pour moi, mais c’est aussi bien pour eux de recueillir dans le futur mes informations sur la nouvelle moto. »

Y a-t-il une deadline ?

« Je ne suis pas trop stressé car j’ai déjà la confirmation que quoi qu’il se passe je resterai avec Ducati avec, je ne dirais pas quelque chose de mieux mais quelque chose de nouveau pour évoluer. L’année dernière, après le dernier Grand Prix, je ne savais même pas où aller, donc dans mon cas, je ne stresse plus si je ne sais pas maintenant. Et c’est logique car ils doivent attendre un peu puisque le choix est entre Pecco et moi. Nous verrons ce qui est possible, mais je pense qu’il serait trop critique de prendre une décision maintenant. »

Peut-on dire que dorénavant, battre Pecco Bagnaia sera votre objectif ?

« La meilleure mentalité est de ne pas de voir ça de cette façon car si Pecco subit de la douleur et finit 15e, et que je finis 14e, aucun d’entre nous de sera prêt à aller dans le team d’usine ! Et ce sera alors compliqué pour Ducati. J’espère vraiment que ce sera difficile de décider pour Ducati car nous nous battrons tous les deux pour le podium. J’espère que la situation sera comme ça. »

Tu disais que le freinage de la Ducati était le domaine le plus difficile à maîtriser. Ici, à Misano, il y a beaucoup de freinages sur l’angle. Cela va être intéressant…

« Je pense que oui. Et ça va permettre aussi d’encore mieux sentir les modifications que l’on veut faire sur les réglages. On voulait déjà les faire en Autriche mais on n’a pas pu les essayer à cause de mon poignet, puisque je ne faisais que trois ou quatre tours et qu’on ne pouvait pas vraiment juger. Là, on va remettre ça sur la table pour évoluer, mieux sentir la moto et finalement mieux l’exploiter. Je crois qu’il y a moyen de bien faire sur cette piste car elle est toute petite : Ce n’est plus la République tchèque ou l’Autriche où on a l’avantage du moteur, mais la Ducati a déjà bien performé ici. En 2018, Dovi gagne mais Jorge fait un chrono de folie en qualif ! Oui, j’ai toujours ce côté positif et motivé pour aller sentir ces choses-là. »

Vous semblez très détendu, par rapport à il y a quelques mois. Cela reflète-t-il aussi votre vie personnelle, par rapport à la période où vous n’aviez que la moto en tête ?

« Pendant la période difficile, je ne me suis pas séparé avec ma petite amie, et cela va toujours bien, donc ma vie personnelle se porte plutôt bien. A la maison, les choses vont mieux, y compris mon entraînement physique qui est meilleur car j’ai l’esprit plus libre. Cette année, j’ai vu qu’avoir l’esprit libre vous rend plus fort, que ce soit en vélo ou en courant. C’est intéressant car vous voyez alors à quel point l’esprit peut vous influencer. Ces deux dernières semaines, j’ai commencé à jouer aux fléchettes, ce qui est un jeu de concentration. Je pense que si je peux appliquer à Misano ce que j’ai compris aux fléchettes, je peux être fort. »

Ce qui est arrivé à Jorge Martin est-il quelque chose qui commence à terroriser les pilotes en général, et toi en particulier ?

« J’ai un comportement assez fataliste là-dessus : il arrive ce qu’il arrive et il ne faut pas non plus être bête. C’est délicat. Je ne sais pas où il a trempé sa langue (rires) mais il a attrapé la Covid-19. Personnellement, je me fais tester le mardi et il y a toujours cette petite appréhension, pendant 24 heures, jusqu’au mercredi où tu reçois ta réponse négative : Tu es content, car tout est déjà programmé, et tu es déjà sur la route en train de partir. Tu ne peux pas t’empêcher de penser que si tu es positif, tu fais demi-tour, donc oui ça fait toujours un peu peur. Mais bon, moi je suis presque anti-système et toutes ces histoires commencent un peu à m’agacer, car même s’il est positif, à son âge il n’aura de toute façon pas de symptômes et ne va pas le transmettre. C’est ça qui est bizarre, car il ne va pas rouler alors que peut-être il ne se serait pas essoufflé. Je ne sais pas vraiment quoi en penser, mais la manipulation du monde n’a pas fini de nous diriger… »

Entre Bagnaia et toi, sur quoi va se faire la différence ? Uniquement sur les résultats, ou aussi sur l’expérience, la capacité de mettre au point ou la nationalité ?

« Telle est la question ! C’est pour ça que je dois vraiment lutter pour les podiums, hélas, je pense que ça mettra beaucoup de poids dans la balance. Est-ce que Ducati a vraiment besoin d’un Italien pour les sponsors italiens ? Oui, peut-être mais c’est dur à dire. Est-ce qu’on privilégiera l’aspect business ou performance ? Pour Dall’Igna, importance c’est la performance et il le prouve là : Dès qu’un pilote commence à aller vite, il l’aide, et il met tout le support Ducati pour que ça performe, même pour moi, chez Avintia, qui pensait que c’était un team B. Ça met en avant le côté sportif et c’est ça qui est plutôt bon. Voilà, j’aimerais bien remporter la mêlée grâce au côté sportif, ça serait le meilleur. »



Tous les articles sur les Pilotes : Johann Zarco

Tous les articles sur les Teams : Avintia Racing