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Marc Marquez

L’empire Ducati vacille, et son joyau le plus précieux est au stand pour une durée indéterminée. Alors que le Grand Prix de Catalogne est en cours, l’absence de Marc Marquez ne laisse pas seulement un vide sur la grille : elle plonge Borgo Panigale dans une incertitude tactique et médicale majeure.

Le silence qui entourait l’état physique de Marc Marquez commence peu à peu à se fissurer. Et plus les informations émergent, plus une évidence s’impose dans le paddock MotoGP : Ducati ne maîtrise plus totalement la situation autour de son champion.

Au point que Davide Tardozzi lui-même refuse désormais de fixer la moindre date concernant son retour.

Pas même pour le Mugello. Une phrase sur Sky Sports qui, venant du patron sportif de Ducati Lenovo Team, résonne presque comme un aveu d’inquiétude. « Pour le moment, il est impossible de donner une date. » Puis surtout : « Parler du Mugello à ce stade est impossible. »

Il y a encore quelques semaines, l’idée même d’un forfait prolongé de Marquez aurait semblé irréaliste. Malgré ses douleurs, malgré ses résultats irréguliers, malgré cette impression persistante de fragilité physique, l’Espagnol continuait d’afficher des éclairs de génie absolument terrifiants — comme ce tour record au Mans qui rappelait brutalement qu’il restait probablement le pilote le plus rapide du plateau sur un tour lancé.

Mais derrière cette façade, la réalité était beaucoup plus grave. On sait désormais que Marquez roulait depuis des mois avec une vis déplacée au niveau de l’épaule droite, conséquence directe de sa terrible chute en Indonésie en 2025. Cette vis comprimait le nerf radial et provoquait des pertes de force intermittentes dans le bras.

Un problème suffisamment sérieux pour qu’une opération soit déjà programmée avant même son accident du Mans. Et c’est probablement cela qui glace aujourd’hui Ducati. Parce que le constructeur italien découvre progressivement qu’il n’a peut-être jamais vu le vrai Marquez version 2026.

Le plus troublant reste d’ailleurs le fait que le pilote ait volontairement caché l’ampleur de ses douleurs à une partie de son entourage technique. Une attitude typiquement Marquez. Presque obsessionnelle. Rouler coûte que coûte. Garder le contrôle. Ne jamais montrer de faiblesse. Mais cette fois, le corps a fini par imposer ses propres limites.

La violente chute du Sprint au Mans, avec fracture du cinquième métatarsien du pied droit, a finalement provoqué une sorte d’arrêt brutal du système. Et paradoxalement, cet accident a aussi permis d’avancer l’opération de l’épaule qui devait initialement avoir lieu après Barcelone.

Marc Marquez

Jusqu’où le corps de Marc Marquez peut-il encore suivre la volonté de Marc Marquez ?

Aujourd’hui, les deux interventions ont été réalisées avec succès à Madrid. « La bonne nouvelle, c’est que l’opération s’est bien déroulée, notamment celle de son épaule, ainsi que celle de son pied », a expliqué Tardozzi.

Mais derrière le soulagement médical, l’incertitude sportive reste immense. Car personne ne sait réellement comment réagira le corps de Marquez après cette nouvelle séquence chirurgicale.

Et surtout, personne ne sait combien de temps il faudra pour retrouver un niveau MotoGP acceptable. Le problème principal n’est d’ailleurs peut-être même plus le pied. C’est l’épaule.

Toujours cette épaule droite devenue le symbole tragique de la seconde partie de carrière du nonuple champion du monde.

Depuis 2020, Marquez vit presque dans une lutte permanente contre son propre corps. Et même lorsqu’il revient au sommet — comme lors de son incroyable titre 2025 — les séquelles finissent toujours par ressurgir.

Cette fois, Ducati semble enfin mesurer l’ampleur du problème. Et l’idée d’un retour précipité commence à inquiéter sérieusement le paddock.

Même Max Biaggi a publiquement mis en garde Marquez contre une reprise trop rapide au Mugello, un circuit considéré comme l’un des plus physiques du calendrier. Un avertissement loin d’être anodin. Car le Mugello ne pardonne rien.

Les changements d’angle ultra-rapides, les freinages violents, les accélérations constantes : pour une épaule fragilisée et un nerf radial encore convalescent, le défi serait colossal.

Et pendant ce temps, Ducati se retrouve dans une situation où son champion du monde en titre est absent, son retour est indéterminé, et l’usine doit déjà envisager des solutions de remplacement. Le nom le plus logique reste évidemment Michele Pirro, pilote d’essai historique de Ducati.

Mais l’évocation même de cette possibilité montre à quel point le climat a changé en quelques jours seulement.

Quant à Nicolo Bulega, pourtant très impliqué dans le développement de la future Ducati 850 cc de 2027, il ne pourra pas remplacer Marquez à cause de son engagement en Superbike. Résultat : Ducati avance désormais dans une forme de brouillard total.

Et au-delà du championnat 2026 déjà presque envolé — Marquez accuse désormais 71 points de retard sur Marco Bezzecchi — une question beaucoup plus lourde commence à émerger discrètement dans le paddock : jusqu’où le corps de Marc Marquez peut-il encore suivre la volonté de Marc Marquez ?

Le silence de Ducati sur la date de retour est un aveu de vulnérabilité. Marquez est à la croisée des chemins : soit cette opération résout ses problèmes de force et il redevient le prédateur du Mans, soit son corps vient de poser une limite définitive à son ambition.

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