Chez Ducati, on aime innover mais pour que cette ambition porte ses fruits, il faut rouler et tester. C’est exactement que la Covid-19 a interdit en 2020 avec ses protocoles sanitaires et ses confinements. Pendant ce temps, ceux qui avaient pris l’option d’une moto simple n’ont pas été impactés. Et c’est toute la différence qui s’est faite entre Ducati et Suzuki avec le résultat que l’on sait. Une théorie défendue par le directeur sportif des chemises rouges qui explique sans vouloir justifier.

Ducati, en Grand Prix, ce sont les ailerons, l’aide au départ et le correcteur d’assiette sur les motos. Il y a aussi le déflecteur arrière, les enjoliveurs de roues … Autant de solutions que la concurrence a ensuite adopté, montrant ainsi toute la véracité de la démarche. Pourtant, ce sont des machines moins avancées qui ont concrétisé, et notamment en 2020 avec une Suzuki reconnue comme être homogène à défaut d’être novatrice.

Il est jusqu’au pilote officiel Dovizioso aujourd’hui parti qui a loué cette optimisation de la simplicité, prenant ainsi à contre-pied son propre camp. Qu’en pense Paolo Ciabatti, le directeur sportif ? Ducati n’en fait-il pas trop ? Le constructeur a-t-il été celui qui a le plus pâti du nouveau rythme imposé par la pandémie ?

Il répond sur Speedweek : « c’est une question délicate. Apparemment, la Suzuki était plus facile à contrôler, par exemple. Lorsque nous faisons une conception de moto chez Ducati, nous nous attendons à une saison normale. Mais ce qui s’est passé en 2020, à cause de la pandémie, n’était pas prévisible. En saison normale, vous savez combien de temps vous avez pour affiner et améliorer vos nouvelles idées, par exemple grâce à des essais routiers. Mais l’année précédente, les pilotes réguliers n’ont pas pu courir ou tester pendant cinq mois de février à juillet. De nombreuses activités conventionnelles sont tombées à plat. En outre, le département des courses a été fermé pendant près de deux mois à partir de mars ».

Ducati : « en 2020, une moto simple était un avantage »

« Peut-être que dans une saison comme 2020, où beaucoup de choses autrement habituelles n’étaient pas réalisables, une moto simple était un avantage », souligne Ciabatti. « Parce que les nouveaux problèmes et fonctionnalités prennent toujours du temps pour fonctionner parfaitement et à 100%. Parfois, ils ont besoin d’être affinés. Nous n’avons pas eu cette possibilité dans la saison 2020 ».

« Les ingénieurs Ducati ont régulièrement des idées innovantes », rappelle Ciabatti. « Ils sont ensuite généralement copiés par les concurrents avec un certain retard. Les ailettes en étaient un exemple clair. Et quand on regarde le passé récent, le becquet de la roue arrière vient à l’esprit. Quatre constructeurs ont protesté contre lui après le GP du Qatar 2019. Vous pouvez maintenant le voir sur chaque moto. Ceci s’applique également à notre « dispositif de démarrage ». Ducati l’a lancé en 2018, aucune autre usine ne l’avait. Maintenant, tous les fabricants l’ont copié. Il en va de même pour le correcteur d’assiette. Nous avons commencé avec ce système, mais certains concurrents l’utilisent maintenant en course. S’il ne s’agissait que d’idées originales sans utilisation pratique, elles ne seraient pas imitées avec autant de diligence ».

« Lors de la saison 2020, nous n’avons tout simplement pas eu le temps d’affiner nos nouvelles idées dans la pratique, de les mettre à l’épreuve et de les amener ensuite aux courses », termine Ciabatti. « En raison de la crise du coronavirus, nous n’avons pas pu tester les nouvelles idées comme nous en avions l’habitude pendant des années. Cela a compliqué la situation ». En 2021, rien ne dit que la conjoncture sera meilleure, mais comme le règlement technique est figé, il y aura l’expérience de la saison passée. Ce dont bénéficiera aussi la concurrence …

Chez Ducati on aime innover, mais il faut du temps pour développer et en 2020, ce temps a été confisqué ...

 



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